LA FRANCE A ÉCONOMIQUEMENT PERDU DU TERRAIN AU MAROC

L’INAVOUÉ PAR RAPPORT AU TWEET DE L’AMBASSADRICE

Rien n’est fortuit. Le tweet de l’ambassadrice de France au Maroc a remis sur la table la mésentente politique entre Paris et Rabat sur fond d’une crise d’ordre économique engendrée par la perte par l’Hexagone de plusieurs marchés et appels d’offres au Royaume.

Le tweet de l’ambassadrice de France au Maroc, Hélène Le Gal, rendu public vendredi 5 juin 2020, dans lequel elle véhicule un message pas vraiment codé: “Je remercie Chakib Benmoussa […] pour m’avoir présenté ce matin un point d’étape de la CSMD Maroc: de très belles perspectives pour le nouveau pacte économique”, ne peut être extirpé de son contexte diplomatique et politique. C’est dire qu’il reflète une crise ancienne au sein de la crise actuelle.

Cette crise est d’origine économique, quoiqu’elle prenne des allures politiques. D’ailleurs, une de ses facettes rendues publiques a été le tweet jugé condescendant en date du 14 mars du président français, Emmanuel Macron : “De nouveaux vols sont en cours d’organisation pour vous permettre de regagner la France. Je demande aux autorités marocaines de veiller à ce que tout le nécessaire soit fait au plus vite”.

De puissants concurrents
Le ton, le message et le timing ne sont pas le fruit du hasard. La France officielle est aigrie. Elle perd, économiquement parlant, du terrain au Maroc. Depuis cinq décennies qu’elle se positionne comme premier partenaire commercial du Royaume, la France a été supplantée par l’Espagne ces cinq dernières années. Et tous ses efforts fournis pour rattraper le retard se sont révélés vains. L’Espagne est désormais notre premier partenaire commercial. De loin même. Ce n’est pas tout.

La France a non seulement perdu son statut de principal partenaire économique du Maroc, mais aussi son positionnement privilégié par rapport aux appels d’offres dans le secteur du transport en commun dans plusieurs villes marocaines. Après que les entreprises françaises aient longtemps été le principal fournisseur d’autobus sur le marché marocain, les entreprises espagnoles sont devenues de puissants concurrents au cours des dernières années. Par exemple, la société espagnole ALSA a non seulement remporté des contrats de transport dans les villes de Tanger, Agadir, Marrakech et Khouribga, mais a également remporté des contrats similaires à Casablanca et Rabat.

Alors que la majorité écrasante des appels d’offres leur étaient prédestinés, les entreprises françaises ont constaté une transparence qui fait qu’elles devaient faire face à leurs concurrents turcs, chinois, espagnols… Macron n’admet pas que pour la construction du LGV Casablanca-Marrakech, le Maroc s’engage avec des partenaires chinois. La vache à lait, c’est fini. Ah, reste l’armement. Que l’on se détrompe! Selon les nouvelles données du Stockholm International Peace Research Institute (Sipri), les Etats-Unis représentent 91% des importations marocaines d’armes, suivis de France (8,9%) et du Royaume-Uni (0,3%).

C’est donc du passé. Même sur le plan politique, la France n’est plus sur la même longueur d’onde que le Maroc sur plusieurs dossiers d’intérêt régional et international. Les deux pays l’ont montré sur plusieurs questions régionales cruciales, notamment la crise libyenne. Le Maroc a joué un rôle de premier plan dans l’accueil de l’accord de Skhirat en 2015, que l’ONU considère à ce jour comme le seul cadre capable de conduire à une solution politique en Libye. Devant cet acquis considérable, la France a mal réagi. Elle a soutenu le maréchal renégat Khalifa Haftar, soi-disant chef de l’armée nationale libyenne, qui a fait fi de l’accord de Skhirat et du processus politique international. La mésentente est donc notoire.


1 commentaire

  • Ahnou

    11 Juin 2020

    Les blessures économiques sont guérissables,pas les offenses diplomatiques que la France "socialisante" à coûté au Maroc:l'humiliation subie par Mezouar,la convocation émise par un juge français, descendant de pieds noirs Harkis,et apportée au patron de la police marocaine alors qu'il n'était même en France,la qualification indécente du Maroc par un MAE Français...les tweets à répétition,la percée marocaine en Afrique qui fait grincer les dents en France ...Rien ne sera plus comme avant tant que les Français refuseront d'abandonner leur manie de penser trop dés qu'il s'agit du royaume chérifien. Ils le doivent s'ils veulent se "remettre aux affaires" donnant-donnant avec le Maroc.Ce n'est pas compliqué.Les Marocains peuvent encaisser non oublier et le capital tant national qu'international demeure à portée d'un clic sur clavier de PC...

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