UN GÉANT NOUS QUITTE

DÉCÈS DE ABDERRAHMANE YOUSSOUFI, 96 ANS

L’ancien premier ministre et ancien premier secrétaire de l’USFP a rendu son dernier souffle ce 29 mai à Casablanca.

La nouvelle est tombée comme un couperet en cette journée du 29 mai 2020: l’ancien premier ministre et ancien premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP) est mort. Il a été inhumé le jour même, après la prière d’Addohr, dans la plus stricte intimité, confinement oblige, au cimetière Chouhada à Casablanca.

Cinq jours plus tôt, il avait été admis à l’hôpital Cheikh Khalifa Ibn Zaid de Casablanca suite à des douleurs à la poitrine. Sa famille et notamment son éternelle épouse, Hélène, se voulait pourtant rassurante à son propos et à propos de son état de santé et parlait même d’une sortie imminente et d’une hospitalisation de routine, comme le nonagénaire -il venait de souffler, le 8 mars, sa 96ème bougie- en avait l’habitude depuis plus de 20 ans et l’accident vasculaire cérébral qu’il avait subi alors qu’il occupait encore la primature.

Et c’est à l’occasion d’une de ces hospitalisations que le roi Mohammed VI s’était d’ailleurs rendu à son chevet en octobre 2016, suscitant au passage une grande émotion au sein de l’opinion publique après surtout que des photos des deux hommes, dont l’une montrait le Souverain embrassant la tête de son ancien numéro 2, ont été rendues publiques par l’agence Maghreb arabe presse (MAP). Mais, hélas, il n’en a rien été, et avec le décès de M. Youssoufi, le Maroc vient sans doute de perdre son dernier véritable homme politique de carrure pas seulement nationale, mais internationale.

Car comme l’avait par exemple montré sa visite en Inde de fin février 2000, où le premier ministre indien de l’époque, Atal Bihari Vajpayee, l’avait personnellement invité et l’avait plus que chaleureusement accueilli dès son atterrissage à l’aéroport de New Delhi, celui que le roi Hassan II surnommait, sur un ton affectueux, “le plus grand trafiquant d’armes” du Maroc en référence à son activisme dans la lutte contre la colonisation française et espagnole jouissait d’une reconnaissance qui dépassait les seules frontières du Royaume.

Même parmi ses ennemis, au titre desquels on pourrait citer Driss Basri, le respect était de mise: dans sa fameuse interview accordée à la chaîne de télévision qatarie “Al-Jazeera” au milieu des années 2000, l’ancien ministre de l’Intérieur dira de lui, en dépit de toutes les inimitiés qui ont jalonné leur relation, qu’il est “un des derniers vrais leaders socialistes”.

Le respect des ennemis
C’est que M. Youssoufi aura marqué de son empreinte le paysage politique et, plus généralement, l’histoire du Maroc des 70 dernières années. Nationaliste de la première heure, il fera, très jeune, montre de ses talents: au milieu des années 1940, et alors que le nationalisme est encore balbutiant et cherche à se faire une place dans le Maroc sous protectorat français, le Parti de l’Istiqlal (PI) en fait un de ses recruteurs attitrés au sein des classes populaires casablancaises, avec notamment le futur leader syndicaliste Mahjoub Ben Seddik.

Et c’est, pour l’anecdote, à cette occasion qu’il contribue à créer en 1947, en plein Hay Mohammadi, le Tihad athlétic sport (TAS), dont le comité de direction et les joueurs tiendront à lui rendre hommage fin novembre 2019 après la première victoire du club en Coupe du trône de son histoire en se rendant à son domicile du quartier de Bourgogne, à Casablanca même. Devenu avocat après notamment trois années d’études en France, il est en 1956, au moment de l’indépendance, une des figures politiques les plus en vue du moment.

Et c’est à ce titre qu’il se trouve en première ligne lors des différents rebondissements qui émaillent le champ politique marocain au cours des deux décennies suivantes: il est par exemple, avec notamment Mehdi Ben Barka et Abderrahim Bouabid, à la barre de la scission du PI qui conduit à l’émergence, en 1959, de l’Union socialiste des forces populaires (USFP).

Excellente relation
Et, surtout, il fait partie des principaux opposants de Hassan II. Le défunt roi le fera par ailleurs condamner par contumace en 1975 lors du fameux procès de Marrakech, n’empêchant toutefois pas qu’un respect mutuel existait. D’ailleurs, Hassan II lui confiera, au moment de la nomination du gouvernement d’alternance, pouvoir mourir tranquille après lui avoir confié la primature. Et, justement, cette nomination constitue sans doute le pinacle de la carrière de M. Youssoufi, dont il ne sortira pourtant pas tout-à-fait satisfait: à Bruxelles en février 2003, où il prononce un discours, il s’en dira même amer, surtout après avoir été remplacé quelques mois plus tôt par Driss Jettou en dépit de la première place de l’USFP aux législatives du 27 septembre 2002.

Sa relation, toutefois, avec la monarchie et, en l’espèce, Mohammed VI n’en fut pour autant jamais entamée et demeura en fait, bien au contraire, excellente, et en dehors du geste royal de la visite à l’hôpital de 2016, le Roi prendra même l’initiative, en juillet de la même année, de nommer une des principales avenues de Tanger Abderrahmane- Youssoufi. Ces derniers jours d’ailleurs, le Souverain suivait de près l’état de santé de M. Youssoufi. Un pan de l’histoire du Maroc vient donc de s’éteindre en cette fin du mois de mai....


1 commentaire

  • Ahnou

    30 Mai 2020

    Pour autant que je sache,l'image du Maroc a longtemps souffert à l'étranger de la propagande anti-monarchique,donc anti-marocaine.Et j'ai beau tenté de me voiler la face,je n'ouvre les yeux et la mémoire que pour voir se dresser devant moi,arrogants,hâbleurs... les fondateurs de l'UNFP.J'ai la manie tant d'essayer ,toujours, de raisonner simplement que d'abhorrer l'hypocrisie et la politique se présente invariablement comme le terrain ou évoluent les hypocrites.C’étaient quels gens ,ces messieurs de l’UNFP?Pas compliqué à présenter :des « pied dehors/pied dedans .»Dehors pour se protéger,assurer à leurs enfants des places dans les grandes écoles d’Europe ,nuire au régime monarchique et se pavaner dans les hôtels de luxe. Dedans pour prêcher le soviétisme ,haranguer le « troupeau »-les masses- puis entraver la marche de l’université en faisant imposer ,aux étudiants, grève sur grève.Aujourd’hui,on oublie tout ou on fait semblant et l'on proclame « géants » ,ces gens,c'est à dire ceux-là même qui ont dépouillé des milliers d’enfants du peuple de leur vie,des milliers de naïfs dont ils se sont servi pour arriver à leur fin en faisant valoir leur « passé de militants pour l’indépendance » alors qu’ils n’ont milité que pour leur projets machiavélique .Les vrais nationalistes n’ont jamais rien eu,n'ont rien demandé ou bien sont morts dans l’oubli,riches de leur seule foi en Dieu et de leur attachement à la patrie et à ses constantes. Le bien,les bons le font;le mal,c'est les fripons...

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