Gaza sous le feu de l’armée israélienne : Silence, on tue


Avec la complicité des Occidentaux, l’État hébreu mène un véritable massacre de la population gazaouie. Mais sans un État palestinien, le Proche-Orient ne connaîtra jamais la paix.

Viendra fatalement le jour, peut-être très lointain dans le futur, où le vainqueur des affrontements qui opposent depuis le 7 octobre 2023 le Hamas et Israël écrira, comme le veut l’adage, l’histoire et choisira d’en donner la version qui arrange le mieux ses intérêts. En attendant, un espoir en particulier demeure de mise: que ce grand gagnant de la longue durée ne soit autre que la paix dans le Proche-Orient, et qu’en même temps Arabes et Juifs puissent enfin coexister, sans que l’un n’y trouve nécessairement son compte au détriment de l’autre. Optimisme béat? En l’état, sans doute. Moins de deux jours après l’incursion du Hamas dans le territoire israélien baptisée par ses soins “Déluge d’Al-Aqsa”, une des plus meurtrières opérations armées jamais subies par l’Etat juif au cours de ses 75 ans d’existence -déjà plus de 1.200 morts, au 11 octobre 2023-, Tel-Aviv avait déjà ordonné le “siège complet” de la bande de Gaza, où le mouvement palestinien dispose de sa principale base arrière.

Au “menu”: “pas d’électricité, pas de nourriture, pas d’eau, pas de gaz”, avait égrené le 9 octobre 2023, sur un ton martial lors du point presse qu’il avait donné dans la ville occupée d’Al-Qods Acharif, le ministre de la Défense israélien, Yoav Galant. “Nous combattons des animaux et nous agissons en conséquence”, avait-il justifié, non sans verser, au passage, dans un racisme antipalestinien dont son supérieur hiérarchique direct, à savoir le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, a depuis ses débuts politiques fait sa marque de fabrique. S’exprimant également en amont des opérations israéliennes, M. Netanyahou a d’ailleurs lui-même eu recours aux formules déshumanisantes à l’encontre des Palestiniens, assimilant le combat d’Israël contre le Hamas à celui de “tous les pays qui s’opposent à la barbarie”, et assurant qu’“Israël gagnera cette guerre, et quand Israël gagnera, c’est le monde civilisé tout entier qui gagnera”. A Gaza, qui subit son cinquième blocus en moins de quinze ans (après 2008-2009, 2012, 2014 et 2021), la population semble, de son côté, parée au pire et déjà entrevoir le massacre auquel mêmes les plus optimistes la vouent de façon tranchée, avec le lot de victimes, notamment parmi les femmes et les enfants, qui grossit à vue d’oeil.

Procession funèbre
N’était l’odeur persistante de la poudre, c’est assurément celle de la mort qui serait actuellement à régner en maître au milieu des décombres qui continuent de s’amonceler à mesure que les frappes israéliennes se multiplient. Et au milieu des larmes des familles et des proches éplorés, du sang auquel elles se mêlent dans cette énième procession funèbre en tête de laquelle se trouve encore malencontreusement placé le peuple palestinien, c’est la dévastation qui prend le pas, bien loin des appels à la désescalade lancés ici et là notamment par le Maroc, dont un communiqué publié le jour même de l’opération du Hamas avait notamment formulé le voeux d’“un arrêt immédiat de tous les actes de violences” et d’“un retour à l’apaisement”. “Les Israéliens ne vont certainement pas lâcher le morceau avant d’avoir lavé l’humiliation”, nous confie une source diplomatique arabe jointe par nos soins, après que nous lui avons posé la question sur son pronostic par rapport à l’évolution de la situation sur le terrain dans le court terme.

