La fin des pires cauchemars des Casablancais ?

L'ESPAGNOL ALSA SUPPLANTE M’DINA BUS DANS LA GESTION DU TRANSPORT URBAIN

Le maire Abdelaziz El Omari annonce l'attribution du marché de gestion des bus de Casablanca à la société espagnole Alsa. Mais il ne donne aucune visibilité sur le sort des milliers de salariés de M’dina Bus ou sur le remplacement du vieux parc d’autobus impraticable.

Enfin, la page noirâtre de la gestion chaotique de la société M’dina Bus peut être tournée. Après Marrakech et Rabat, la compagnie de transport espagnole Alsa-City Bus a décroché, le 1er octobre 2019, le contrat de gestion déléguée du transport urbain au niveau de Casablanca. Petite nuance à souligner, ce n’est qu’à l'issue du vote du 15 octobre que Alsa sera officiellement désignée comme nouvel adjudicataire du marché. Officiellement toujours, la compagnie démarrera ses activités à partir du 1er novembre, mais elle se chargera de la période de transition.

En principe, ce contrat devrait mettre fin aux ennuis des usagers des bus à Casablanca, souffrant d’une véritable crise de transport à cause de l’état délabré des véhicules, de l’absence de la sécurité à bord et de lignes desservant plusieurs communes de la ville. Pour les non-Casablancais qui se rendent très peu ou occasionnellement à la capitale économique, il faut savoir que le transport urbain à Casablanca est un véritable calvaire. Les Casablancais en souffrent le martyre au quotidien: Réduction du nombre de bus en service, véhicules en circulation en situation déplorable et leur moyenne d’âge dépasse les 17 ans alors qu’elle ne devrait pas dépasser les 7 ans, incivisme et harcèlement sexuel à bord de ces moyens de transport, des bandes criminelles qui prennent en assaut certains bus… Et la situation va de pire en pis jour après jour. D’autres scènes peu communes sont parfois inqualifiables: deux bus qui prennent feu au beau milieu d’un grand boulevard, des jeunes qui prennent une douche à l’intérieur du bus ou qui marchent et sautent sur le toit...

Et face à ce chaos très bien toléré par le maire pjdiste Omari, les Casablancais, résignés, sont obligés d’emprunter ces bus de fortune sans comprendre les raisons pour lesquelles la prestation de M’dina bus est d’aussi mauvaise qualité.

Des scènes inqualifiables
Depuis des années, la société délégataire M’dina bus et les élus de Casablanca entretiennent un dialogue de sourds et un chassé-croisé de reproches. En effet, chaque partie accuse l’autre de ne pas avoir respecté ses engagements. M’dina bus reproche au Conseil de la Ville de ne pas mettre en place des mécanismes de révision visant l’équilibre économique de la gestion déléguée et la tenue de réunions, à intervalles réguliers pour examiner l'état d'exécution du contrat. Sur ce point, le comité de suivi ne s’est pas tenu de 2008 à 2016. Depuis l’arrivée du pjdiste Abdelaziz Omari fin 2015 à ce jour, une seule réunion s’est tenue en février 2016. Elle reproche également, entre autres, à la Ville de ne pas favoriser la fluidité de la circulation des transports collectifs, notamment à travers les couloirs réservés aux bus, et priorité à ces derniers et de ne pas mener des actions et mesures destinées à lutter contre le transport informel.

Chassé-croisé d’accusations
Pour sa part, le conseil de la Ville reproche à M’dina bus la faiblesse des investissements consentis. Selon le rapport de la Cour des comptes relatif à l’année 2015, durant la période 2009-2014, M’dina bus s’est limitée à un niveau d’investissement de 248 MDH au lieu des 772 MDH prévus dans le contrat. Il déplore aussi la non acquisition de bus neufs. Le rapport de la Cour précise qu’entre 2009 et 2014, M’dina bus n’a pas respecté ses engagements que ce soit en termes de budget, nombre de bus ou voies d’acquisition. La société a investi 176 MDH au lieu des 729 MDH prévus par la convention, et de ne pas desservir toutes les communes et déployer un nombre suffisant de bus: 800 bus en circulation pour un besoin de près de 1.700. S’immisçant dans ce chassé-croisé d’accusations qui a été porté devant la justice, Mustapha Chennaoui, député de la Fédération de la gauche démocratique (FGD), avait tiré la sonnette d’alarme concernant cette terrible crise, accusant le Conseil de la ville de négligence. Sur sa page officielle, la FGD avait indiqué que le Conseil a légué, en 2004, la gestion du secteur à M'dina, bus qui a essuyé un échec cuisant. «Cette société a échoué, 15 ans durant, à mettre fin au cauchemar des Casablancais se déplaçant à bord des bus. Entre 2008 et 2012, Mdina Bus a touché plus de 700 millions de dirhams des fonds publics», avait déploré Chennaoui. Il a renchéri en ajoutant que les édiles de Casablanca font preuve de tergiversation, de nonchalance et de mauvaise gestion dans le traitement de ce dossier du transport en commun.

Pour rappel, le dossier du délégataire du transport en commun a été retiré à Casa Transports et confié à l’Etablissement de Coopération intercommunale (ECI) qui gère ce volet de la mobilité ainsi que l’appel d’offre pour l’acquisition de nouveaux bus. D’ailleurs, après plusieurs reports ou annulations, l’appel d’offres pour l’acquisition des 700 bus vient d’être relancé. Les véhicules neufs seront gérés par la société Alsa exploitant le réseau de bus (après le départ de M’dina Bus fin octobre 2019). Le marché, décliné en 3 lots, comporte des bus standards diesel Euro VI de 12 m (540) et articulés de 18m (160). Les deux lots sont estimés à 550,8 millions de DH chacun, alors que le 3e est de l’ordre de 576 millions de DH. Le marché global des 700 bus est donc évalué à plus de 1,6 milliard de DH.

Le problème, c’est que les Casablancais devront faire avec les anciens véhicules délabrés en attendant la réception des nouveaux bus, prévue en octobre 2020. Aussi, l’avenir des salariés de M’dina bus, qui souffrent ces derniers mois du retard de paiement de leurs salaires, pose problème. Aucune autorité ne communique avec les plus de 3.300 salariés au sujet de leur situation suite à l’arrivée du nouveau délégataire et à l’approche de la fin du contrat de gestion déléguée de M’dina bus. Confus et mal informés, ils ont fait grève mardi 2 octobre matin. En effet, les véhicules de M’dina bus n’ont pas quitté les entrepôts, abandonnant à leur sort des milliers de Casablancais.

Ce qui veut dire que la fin de la souffrance des usagers de la capitale économique n’est pas pour demain. Ces derniers se demandent quels sont les garanties ou les garde-fous mis en place pour empêcher que le scénario de M’dina Bus ne se reproduise plus.


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