Des fruits et légumes Marocains contaminés par les pesticides

Le danger est dans l’assiette

Poivrons, haricots verts, melons… Des cargaisons de fruits et légumes marocains ont été refoulées ces derniers temps de plusieurs pays européens à cause de résidus excessifs de pesticides. Les mêmes produits sont écoulés sur le marché local. Un danger pour le consommateur marocain.

Fin avril 2021, la République tchèque a retiré de son marché des poivrons d’origine marocaine importés via l’Espagne car on y a détecté la présence excessive de certains pesticides, dépassant de cinq à six fois leur limite maximale de résidus. En Allemagne, des poivrons et des haricots verts importés du Maroc via l’Italie ont été refoulés. En France, des melons et pastèques bio ont subi le même sort, car ils contenaient un pesticide interdit.

Que se passe-t-il? Doit-on s’en alarmer? Evidemment! Car ces produits exportés sont avant tout écoulés sur le marché local. Du coup, le Marocain encourt un danger certain. Sa santé est menacée par la présence de résidus de pesticides en surdosage ou de pesticides cancérigènes interdits.

Selon l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), la consommation de manière indirecte des résidus de pesticides représente l’une des causes du cancer. Et ce n’est pas pour rien si des pays de l’Union européenne ont refoulé plusieurs cargaisons de légumes et fruits d’origine marocaine. Le plus inquiétant, c’est qu’au Maroc, on utilise encore des pesticides interdits à l’échelle internationale.

Plus grave encore est le fait que nos agriculteurs ignorent tout même des pesticides autorisés ou plutôt de leurs usages, notamment le respect du délai de la récolte. Les distributeurs de pesticides et les détaillants ne sont pas formés et tout ce qui leur importe, c’est de vendre leurs marchandises. Les produits phytosanitaires sont en vente libre au Maroc. On peut les trouver dans les souks ou dans des magasins agricoles, sans respect de la réglementation.

Manque de rigueur
Le manque de rigueur dans le contrôle de l’usage de ces produits phytosanitaires et des intrants importés est le maillon faible de la chaîne. Qui en est responsable? L’ONSSA (L’Office National de Sécurité Sanitaire des produits Alimentaires)? En grande partie, évidemment. Le département de l’Agriculture, dont relève l’ONSSA, aussi. Du coup, les Marocains consomment des légumes et fruits traités sans savoir leur teneur en pesticides. Ces produits alimentaires empruntent deux circuits avant d’atterrir dans le panier des ménagères: les marchés de gros, plus ou moins contrôlés (non par rapport aux résidus des pesticides), et le secteur informel, dont les produits ne sont en général ni contrôlés ni surveillés.

Un imbroglio
Sur le plan réglementaire, ce chaos périlleux profite d’un vide juridique ou plutôt d’un imbroglio. La loi n° 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires et la loi n° 13-83 relative à la répression des fraudes sur les marchandises ne sont pas claires par rapport à ce propos. La loi 13-83 exclut les produits végétaux frais de tout contrôle, notamment en matière d’usage abusif des pesticides.

Elle concerne les produits emballés. Une nuance subtile d’apparence mais capitale. Et même lorsqu’ils sont emballés, les informations relatives à la culture de ces produits ne sont pas renseignées. Pourtant, un décret de cette loi exige que des informations sur l’emballage doivent évoquer «sa composition pouvant avoir un effet néfaste sur la santé de certains groupes de consommateurs; sa durée de validité, ses conditions de conservation et son utilisation; ses incidences éventuelles sur la santé, y compris les risques et conséquences liés à une consommation inappropriée ou abusive dudit produit».

Ce qui renvoie, une fois encore, à un manque de contrôle de l’application de ladite loi. In fine, le flou englobe aussi le sort réservé aux cargaisons de produits alimentaires, contenant des résidus excessifs de pesticides, refoulés de l’étranger. Qu’en fait-on justement? Les détruit-on ou les revend- on sur le marché national?

Un projet de loi relatif au contrôle des pesticides nocifs a été adopté en janvier 2020 en Conseil du gouvernement. Actuellement, il est dans le circuit législatif. Il régule le contrôle des produits phytopharmaceutiques et interdit la vente illégale des pesticides agricoles. Une lueur d’espoir qu’un jour les Marocains puissent consommer sans être inquiétés pour leur santé.

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