Une autre source, celle-là israélienne, nous a, dans le même sens, indiqué qu’il n’était, pour l’heure, aucunement question d’une médiation avec le Hamas et que celui-ci aurait “la réponse qu’il mérit[ait] au regard de ses actes”. De toute façon, Israël n’a, de son point de vue, sans doute pas le choix: la tranquillité relative dont il bénéficie, et qui, en l’occurrence, a aidé à faire de lui un des pays les plus prospères de la planète (13ème mondial en termes de produit intérieur brut (PIB) par habitant), est principalement due à l’image de supériorité technologique et militaire qu’il renvoie, surtout depuis qu’il a réussi à avoir le dessus, en moins de six jours à l’orée de l’été 1967, sur les armées d’Egypte, de Syrie et de Jordanie réunies, en parvenant, au surplus, à arracher à ces trois pays divers de leurs territoires, dont le plateau du Golan syrien qui reste à ce jour encore sous occupation israélienne.

Et c’est cela, davantage que la barrière de séparation israélienne, que le Hamas a assurément sapé. Même les prétendument tous puissants services de renseignement israéliens, dont le fameux Mossad dont on dit qu’il a des yeux et des oreilles partout jusque sous les lambris des chancelleries arabes les plus emblématiques, en ont sévèrement pris pour leur grade. Incrédules, d’aucuns ont d’ailleurs voulu voir, au départ, dans la réussite insolente du Hamas une négligence complice de la part de ces mêmes services, de sorte qu’Israël ait le prétexte idéal pour intervenir à Gaza; dans cette hypothèse, M. Netanyahou aurait voulu détourner l’attention de l’opinion publique israélienne, divisée depuis plusieurs mois sur sa volonté de réformer la justice en vue de pouvoir l’influencer davantage, y compris au niveau de la cour suprême, généralement réputée très indépendante. Mais au vu de la lourdeur du bilan humain rapidement relayée par les médias, cela n’a finalement plus pu continuer de tenir la route. “C’est un échec en bonne et due forme pour Israël”, commente notre source arabe mentionnée plus haut. “Un véritable désastre.” Mais comment en est-on bien arrivé là? Ne disait-on pas du Hamas qu’il avait lui-même fini par normaliser avec Israël et que sa seule priorité était désormais devenue le bien-être des Gazaouis?


Mohammed Deif

Le cerveau du déluge qui s’est abattu sur Israël

On ne lui connaît que trois photos: une lorsqu’il avait la vingtaine, une deuxième où il est masqué et une troisième de son ombre, qu’il a justement utilisée à l’aube du 7 octobre 2023 pour annoncer le début de l’opération “Déluge d’Al-Aqsa” à l’encontre d’Israël. Mais qui est donc Mohammed Deif, le mystérieux commandant des brigades Izz al-Din al-Qassam? C’est la question que tout le monde se pose depuis que son nom a été donné dans les médias comme étant le cerveau du succès historique enregistré par la branche armée du mouvement palestinien du Hamas à l’encontre de l’Etat hébreu et de ses forces de sécurité réputées infaillibles… sans pour autant vraiment y trouver de réponse complète, étant donné que le concerné a savamment su se prémunir, tout au long de ses 36 ans d’engagement politico-militaire -c’est depuis 1987 qu’il est encarté au Hamas-, des lumières, forcément dangereuses pour lui au vu de son activité.

D’ailleurs, c’est, selon un décompte officiel, pas moins de sept tentatives d’assassinat dont il aurait fait l’objet de la part d’Israël, la dernière datant de mai 2021, lors de l’opération “Gardien des murailles” organisée, déjà, dans la bande de Gaza. Au cours de l’opération “Epée de fer” que mène actuellement l’armée israélienne en représailles contre “Déluge d’Al-Aqsa”, ce sont trois membres de sa famille, dont son frère cadet, qui auraient perdu la vie. Si l’information se confirme, ils s’ajouteraient à sa fille et à son épouse, tuée lors d’un raid de l’aviation israélienne en août 2014 dans lequel M. Deif aurait perdu ses deux jambes et un bras, en plus de l’usage d’un œil. Mais pas donc de quoi le faire reculer.

Né le 12 août 1965 dans le camp de réfugiés palestinien de Khan Younès, celui qui porte dans le civil le nom de Mohammed Diab Ibrahim Masri est, tant qu’il demeure en vue, sans doute appelé à faire couler beaucoup d’encre encore à son sujet.


