Gazoduc Maghreb-Europe: Rabat étudie (déjà) les alternatives

Alors que le contrat qui le couvre prend fin le 31 octobre 2021, le Maroc compte utiliser le gazoduc Maghreb-Europe pour recevoir du gaz de la part de l’Espagne.

Rabat ne compte visiblement pas attendre que l’Algérie prenne la décision de renouveler ou pas le contrat relatif au gazoduc Maghreb-Europe, qui, en passant par le Maroc, relie l’Espagne aux champs gaziers de Hassi R’Mel, dans la voisine de l’Est, et assure en même temps une partie des besoins gaziers marocains -65% selon les estimations les plus courantes. Par le biais de l’agence de presse britannique Reuters, qui a cité “un haut responsable marocain”, l’on a, ainsi, appris ce lundi 18 octobre 2021 que des discussions étaient déjà en cours avec la partie espagnole au sujet de la possibilité d’utiliser le même gazoduc pour, cette fois, acheminer depuis la péninsule Ibérique le gaz dont le Maroc a besoin.

“Pour le Maroc, le gazoduc est plus qu’un outil de coopération régionale... on ne le laissera pas rouiller,” a déclaré le responsable en question. Concrètement, le Maroc utiliserait les terminaux de GNL (gaz naturel liquéfié) dont dispose la partie espagnole pour, de là, faire transiter le gaz une fois déliquéfié et donc ramené à son état gazeux vers le Royaume. Le haut responsable n’en dit pas plus, mais on comprend que cela doit certainement être une mesure temporaire en attendant que le Maroc se dote de ses propres installations. Et à cet égard, il faut rappeler qu’un appel d’offre est en cours depuis le 23 mars 2021 pour la construction et l’exploitation d’une unité de stockage et de regazéification du GNL.

Eventuelles pannes
Investie, le 7 octobre 2021, la nouvelle ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, a d’ailleurs prolongé cet appel d’offres de dix jours à partir du 15 octobre 2021, citant “l’intérêt d’un nombre important de sociétés nationales et internationales”.

L’unité devrait, à ce titre, être flottante, c’est-à-dire être construite en pleine mer, et ce soit au niveau du port de Nador West Med, soit celui de Kénitra Atlantique, soit celui de Jorf Lasfar, soit celui de Mohammedia, et devra “être compatible avec les infrastructures maritimes du terminal d’accueil”, selon l’appel d’offres.

“Le projet proposé doit répondre au besoin d’un marché du gaz naturel à développer progressivement. Les besoins sont estimés à 1,1 BCM (milliard de mètres cubes) dont 0,6 BCM pour l’industrie en 2025 et 1,7 BCM dont 0,7 BCM pour l’industrie en 2030 et 3 BCM dont 1,4 BCM pour l’industrie en 2040”, détaille toujours l’appel d’offres. Côté algérien, le déplacement du 1er octobre 2021 du ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, ne semble pas pour l’instant faire fléchir le président Abdelmadjid Tebboune, qui, en dépit des craintes de l’Espagne de voir son approvisionnement en gaz abaissé du fait de la fermeture de Maghreb-Europe, avait déclaré le 10 octobre 2021 lors d’une rencontre avec les médias que “nous avons convenu avec les amis espagnols de les approvisionner en gaz naturel via le gazoduc Medgaz”, qui ne passe par le Maroc, et qu’“en cas d’éventuelles pannes, l’approvisionnement se fera à bord de navires algériens”.