Finance participative : Les raisons d'un faible impact sur l'économie


En 5 années, soit de 2017 à fin 2022, la finance participative a généré 16,7 milliards de DH d’encours global. Un chiffre qui prête à satisfaction à priori. Sauf que 80% des opérations concernent le financement d’achats immobiliers. Pour le financement de l’économie, on repassera…

Selon les indicateurs d’implantation bancaire publiés par Bank al Maghrib, le réseau bancaire participatif est passé de 44 à 176 agences entre décembre 2017 et décembre 2021 ; soit une croissance moyenne annuelle de plus de 63%. “Une progression notable mais qui demeure, toutefois, insuffisante par rapport à une couverture raisonnable du marché”, explique une étude du cabinet spécialisé Fineopolis AlMaali. Il faut dire que la persistance de la situation déficitaire des banques participatives, mais aussi la tendance du «Big Crunch» en termes de fermetures d’agences, observée chez les banques conventionnelles , ont fini par freiner l’élan et l’ambition des banques participatives.

Une des principales propriétés ayant marqué le secteur bancaire participatif depuis le démarrage réside dans l’évolution beaucoup plus rapide de l’activité de financement comparativement à celle de l’activité de collecte (dépôts à vue et dépôts d’investissement). Conjuguée à l’inexistence du marché Sukuk et du marché interbancaire participatif, cette situation a fait que les banques participatives se sont retournées vers leurs banque-mères pour se refinancer par le biais de contrats Wakala Bil Istithmar bilatéraux.

Couverture géographique
En termes de couverture géographique, selon les derniers indicateurs de Bank Al Maghrib de 2021, c’est la région Casablanca- Settat qui présente le plus grand nombre d’agences bancaires (34% du réseau), suivie par celle de Rabat-Sale-Kenitra (18%). En troisième lieu, on trouve la région Fès-Meknès (11%). Par rapport au secteur bancaire conventionnel, l’implantation des banques participatives ne représente guère les 3%. Il va sans dire que ces dernières devraient maintenir, pendant encore un certain temps, leur effort de création d’agences si elles veulent assumer pleinement la mission d’inclusion financière qui leur est dévolue.


Sur le plan de la productivité par agence, le réseau des banques et fenêtres participatives a encore du chemin à parcourir. En effet, par rapport aux données de l’exercice 2021, ces institutions réalisent, via leurs réseaux respectifs, une productivité “Financements et Dépôts” de 96 et 34 millions de MAD, respectivement. Par rapport à leur situation du 31 décembre 2021, les banques conventionnelles affichent une productivité de 165 et 172 millions de MAD, respectivement sur les deux activités. Selon les auteurs de l’étude, ces facteurs expliquent en partie la quasi-absence des banques islamiques dans le financement de l’économie.

A titre de comparaison, le crédit à l’économie octroyé par le secteur bancaire marocain (hors banques participatives) n’a évolué que de 4% en moyenne annuelle sur la même période . Il va sans dire que, sur ce plan, la comparaison doit être prise en considération avec beaucoup de précaution du fait de la non-similitude des deux secteurs bancaires en termes de maturité; il y a d’un côté un secteur bancaire conventionnel de plus d’une soixantaine d’années d’existence et un secteur bancaire participatif qui vient tout juste de démarrer.

Situation inédite
Sur les cinq années d’activité, malgré sa croissance à deux chiffres en termes absolus, l’évolution des dépôts à vue des banques et fenêtres participatives se caractérise par un rythme beaucoup moins rapide que celui observé au niveau de l’activité de financements. En raison de cela, les dépôts à vue ne couvrent qu’une faible part dans les financements accordés par les banques et fenêtres participatives. Cette situation inédite fragilise le modèle économique de ces institutions, étant donné que les marges qui devraient supporter son développement sont réduites du fait de la non-abondance de ressources gratuites, au regard des besoins grandissants de l’activité de financement.

Par rapport aux dépôts à vue, l’évolution des dépôts d’investissement est encore plus timide. Depuis le lancement de leur commercialisation en juin 2019, ils n’ont pas franchi les 2 milliards de MAD. Cette situation pourrait être expliquée par le faible engouement de la clientèle pour ce type de produits en raison du caractère de risque en capital qu’ils comportent. Plusieurs observateurs attribuent cette situation, également, au manque d’efficacité de la communication des banques et fenêtres participatives sur ces produits.

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