Tactique de renseignement
Depuis le cessez-le-feu du 20 mai 2021, qui avait fait suite aux onze jours de guerre eux-mêmes consécutifs à l’expulsion de familles arabes de leurs domiciles à Al-Qods Acharif par les forces d’occupation israéliennes, c’est l’image que le mouvement palestinien donnait en tout cas, à telle enseigne qu’Israël n’a, à un certain moment, plus semblé le considérer comme sa principale priorité au niveau de la sécurité; c’est plutôt du côté de la Cisjordanie, l’autre grand territoire palestinien avec Gaza, que l’appareil sécuritaire israélien lorgnait, à l’évidence, le plus, au point de quasiment y doubler au mois de juin 2023 le nombre de bataillons, les faisant passer de 13 à 25 -avant d’y déployer deux autres le mois d’après.

En jeu, que soit pavée la voie à l’élargissement du nombre de colonies, priorité du gouvernement Netanyahou et plus particulièrement de son aile d’extrême droite menée par le leader du parti de la Force juive, Itamar Ben-Gvir. Pendant ce temps, le Hamas fignolait déjà son plan. “Le Hamas a utilisé une tactique de renseignement sans précédent pour tromper Israël au cours des derniers mois”, a révélé, dans une déclaration accordée le 10 octobre 2023 à l’agence de presse britannique Reuters, une source proche du mouvement palestinien. Concrètement, le Hamas s’est abstenu, tout au long des deux dernières années, de mener des opérations militaires contre Israël, au point que ce soit devenu un sujet de moquerie; en juillet 2022, le Fatah, qui contrôle la Cisjordanie, avait d’ailleurs directement pris à partie ses dirigeants, taxés de courir les “hôtels de luxe” et les “villas” -soit dit en passant, son soutien à “Déluge d’Al-Aqsa” a été très timide, notamment de la part de son président et président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Mais quand exactement le Hamas a-t-il commencé à préparer son coup? Et, question également lancinante: a-t-il été seul à mener la barque? Car bien évidemment, du fait de leur proximité avérée depuis de nombreuses années, beaucoup ont vu dans “Déluge d’Al-Aqsa” la main directe de l’Iran; par la voix de son porte-parole, Nasser Kanaani, le ministère des Affaires étrangères iranien a affirmé, dans la journée du 9 octobre 2023, que “les accusations liées à un rôle iranien repos[ai]ent sur des raisons politiques”, mais sans convaincre tout le monde. Ainsi, le 8 octobre 2023, le journal américain “The Wall Street Journal” avait rapporté dans un article que c’étaient les Pasdarans, le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, qui avaient donné leur feu vert personnel au Hamas lors d’une réunion tenue le 2 octobre 2023 dans la capitale libanaise, Beyrouth, en présence également de représentants de l’organisation chiite du Hezbollah.

En amont, c’est l’Iran aussi qui aurait, à partir du mois d’août 2023, élaboré le scénario d’une attaque provenant en même temps aussi bien de la terre, de la mer que du ciel. Ce qui est sûr, et cela de l’aveu du Hamas lui-même par le biais d’Abou Obeida, le porte-parole de sa branche paramilitaire des brigades Izz al-Din al-Qassam, c’est qu’une partie des milliers de roquettes utilisées contre Israël ont été de fabrication iranienne. “Nous remercions la République islamique d’Iran de nous avoir fourni des armes, de l’argent et d’autres équipements”, avait indiqué, lors d’un rassemblement public en date du 8 octobre 2023, Abou Obeida. “L’Iran nous a donné des missiles pour détruire les forteresses sionistes et nous a aidé avec des missiles antichar.”


