Oui, finalement, à l’investissement public

Le projet de loi des finances rectificative en conseil des ministres

Alors que le gouvernement semblait de plus en plus hésitant quant à engager les finances de l’Etat dans la reprise, le roi Mohammed VI a finalement pris position pour que tous les moyens publics possibles soient mis dans la balance.

Le roi Mohammed VI aura donc tranché. La relance se fera par l’investissement public ou ne se fera pas. Le projet de loi des finances rectificative, adopté au cours du conseil des ministres que le Souverain a présidé ce 6 juillet 2020 au palais royal de Rabat, a sanctionné cette orientation, sur laquelle le gouvernement Saâd Eddine El Othmani semblait, ces derniers temps, hésiter, après avoir pourtant promis de l’adopter auparavant. Ainsi, ce sont trois piliers qui figurent à la base de ce projet, à savoir l’accompagnement de la reprise progressive de l’activité économique, la préservation de l’emploi et l’accélération de la mise en oeuvre des réformes de l’administration.

Conséquemment, le gouvernement devra nécessairement renoncer à ses velléités austéritaires, sous peine d’y manquer. De toute façon, a-t-il vraiment le choix? Car si les institutions internationales telles le Fonds monétaire international (FMI), dont les autorités avaient pour rappel tiré le 7 avril sur les 2,97 milliards de dollars de la ligne de précaution et de liquidité (LPL) pour maintenir à flot des réserves de change durement éprouvées par la Covid-19, veillent au grain et feront en sorte que le déficit public du Maroc soit maintenu à son plus bas niveau possible, l’Etat devra quoi qu’il en soit, en même temps, passer à la caisse pour sauver les meubles.

L’accent sur l’emploi
Ainsi, le Haut-Commissariat au plan (HCP) vient de révéler, dans le point de conjoncture qu’il a publié ce 5 juillet sur son site, que l’économie nationale aurait décéléré de 13,8% au cours du deuxième trimestre de cette année par rapport à la même période de l’année précédente, en ayant vu presque tous les secteurs touchés. Pour le troisième trimestre, l’institution d’Ahmed Lahlimi Alami prévoit, à cet égard, un maintien, à hauteur de 4,6%, de la décroissance; ce qui veut dire que la fin déclarée du confinement, le 24 juin, n’équivaut pas pour le Maroc à être sorti de l’auberge.

Le projet de loi des finances rectificative table d’ailleurs, sur l’année, sur un repli de 5% du produit intérieur brut (PIB), mais il y a lieu de rappeler que ce chiffre est le plus optimiste parmi les hypothèses évoquées par Mohamed Benchaâboun lors de son passage du 19 mai à la Chambre des conseillers: le ministre de l’Economie avait, à cette occasion, avancé que la récession pourrait en fait carrément atteindre les 7%, ce qui dépasserait le pire taux jamais enregistré dans l’histoire du Royaume et qui est de 5,41% -en 1995, année de la fameuse “crise cardiaque” évoquée alors par le roi Hassan II dans son discours d’ouverture de la session parlementaire d’automne.

Outre les mesures qui doivent être prises pour soutenir les entreprises, à travers notamment donc l’investissement public mais aussi les mécanismes de garantie au niveau de la Caisse centrale de garantie (CCG) -on parle d’un taux d’intérêt de 3,5% maximum et d’un délai de remboursement de 7 ans-, le projet de loi des finances rectificative met aussi l’accent, comme souligné plus haut, sur l’emploi: ainsi, il est question de conditionner l’aide à la reprise par la sauvegarde de 80% des effectifs déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et la régularisation rapide de ceux qui ne le sont pas. Il était en tout cas temps d’accélérer le pas.


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