En France, la grogne sociale enfle et la majorité s’affaiblit

Emmanuel Macron dos au mur


Grèves, érosion du pouvoir d’achat, crise énergétique et motions de censure à l’Assemblée. En France, Emmanuel Macron et son gouvernement se trouvent dans l’impasse, alors que le pays traverse une profonde crise politique et sociale. L’hiver s’annonce chaud dans l’Hexagone.

Violents heurts, vitrines brisées, policiers lourdement équipés, et des dizaines de milliers de manifestants descendus dans les rues de la capitale Paris, mais aussi dans plusieurs autres villes françaises, pour exprimer leur colère et le ras-le-bol général.
En l’espace de deux jours, Emmanuel Macron a dû faire face à la dure épreuve de la rue, alors que la grogne sociale dans l’Hexagone ne cesse d’enfler sur fond d’érosion du pouvoir d’achat et de critiques envers les politiques sociales du gouvernement et sa réponse aux retombées de la guerre en Ukraine, notamment sur les prix de l’énergie.

Le 16 octobre, la “Marche contre la vie chère et l’inaction climatique” a mobilisé pas moins de 140.000 personnes selon les organisateurs -seulement 30.000 d’après les autorités- venues défiler en réponse à l’appel de l’opposition, dans un contexte marqué par la grèves dans les raffineries de TotalEnergies, qui ont causé des pénuries de carburant partout dans le pays, contribuant ainsi à aggraver le climat de tensions.
Puis 48 heures plus tard, le 18 octobre, un mouvement social encore plus important est venu confirmer que rien ne va plus: 300.000 manifestants dans toute la France, dont 107.000 à Paris, selon la Confédération générale du travail (CGT). Seulement 100.000 selon le gouvernement, dont 13.000 dans la capitale. “L’heure est grève”, pouvait-on lire sur la Une de Libération du même jour, qui résume parfaitement le climat général dans le pays.


Motions de censure
Loin de la guerre des chiffres, ce mouvement de contestation massif dénote d’une profonde crise économique et sociale, mais aussi politique alors que l’Exécutif ne cesse de brandir le fameux “49.3” (article 49, alinéa 3 de la Constitution française) pour faire passer ses réformes impopulaires sans passer par le vote du parlement. «Nous sommes ici pour redire que nous refusons de nous habituer à la méthode du 49.3», a déclaré à la presse Mathilde Panot, présidente du groupe La France Insoumise (LFI) dans l’hémicycle, annonçant le dépôt, le 19 octobre, par l’Union de gauche d’une motion de censure contre le gouvernement.
Même son de cloche de l’extrême droite. Le vice-président du groupe du Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale, Jean-Philippe Tanguy, a annoncé que sa formation a également déposé une motion de censure pour faire face au recours de la Première ministre, Élisabeth Borne, au 49.3.

Bien qu’il soit considérablement fragilisé, le gouvernement peut toutefois compter sur les divergences idéologiques entre les deux composantes majeures de l’opposition pour pouvoir tirer son épingle du jeu. Les députés RN ont prévu de ne pas soutenir la motion déposée par Nupes, et vice versa. Les deux formations estiment qu’elles ont des motivations totalement différentes pour vouloir renverser l’Exécutif d’Elisabeth Borne. D’autant plus que toutes les formations politiques, majorité et opposition, préfèrent préserver leurs acquis en évitant la dissolution de l’Assemblée et l’organisation d’élections anticipées.

Mais la survie du gouvernement n’est pas synonyme de fin de crise, puisque la mobilisation dans la rue et au sein des institutions est bien partie pour durer et se renforcer, annonçant une suite de quinquennat très tendue pour le locataire de l’Élysée.

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