Feu vert
Et autre élément qui semble créditer la thèse iranienne aux yeux de ceux qui la tiennent: que Téhéran en bénéficie politiquement dans la mesure où “Déluge d’Al-Aqsa” pourrait bien avoir tué dans l’oeuf le rapprochement qui était en cours entre l’Arabie saoudite et Israël en vue d’une normalisation entre les deux pays de leurs relations. Du point de vue iranien, que celui qui est considéré comme étant le “Petit Satan” -par comparaison au “Grand Satan”, à savoir les Etats-Unis- puisse trouver sa pleine place au sein du concert des nations arabes est ainsi, on le sait, vertement rejeté. Et si c’est donc bien l’Iran qui est derrière “Déluge d’Al-Aqsa”, son objectif pourrait bien, en tout cas dans l’immédiat, être atteint, du fait que dans son premier communiqué de réaction en date du 7 octobre 2023, l’Arabie saoudite a rejeté toute la responsabilité sur le seul Israël, coupable de “l’occupation en cours et [de] la privation du peuple palestinien de ses droits légitimes, ainsi que [de] provocations délibérées et répétées contre ses lieux sacrés” (mosquée d’Al-Aqsa, entre autres).


Trois questions à Me Raji Sourani, président du Centre palestinien pour les droits de l’Homme à Gaza.


“Les Palestiniens de Gaza n’ont plus rien à perdre”

Comment est la situation à Gaza, plusieurs jours après l’opération spectaculaire du Hamas contre Israël?
Que voulez-vous que je vous dise, la situation en ce jeudi 12 octobre 2023, est très difficile. Insupportable. Depuis samedi, l’aviation israélienne n’a pas arrêté de frapper Gaza. Des villages et des petites agglomérations ont été touchées. Des centaines de maisons ont été visées. Il y a des familles composées de 15 ou 20 personnes qui ont été la cible des attaques israéliennes. Ils ont coupé l’électricité depuis samedi et lundi l’eau courante aussi. Autrement dit, il s’agit d’une opération militaire punitive contre les civils palestiniens. Le marché de Jebalia, là où il y a le plus grand camp de réfugiés au monde (plusieurs dizaines de milliers de réfugiés, ndlr) a été bombardé lundi, faisant pas moins de 100 morts entre enfants et vieillards. Israël dit viser les activistes du Hamas. Où sont-ils ces activistes parmi les femmes et les enfants massacrés ? On nous dit que la Russie doit être sanctionnée par les Nations unies parce que l’armée russe tue des civils, pourquoi alors tout le monde salue les « prouesses » de l’armée israélienne ?

Quelle a été la réaction des Gazaouis suite à l’opération du Hamas?
Les Palestiniens n’ont rien à perdre à part l’humiliation et à part le blocus qui rend leur vie synonyme d’enfer au quotidien. Depuis au moins dix ans, les habitants de Jebalia ne sortent que deux heures par jour pour faire leurs courses. Gaza est un ghetto à ciel ouvert. La guerre totale que nous a déclarée l’armée de l’occupation israélienne ce mois d’octobre 2023 est la huitième du genre en dix ans. Les infrastructures sont détruites, l’eau courante et l’électricité sont coupées… Notre peuple ne cherche rien d’autre que d’accéder à son indépendance et avoir son Etat. Tous les peuples du monde ont le droit de disposer d’eux-mêmes sauf le peuple palestinien. Si ce n’est pas de l’injustice, c’est quoi alors ?

Comment vivent alors les Palestiniens de Gaza ?
J’ai quelques indicateurs que je vous livre : à Gaza, il y a le taux de chômage le plus élevé au monde, 65% de la population active. 90% de la population de Gaza vit au-dessous du seuil de la pauvreté et 85% vivent grâce aux aides de l’étranger. Cela vous donne une idée sur la situation. Ne me demandez pas si les Gazaouis sont pour ou contre l’action du Hamas, la réponse tombe sous le sens puisque les Palestiniens de Gaza n’ont plus, et cela depuis des années, rien à perdre. Cela dit, nous sommes un peuple qui n’a pas d’analphabètes. Et cela rend furieux les Israéliens qui avec leurs armes pensent pouvoir exterminer le peuple palestinien.


Débarquement militaire
D’autres sources assurent, elles, que c’est plutôt le commandant des brigades al-Qassam, Mohammed Deïf, en coordination avec le chef du bureau politique du Hamas de Gaza, Yahya Sinwar, qui, seuls, ont été à la manoeuvre, et que c’est depuis deux ans qu’ils avaient commencé à ourdir leur plan.

