Le général Berrid, nouveau cauchemar du Polisario


S.M. le Roi nommant Mohamed Berrid, Inspecteur Général des FAR et
Commandant la Zone sud. Casablanca, le samedi 22 avril 2023.


Prenant la suite du général El Farouk dans l’état-major de l’armée, l’homme d’El Kebab aura pour principale mission de préserver les avantages acquis par le Maroc sur le terrain de son Sahara face aux milices séparatistes.

C’est depuis la moitié de ce mois de Ramadan 2023 que les ragots couraient. Habitué des causeries religieuses des “dourous hassania”, que préside chaque année en cette période sacrée le chef de l’État, le général de corps d’armée Belkhir El Farouk avait subitement disparu des radars. On ne l’avait par la suite pas plus vu le 18 avril 2023 à la mosquée Hassan-II de Casablanca, où en présence du roi Mohammed VI s’était tenue une veillée religieuse en commémoration de laylat al-qadr. Comme en avait fait mention dans la foulée l’agence Maghreb arabe presse (MAP), les officiers supérieurs de l’état-major de l’armée y avaient pourtant participé.

Carrière professionnelle
Finalement, il s’est donc simplement avéré qu’il était malade et qu’il y avait loin d’un éloignement à son encontre; au contraire, c’est avec les honneurs que le 22 avril 2023, jour qui a par ailleurs coïncidé avec la célébration de l’aïd al-fitr dans le Royaume, Mohammed VI l’a reçu au palais royal de Rabat pour le décharger de ses fonctions d’inspecteur général des Forces armées royales (FAR) et commandant de la zone sud, qu’il occupait depuis respectivement septembre 2021 et janvier 2017. En fauteuil roulant, du fait de ses soucis de santé -dont la nature exacte n’a, pas été révélée-, le général El Farouk a, à cette occasion, été décoré du grand cordon du wissam al-arch “en considération de sa carrière professionnelle distinguée et des services louables qu’il a rendus au service du trône et de la patrie”, selon ce qu’a indiqué un communiqué du ministère de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie. Il faut dire que le concerné, qui fête cette année son 73ème anniversaire, aura marqué son passage. On retiendra notamment de lui la mise en place réussie, en novembre 2020 à la frontière maroco-mauritanienne, d’un cordon pour sécuriser le flux des biens et des personnes, après que les milices du Front Polisario l’eurent, à l’instigation de la junte algérienne, bloqué 23 jours durant.

Projetant à un moment, comme l’avaient révélé les images satellites marocaines, d’installer un soi-disant “ministère de la Défense”, une soi-disant “présidence de la République” et son secrétariat national à l’Est du mur de défense, le mouvement séparatiste a d’ailleurs été totalement bouté de la zone tampon normalement dévolue à la Minurso, la mission de paix de l’Organisation des Nations unies (ONU).

“Coeur du réacteur de l’armée”
À l’heure actuelle, ses dirigeants en sont réduits à des communiqués journaliers pour faire la promotion de pseudo attaques contre les positions des FAR et donner l’impression qu’elles sont à armes égales avec ces dernières. Et il va de soi que la principale mission du général de division Mohammed Berrid, nouveau successeur du général El Farouk, sera de pérenniser la situation sur le terrain. Convié en même temps au palais royal de Rabat pour y être nommé, le natif d’El Kebab, dans la province de Khénifra, en 1955, est justement décrit comme l’homme le mieux indiqué pour ce faire.

Lauréat de l’Académie royale militaire (ARM) de Meknès et de l’École de guerre de Paris du temps où elle portait encore le nom de Collège interarmées de Défense (CID), il avait surtout la charge, depuis 2014, du 3e bureau, une direction des FAR que dans l’interview qu’il nous accorde, le spécialiste des questions militaires, Abderrahman Mekkaoui, qualifie de “coeur du réacteur de l’armée”. “Il déploie la stratégie définie par l’état-major de l’armée, assure la coordination technique et logistique entre les trois corps de l’armée (terre, air et mer) et assure la planification des diverses opérations, manoeuvres et autres,” expose-t-il notamment.


À ce titre, il y a loin d’un hasard que le général Berrid soit le quatrième inspecteur général des FAR successif à être passé auparavant par le 3e bureau: ce fut également le cas du général El Farouk, mais aussi avant lui, du général de corps d’armée Bouchaïb Arroub, puis du général de corps d’armée Abdelfattah Louarak. Lorsque l’on commence à spéculer, au milieu des années 2010, sur un éventuel départ du général Arroub en raison de son âge -il venait alors de dépasser les 80 ans-, c’est le nom du général Berrid qui circulait d’ailleurs pour le remplacer, étant donné que c’est lui qui tenait donc à ce moment les commandes du 3e bureau.

Double casquette
Mais le choix de Mohammed VI était au final tombé sur le général Louarak, auquel on le compare, soit dit en passant, souvent: en plus d’avoir exactement le même âge et d’avoir suivi une trajectoire quasiment similaire au plan académique -avec également un passage par le CID pour le général Louarak, en plus de celui, obligé, de l’ARM-, ils présentent aussi, tout compte fait, un profil plutôt “administratif”. Le général Berrid ne manque toutefois pas d’expérience sur le terrain: officier tankiste, il s’était en fait illustré dans les années 1980 au sein du 4e régiment royal des chars (RRC) dans le sous-secteur de Mahbès, dans la province d’Assa-Zag, à une époque où la guerre avec le Polisario faisait encore rage (il a également servi, selon nos informations, au 3e RRC à El Hajeb).

Et à cet égard, il est significatif de relever que Mohammed VI lui ait confié la double casquette d’inspecteur général des FAR et commandant de la zone sud; ce qui n’est pas automatique. “Cela veut dire que Sa Majesté a pleinement confiance dans ses qualités opérationnelles,” souligne un observateur. En tout cas, la nouvelle de la nomination du général Berrid semble, selon différentes sources, avoir réjoui au sein des FAR, où ce dernier jouit d’une excellente réputation. Comme le rapportait une source bien informée que nous avions cité dans un article publié sur notre site web, “c’est quelqu’un de très discret mais de très respecté pour sa capacité de travail et son sens de l’abnégation”.

Glorieuse histoire
Également réputé pieux, on aurait davantage coutume de l’appeler “hajj” Berrid depuis qu’il a effectué son pèlerinage. Outre le 3e bureau, il a également exercé des postes de responsabilité au sein du Centre d’instruction des blindés (CIT) de Meknès et à l’École d’état-major (EEM) de Kénitra. Mohammed VI est connu pour l’apprécier. S’il ne l’a pas choisi avant, c’est, croient nos sources, parce qu’il était satisfait de son travail à la tête du 3e bureau et voulait qu’il continue de le chapeauter.

Et il semble également avoir de bonnes relations dans les rangs des partenaires militaires du Maroc, notamment du côté des Forces armées des États-Unis: selon des informations que nous n’avons pas été en mesure de confirmer, il aurait fait partie des “représentants des FAR” qui se sont réunis du 12 au 16 avril 2023 avec leurs homologues d’outre-Atlantique à Agadir pour assurer la planification finale de l’exercice “African Lion”, qu’organise annuellement le commandement US pour l’Afrique “Africom” avec la participation du Royaume. Marié, père de quatre enfants, le général Berrid aura certainement à coeur, tout au long de son mandat, de perpétuer la glorieuse histoire de la grande famille des FAR.

Articles similaires