De nouveaux foyers du COVID-19 naissent dans les souks populaires

UN CONFINEMENT À DEUX VITESSES

Au Maroc, la différence entre les classes sociales fragilise grandement le confinement. Le non-respect des consignes dans les quartiers surpeuplés est peu ou prou toléré.

À quelques jours seulement de la fin de la deuxième phase de l’état d’urgence sanitaire, prévue le 20 mai 2020, la situation épidémiologique dans notre pays demeure inquiétante. Avec la hausse des cas de contamination confirmés du Covid-19, avec des paliers variant entre 150 et 200 cas par jour, le déconfinement pourrait s’avérer ainsi très compliqué pour les autorités au vu du relâchement crescendo constaté dans les souks populaires et les marchés d’approvisionnement dans presque toutes les régions et provinces du Royaume, notamment à Sidi Kacem, Larache et Sidi Slimane, avec tout ce que cela comporte comme risque de contamination rapide et à grande échelle et d’apparition de nouveaux foyers.

Ceux-ci s’ajoutent aux foyers industriels et commerciaux mais aussi aux trois foyers militaires récemment relevés. A Casablanca, le quartier industriel de Aïn Sebaâ est devenu un dangereux cluster où des centaines de cas du Covid-19 ont été détectés. Sont notamment concernées des entreprises du textile, d’industrie agroalimentaire et de confection électrique et métallique.

L’apparition de foyers militaires semble compliquer davantage la situation sanitaire dans notre pays. Mais une source militaire au sein des Forces armées royales a indiqué, en revanche, que les allégations sur le nombre de militaires atteints par le Covid-19 au sein d’unités des FAR sont dénuées de tout fondement. La même source rassure sur la situation sanitaire liée au Covid-19 dans les FAR en avançant qu’elle est maîtrisée et que les proportions d’atteinte des militaires et de leurs familles par cette pandémie sont «tout à fait normales par rapport à la moyenne nationale». La source militaire précise, par ailleurs, que les mesures prises au sein de toutes les unités des Forces armées royales pour pallier à cette pandémie sont des plus draconiennes et bénéficient d’un suivi médico- social rigoureux à plusieurs niveaux.

Dans cette situation sanitaire confuse et visiblement incertaine, le déconfinement est sans aucun doute appelé à être repoussé. Mais, il faut dire que le confinement imposé par l’état d’urgence sanitaire, entré en vigueur depuis le 20 mars dernier, n’est pas respecté dans tout le Maroc. En réalité, le Maroc se divise en deux parties: un Maroc où vit une certaine classe sociale aisée, ultra protégée et qui, par la force des choses, tente de respecter les règles de l’état d’urgence sanitaire où les contrôles et les rondes de la police sont très fréquents au moment où dans les quartiers surpeuplés les infractions aux mesures de confinement sont peu ou prou tolérées. C’est le cas notamment à Anfa, à Casablanca, où il n’y a pas beaucoup de mouvements de gens pendant le jour.

Ce Maroc-là vit généralement à l’abri, loin des tumultes et des problèmes de l’autre Maroc. Ce dernier, représenté par plusieurs quartiers et autres zones résidentielles surpeuplées, vit, quant à lui, au rythme de la légèreté et du non respect de l’état d’urgence sanitaire, ce qui expose notre pays à un véritable drame sanitaire. Le laisser-aller dans les rues, les bousculades dans les souks et les marchés populaires et les attroupements de personnes quelque temps avant la rupture du jeûne sont de nature à inquiéter les autorités qui semblent lâcher du lest ces derniers jours. Il est encore temps de rectifier le tir avant qu’il ne soit trop tard.


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