Mais quel que soit, au final, le véritable cerveau dans l’histoire, le fait est qu’il a bien su se creuser les méninges. Parmi les subterfuges utilisés, le fait de s’entraîner au vu et au su des Israéliens à effectuer un débarquement militaire dans une simulation de colonie israélienne et à la prendre d’assaut -trop gros pour que cela soit pris au sérieux, d’autant plus que toutes les manoeuvres ont été filmées. En même temps, ce n’est qu’à la dernière minute que les quelque 1.200 combattants qui participaient à ces répétitions ont appris le véritable objectif recherché: en fait, le Hamas a si bien su garder secrets les préparatifs que plusieurs de ses dirigeants, y compris le chef de son bureau politique, Ismaël Haniyeh, n’avaient eux-mêmes pas été mis au parfum, en raison aussi des multiples taupes israéliennes que, de notoriété publique, le mouvement compte. “C’était un cercle très serré”, a expliqué, dans une autre dépêche de Reuters, en date celle-là du 11 octobre 2023, une source proche du Hamas.

Seul un rapport des services de renseignement égyptiens, vraisemblablement transmis à leurs homologues israéliens le 27 septembre 2023, risque de tout faire tomber à l’eau: en substance, le document alerte, selon les propres confidences faites par un responsable du pays d’Abdel Fattah al-Sissi le 9 octobre 2023 à l’agence de presse américaine AP, qu’“une explosion de la situation arrive, et très bientôt, et [que] ce serait gros”, mais il n’est tellement pas pris au sérieux que M. Netanyahou lui-même n’en aurait pas été informé. Le Hamas peut donc tranquillement mettre son plan à exécution.

Il choisit de lancer son opération en plein shabbat, le jour de repos hebdomadaire juif qui coïncide avec le samedi. C’est un moment où les forces de sécurité israéliennes sont censées être moins alertes, et c’est d’ailleurs dans la même logique que c’est également un jour de shabbat qu’en 1973 les armées arabes s’étaient lancées initialement avec succès, lors de l’épisode dit de la guerre d’octobre, à l’assaut d’Israël pour tenter des récupérer les territoires perdus six ans plus tôt.

Les opérations débutent officiellement aux alentours de 6h du matin, en comprenant un plan en quatre phases. Premièrement, ce sont quelque 3.000 roquettes -2.500, selon le décompte officiel israélien- qui sont lancées depuis Gaza, tandis que, utilisant des deltaplanes et des parapentes motorisés, des combattants réussissent à passer outre la barrière de séparation israélienne et à s’infiltrer en plein territoire hébreu -ils parviendront, à un moment, jusqu’à la ville d’Ofakim, à plus de 22km de la bande de Gaza. Deuxièmement, une fois le périmètre sécurisé, ce sont les commandos d’élite des brigades al-Qassam qui, à moto, suivent: ils passent la barrière de séparation après y avoir ouvert des brèches à coup d’explosifs, relayés par des bulldozers. Troisièmement, le quartier général de la division de Gaza de l’armée israélienne dans le sud de Gaza, au niveau du kibboutz de Réïm (région d’Eshkol), est attaqué, en vue de brouiller les communications et d’empêcher les soldats israéliens de contacter leurs collègues stationnés ailleurs et de coordonner avec eux.

Et quatrièmement, les otages capturés, notamment les participants au festival de musique trance de Réïm, surpris par l’atterrissage des combattants du Hamas alors qu’ils faisaient pleinement la fête depuis la veille au milieu des paysages désertiques du Néguev, sont ramenés aussitôt vers Gaza: leur nombre se monterait à pas moins de 130, selon les différents chiffres disponibles. Le Hamas savait-il qu’Israël, soutenu en cela militairement mais aussi médiatiquement par l’Occident, chercherait aussitôt à se venger contre les 2 millions de Gazaouis? Sans nul doute.

