La France ferme ses portes aux Marocains

Le taux de demandes de visa refusées s’établirait à 70%

Le nombre de Marocains dont la demande de visa pour la France a essuyé un refus a explosé en 2022. Plus de 70% de demandes rejetés, et pour cause, une politique punitive injuste menée par Paris, qui impacte des milliers de familles, d’étudiants, de chercheurs ou même de simples touristes.

Il est 10h passées de quelques minutes, ce mardi 6 septembre 2022. À l’entrée du gigantesque bâtiment à la façade vitrée, abritant le siège de la société TLS Contact, sur boulevard Abdelmoumen, une fille indienne continue de gagner en longueur à chaque minute écoulée. Des dizaines de citoyens, hommes et femmes, de toutes les catégories d’âge, se sont précipités ici depuis plus de deux heures, et continueront de se précipiter jusqu’à 16h. Dossier à la main et chapeau ou casquette sur la tête pour se protéger du soleil qui s’annonce ardent en cette journée d’été, ils sont venus ici pour déposer leur demande de visa pour la France pour certains, ou récupérer leur document de voyage avec le visa enfin accordé pour d’autres … ou pas !

Colère et déception
Nul besoin de poser la question pour comprendre que nombreuses personnes présentes ici ont retrouvé leur passeport sans le graal supposé être collé dans les pages intérieures. Un mélange de colère et de déception se lit sur les visages. Certains effectuent des va et vient, perdus et étourdis sous l’effet du refus de leur demande, incapables d’assimiler le dénouement décevant de la longue et laborieuse procédure qu’ils ont suivie depuis plusieurs semaines.

“Mon épouse et moi ne pouvons plus rendre visite à notre fils”, souffre Abderrahmane avec tristesse. Pourtant, le quinquagénaire avait toutes les chances de son côté. “Je suis commerçant, j’ai justifier de ressources financières et immobilières importantes dans mon dossier de demande, sans oublier que je me suis déjà rendu à trois reprises en Europe auparavant, la France incluse”, regrette-t-il.

Mais c’était sans compter sur la politique de “fermeté” adoptée par la France depuis septembre 20121, qui se traduit par la réduction par 50% du nombre de visas octroyés aux citoyens originaires du Maroc et de l’Algérie, et par 30% dans le cas des Tunisiens, en réaction au “refus” de ces pays de rapatrier leur clandestins expulsés par les autorités françaises.

Refus non-justifié
Dans les autres centres TLS partout au Maroc traitant les demandes de visa pour la France, le constat est presque unanime : le refus devient systémique. Les réduction de 50% en théorie semble encore plus sévère en réalité. Plusieurs associations de défense de consommateurs au Maroc évoquent un taux de refus de 70%, résultant souvent de refus systémique et non-justifié.

Et tout le monde y passe sans exception: des étudiants désirant poursuivre leur parcours académique à l’étranger, aux simples touristes voulant profiter des vacances d’été, en passant par des hommes d’affaires ou des chercheurs participant à des séminaires et autres activités professionnelles, ils ont été obligés de revoir leur plan de fond en comble. Même le célèbre rappeur marocain “El Grande Toto”, dans la notoriété dépasse les frontières de l’Afrique, s’est vu refuser sa demande de visa dans un premier temps, avant que la situation ne soit “réglée” par la suite pour qu’il puisse donner son concert à Sète.

Selon les chiffres officiels avancés par Paris, “seulement” 39.520 demandes sur 157.100 demandes déposées par les Marocains en 2021 ont été refusées, soit, un taux de rejet de 27,6% “uniquement”. Et bien que celui-ci soit nettement inférieur au chiffres officieux, il reste toutefois supérieur au taux de rejet mondial moyen des demandes Schengen qui est estimé à 13,5%.

Garants solvables
“Ils ont commencé par durcir les conditions et insister sur le moindre petit détail sans lequel le dossier aura un refus, mais par la suite ils sont passés à l’étape suivante: refuser au pif”, dénonce Houda, jeune licencié en biologie qui a vu sa demande de visa étudiant être rejetée par les services consulaires français de Casablanca. Pourtant, elle avait deux garants très solvables, un dossier pédagogique très solide et un justificatif de résidence chez son frère aîné durant les premières semaines de séjour dans l’Hexagone. La jeune étudiante ne se décourage pas pour autant et prévoit de déposer un recours, même si les possibilités d’avoir une réponse différente la deuxième fois lui paraissent “très faibles”.

L’ambassade interpellée
Une situation qui a poussé la Fédération marocaine des droits du consommateur à demander, le 17 août 2022, aux autorités françaises de restituer aux Marocains ayant vu leur demande de visa se faire refuser, leurs frais de dossier qui peuvent atteindre parfois plus de 1000 dirhams par personne pour certains types de visa. Pour rappel, ces frais, mais aussi les frais de services, ne sont pas remboursables une fois engagés, peu importe la réponse des services consulaires.

Une situation qui a fait réagir l’ex-ministre française de l’Égalité des territoires et du Logement, Cécile Duflot, qui a interpellé l’ambassade de France au Maroc après le refus d’un visa familial à une internaute marocaine. Dans un tweet publié le 2 août, elle a reproché à ”la machine administrative consulaire son manque de discernement et de coeur”, en réaction à une internaute marocaine qui affirmait que son visa familial pour sa mère et grandmère a été refusé.

Si la France a décidé, fin août, de lever cette mesure punitive sur la Tunisie après que celle-ci ait montré des signes de “coopération”, le Maroc quant à lui campe sur ses positions et ne cède pas face aux pressions de Paris.