Fnideq, la cité fantôme

100 PERSONNALITÉS TIRENT LA SONNETTE D’ALARME

Dans un appel diffusé mercredi 27 janvier 2021, 100 personnalités de la société civile appellent à sauver cette ville du Nord économiquement morte à cause de la fermeture du poste-frontière, Bab Sebta. Les habitants y vivent dans des conditions extrêmement lamentables.

“L’appel de Fnideq” est ainsi né. Une centaine de personnalités, issues de différents horizons professionnels, ont signé, le mercredi 27 janvier 2021, un appel adressé au gouvernement pour l’inviter à sauver les habitants de la ville de Fnideq, qui subissent des souffrances énormes à cause de la fermeture du poste-frontière, Bab Sebta, en mars 2020. Une décision qui a plongé tout le Nord dans la récession, mais la ville de Fnideq est certainement la plus touchée, en raison de sa proximité géographique avec Bab Sebta.

Fnideq dépend, ainsi, économiquement et socialement, de ce célèbre poste-frontière. Pendant de longues années, les «femmes-mulets», ces dames dignes et courageuses qui transportent sur leur dos des quantités impressionnantes de marchandises achetées à Bab Sebta, traversent quotidiennement cette zone pour subvenir aux besoins de leurs enfants et leurs familles.

Un calvaire qu’elles subissaient certes au jour le jour et qui paraissait contraire aux droits humains, mais qui était tout de même nécessaire pour affronter la dure réalité d’une région qui vit essentiellement de la contrebande. Mais depuis la fermeture de ce poste-frontière en raison de la crise sanitaire, cette population pauvre et vulnérable commence à vivre un nouveau calvaire, plus terrible celui-là: il s’agit de la misère et le dénuement.

Renforcer l’investissement

Alors que les autorités leur avaient promis monts et merveilles pour compenser les pertes liées à cette fermeture, la situation de Fnideq a empiré au point de susciter des inquiétudes qui projettent l’éclatement d’une véritable crise sociale. D’où l’appel des 100 personnalités qui viennent avec des propositions concrètes pour éviter le pire. La première proposition veut inciter le gouvernement à mettre en place un plan économique et social en étroite collaboration avec le conseil de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima. La deuxième proposition vise à relier la ville de Fnideq au port Tanger- Med pour créer une véritable dynamique économique dans la ville.

L’appel de Fnideq propose également de renforcer l’investissement public en partenariat avec le secteur privé de telle sorte à créer des opportunités d’emplois viables pour répondre aux besoins de la population. En dernier recours, il est également suggéré aux autorités de procéder à la réouverture temporaire de ce poste-frontière avec la mise en place de toutes les dispositions qui respectent la situation sanitaire actuelle mais également les droits humains.

Telles sont ainsi les quelques mesures proposées par cet appel, qui ne verse certainement dans aucune logique de politique politicienne, mais exprime tout simplement le voeu pieux d’une partie de la société civile de porter secours à une population sinistrée et ravagée par la récession économique.

Zone d’activité économique
Cet appel a été précédé d’un rapport sombre réalisé par l’association «Assaida Al Horra» (femme libre), une association locale, sur la situation catastrophique de ces femmes après la fermeture de Bab Sebta. Un rapport très touchant et qui appelle vivement au dénouement de la situation de ces «femmes-mulets».

L’association locale «Assaida Al Hora» rapporte qu’après plusieurs sons de cloche d’associations et autres organismes de défense des droits de l’homme, suite à la fermeture de la zone frontalière, les travaux de construction de la zone d’activité économique de Fnideq ont été lancés récemment. Il s’agit, premièrement, des travaux sur une partie de 10 hectares qui devra s’étendre à 90 hectares par la suite. Une initiative appréciable puisque ce projet favorisera l’accès à l’emploi, la régression du chômage et mettra fin à la souffrance des «femmes-mulets».

Mais la question que se posent les militants associatifs: quand cette nouvelle zone d’activité économique sera-t-elle lancée? Car le calvaire économique dans lequel vivent les habitants de cette cité fantôme ne cesse de s’aggraver. Leur situation familiale et sociale aussi. Il y a, en effet, urgence d’agir pour sauver cette région d’une réelle décadence. Et l’appel de Fnideq des 100 personnalités de la société civile vise à accélérer le rythme de l’action publique.