L’appréciation des événements
Mais comme le relève l’avocat et directeur du Centre palestinien des droits de l’Homme à Gaza, Raji Sourani, dans l’interview qu’il nous accorde, “les Palestiniens de Gaza n’ont plus, et cela depuis des années, rien à perdre” de toute façon. “A Gaza, il y a le taux de chômage le plus élevé au monde, 65% de la population active”, expose-t-il. “90% de la population de Gaza vit au-dessous du seuil de la pauvreté et 85% vivent grâce aux aides de l’étranger. Cela vous donne une idée sur la situation.” Et si certains, notamment au Maroc, soulignent le fait que le Hamas aurait également fait perdre des points à la cause palestinienne, d’autres pensent que, au contraire, en portant atteinte au moral israélien, au plus bas depuis sans doute 1973 et les revers enregistrés cette année-là, les Palestiniens étaient enfin en mesure de mettre fin au processus de colonisation qui vise leurs territoires. Dans un tel climat d’insécurité, qui, en effet, croit-on, prendrait le risque de s’installer, au péril de sa vie, en “Judée” ou “Samarie”, aussi promises fussent-elles par Yahweh au peuple juif? Il n’est, in fine, meilleur juge que l’histoire pour faire l’appréciation des événements en cours. Mais indépendamment de son verdict final, il est sûr qu’elle ne restera pas impassible, dans un sens comme dans l’autre


Trois questions à Abderrahmane Mekkaoui, expert militaire, spécialiste des questions stratégiques.

“Les Israéliens n’y ont vu que du vent”

Comment analysez-vous l’opération spectaculaire du Hamas contre Israël?
Abderrahmane Mekkaoui : Il y a d’abord un élément clé qui a joué en faveur du Hamas et qui n’est pas le fruit du hasard: l’organisation islamiste a berné tout le monde. Depuis plus d’un an, on entendait peu parler du Hamas et ses prises de position sont devenues plutôt modérées. Les dirigeants du Hamas disaient ces derniers mois à leurs interlocuteurs arabes, notamment égyptiens et saoudiens, que leur objectif premier était de créer une économie viable à Gaza et de permettre aux Palestiniens d’accéder à un niveau de vie correct. Le Hamas ne s’est pas solidarisé avec le Jihad islamique qui a subi une attaque israélienne… Mais en secret, ils préparaient leur opération.

Comment ont-ils réussi sans attirer l’attention des services secrets israéliens?
Durant cette année de préparation, pour ne pas dire plus, le Hamas a procédé d’abord à un nettoyage sur le terrain. Les taupes d’Israël ont été neutralisées. Certains agents palestiniens du Mossad ont été débriefés. Cela a permis au Hamas de rassembler une base de renseignement assez conséquente concernant le mode de fonctionnement israélien. D’ailleurs, c’est le bataillon de Gaza de l’armée israélienne, qui regroupent des hauts gradés, des dirigeants des services et des experts en économie et des sociologues qui a été décapité en premier. Un général enlevé alors qu’il était en famille, d’autres gradés de l’armée aussi neutralisés… Et quand ce que l’on peut appeler l’état-major opérationnel du bataillon Gaza a été désarticulé, toute la chaîne de commandement israélienne a été perturbée. L’information ne circulait pas comme il se devait. Résultat, les activistes du Hamas qui se sont infiltrés ont agi sans rencontrer la moindre résistance. Et cela est un vrai travail de professionnels qui a été mené des mois durant.

Sur le plan technique, comment a pu être menée cette opération?
Le Hamas a creusé des tunnels par dizaines à Gaza. Certains experts disent que le sous-sol de la bande de Gaza est devenu une sorte de gruyère. Les activistes du Hamas ont pu se procurer les zodiacs kamikazes et les drones d’une précision redoutable. On dit que l’Iran est pour quelque chose mais le Hamas a pu perfectionner les moyens que l’Iran lui aurait fournis. Puis, il y a la préparation de l’opération, il ne suffit pas d’avoir les moyens techniques; il faut avoir les hommes pour les faire marcher. Les Palestiniens ont prouvé qu’ils ont les hommes pour… Il y a des entraînements assez poussés des mois durant, mais les Israéliens n’y ont vu que du vent l


 

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