La fin de l'état d'urgence ?

RETOUR DES MRE

En ouvrant les frontières à sa diaspora, le Maroc semble faire le pari d’un avenir de nouveau sans Covid-19. Mais il faudra tout de même rester vigilant.

Qu’on soit fan ou pas, on ne peut au final que tirer son chapeau à la gestion que les autorités marocaines ont faite de la pandémie de Covid- 19. Et la preuve la meilleure, c’est qu’alors que des pays du voisinage direct même y demeurent fortement empêtrés, ne parvenant même pas à décrocher le précieux vaccin, le Maroc, lui, a d’ores et déjà lancé sa saison touristique estivale.

Ainsi, il est des chances non négligeables que les millions de billets mis en vente à des prix défiant toute concurrence par les compagnies de transport aérien et maritime au profit des Marocains résidant à l’étranger (MRE), et ce suite aux instructions dans ce sens du roi Mohammed VI, soient en grande partie écoulés. On voyait par exemple un véritable raz-demarée humain dévaler ce mardi 15 juin 2021 sur le siège de la Royal air Maroc (RAM), la compagnie aérienne nationale, à Bruxelles, où une nombreuse communauté marocaine est depuis près de 60 ans établie, nécessitant même l’intervention des autorités de police de la capitale belge.

Attention royale permanente
Pour le Maroc, le souci est bien sûr, avant tout, humain, puisque c’est pour permettre à des millions de citoyens qui n’ont pas pu retourner au pays l’année passée, déjà minée par la Covid-19, que le roi Mohammed VI est intervenu: le communiqué du Cabinet royal ayant fait état des instructions du Souverain a ainsi mis l’accent sur la “très haute sollicitude dont” ce dernier “a toujours entouré les membres de la communauté marocaine résidant à l’étranger, et de l’attention royale permanente à la continuité de leur attachement à la mère patrie”.

Aussi, la Fondation Mohammed-V pour la solidarité, dont une des missions est d’organiser chaque année depuis 2001 l’opération d’accueil des MRE Marhaba, s’est vu confier la tâche de mettre en place à bord des navires opérant la traversée un dispositif spécial d’accompagnement visant à assurer les meilleures conditions de traversée et de débarquement. “Ce dispositif a pour objectif de faciliter, pendant la traversée, l’ensemble des formalités administratives, douanières et sanitaires, afin que le voyage, l’arrivée et le séjour au Maroc se passent de manière sûre, fluide et satisfaisante,” détaillait, dans un autre communiqué, le Cabinet royal.

Mais le gain pour l’économie nationale de cet afflux des MRE ne saurait certainement être passé sous silence, alors que justement on a vu le 4 mai 2021 l’Office national marocain de tourisme (ONMT) lancer l’opération Ntla9awfbladna, c’està- dire “Retrouvons-nous dans notre pays” en arabe dialectal, pour encourager le tourisme interne. Car il faut dire qu’à la veille de la pandémie, le tourisme dans son ensemble constituait, bon an mal an, 7% du produit intérieur brut (PIB) national, sans parler du nombre d’emplois, estimé à environ 750.000 -en comptant seulement les emplois directs, car emplois indirects compris on dépasse même la fourchette de 3 millions.

En 2020 par contre, les recettes ont, à en croire en tout cas la direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère de l’Économie, perdu 53,8% de leur valeur, en grande partie en raison de la chute de 78,9%, du moins à fin novembre, du nombre des arrivées -à peu près dans la moyenne mondiale, établie elle à -74% par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT).

Logique que l’optimisme soit donc de mise, même si l’ensemble des opérateurs gardent encore en tête ce qui s’est passé fin mars 2021 à Dakhla, où après la découverte d’une quarantaine de cas atteints du variant britannique du SARS-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19, les autorités de la ville avaient tout bonnement fait fermer la ville. “Qui nous dit qu’on ne refera pas encore la même chose si, demain, un nouveau variant venait à être décelé?”, confie, alarmiste, un de ces opérateurs.

Prévisions financières
Et en même temps, on ne peut pas dire que le nombre de contaminations ait vraiment baissé, puisque si, certes, le pic du 12 novembre 2020 n’a plus été atteint, avec un nombre de cas qui avait été de 6.195 exactement, il n’en reste pas moins qu’on n’est pas encore vraiment sortis de l’auberge: depuis le 1er juin 2021, jamais on n’est tombés sous le seuil des 104 atteintes; chiffre qui, rappelons-le, avait par exemple amené les autorités à reconduire d’un mois l’état d’urgence sanitaire qu’elles avaient pour la première fois décrété le 20 mars 2020.

Sans oublier, enfin, la qualité des vaccins administrés aux Marocains: dans la décision en date du 24 mai 2021 de la France de ne pas reconnaître les vaccins chinois et russe, on peut certes soupçonner l’existence de règlement de compte -Paris ne goûte pas vraiment, on le sait, les gouvernements de Chine et de Russie-, mais la question mérite d’être posée d’autant plus que l’on vient par exemple d’assister ce 13 juin 2021 dans la ville de Meknès au décès par Covid-19 d’une personne qui avait déjà été doublement vaccinée.

Bien évidemment, on sait qu’on peut toujours tomber malade de la Covid-19 même deux semaines après la deuxième dose -le temps pour que celleci devienne opérante-, et de toute façon le taux d’efficacité d’un vaccin ne saurait jamais être de 100%, y compris tous ceux que les Marocains font dans les premières semaines après leur naissance -BCG (tuberculose), VPO (poliomyélite), etc. Mais tout de même, si l’on prend par exemple le vaccin du laboratoire chinois Sinovac, on trouve que son taux n’est que de 80%, contre quelque 95% pour ses concurrents occidentaux (Moderna, Pfizer).

Il y a donc lieu, quoi qu’il en soit, de ne pas crier victoire trop tôt, tout en espérant en même temps que les autorités ne retombent pas à la première occasion venue dans leur travers des premiers mois de la pandémie, où dès lors qu’un cas était mis au jour ici, même dans un petit patelin qu’il serait facile d’isoler -on caricature à peine-, tout le pays et son économie s’en trouvaient paralysés, comme s’il fallait faire preuve de zèle pour ne pas avoir à payer plus tard les pots cassés et être tenu responsable en cas de déchaînement de la maladie.

Preuve de zèle
L’idée n’est bien sûr pas de relâcher totalement prise et risquer, de la sorte, de se retrouver dans le même scénario que par exemple début mai 2021 l’Inde, étant donné que le Maroc ne dispose de toute façon pas des infrastructures hospitalières à même de l’aider à faire face à un tel péril, mais il faudra, indéniablement, faire preuve de mesure et apprécier chaque situation à sa propre aune.

Du côté des citoyens, la vigilance se doit aussi de rester de mise, d’abord au plan sanitaire avec le maintien du port du masque et la distanciation sociale, mais aussi celui du règlement, avec principalement les consignes données le 31 mai 2021 par le gouvernement eu égard aux espaces publics: limite de 50 personnes dans les espaces fermés et 100 dans ceux qui sont ouverts, en incluant les salles de fête, qui comme on le sait pendant l’été font florès avec la multiplication des cérémonies de mariage -les théâtres, salles de cinéma, centres culturels, bibliothèques, musées, monuments, plages et piscines publiques pourront, eux, par contre ouvrir à plus de 100 personnes, à condition de rester dans la capacité d’accueil maximum autorisée de 50%.

Le Maroc et avec lui les Marocains ont trop souffert au cours des 15 derniers mois pour se permettre le luxe d’avoir à retourner au confinement: la marche doit se faire désormais vers l’avant, sans toutefois rien céder encore à la Covid-19...