Figures de la presse marocaine de Driss Ajbali

Faire le portrait de quelqu’un est un exercice difficile pour tout journaliste, tant il est difficile de faire la part entre le subjectif et l’objectif. C’est à cet exercice que s’est astreint Driss Ajbali pour croquer les journalistes eux-mêmes.

Figures de la presse marocaine, livre publié par l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP), est un document original. Il regroupe, sur plus de 570 pages, des petits portraits de dizaines de journalistes ayant marqué la scène médiatique nationale. On peut être d’accord ou non sur le choix de tel ou tel journaliste; on peut également dire pourquoi pas l’autre? Toujours est-il que le livre a d’abord le mérite d’exister et entreprend de faire connaître aux lecteurs les journalistes dont ils lisent les articles, regardent les émissions ou écoutent les voix sur les ondes de la radio.

Réalisé par Driss Ajbali, le médiateur de la MAP, Figures de la presse marocaine est un livre qui permet de faire «une sociologie du journaliste marocain. Une typologie structurée des hommes de la presse, une étude sur leurs trajectoires diagonales ou une thèse universitaire sur leur impact sur la vie institutionnelle du pays, la transition démocratique ou le débat public», souligne Khalil Hachimi Idrissi, dans la préface de l’ouvrage, intitulée Un Travail herculéen.

Il faut dire que, comme le relève M. Ajbali dans son introduction, «parler du journaliste marocain est une gageure. Lui (le journaliste), il parle de tout. Mais de lui, personne ne parle, y compris lui-même… En dehors des productions publiées et des journalistes les plus connus, il faut être un sioux pour suivre les empreintes de la plupart d’entre eux. Sérieuse lacune que la présente initiative de la MAP, faut-il l’espérer, aidera à atténuer».

M. Ajbali estime que l’ambition initiale assignée à la démarche, modeste en soi, était de parler des journalistes marocains et leur rendre, en quelque sorte, un hommage, précisant qu’en cherchant à écrire des histoires singulières, des parcours individuels, on butte obliquement sur l’histoire d’une profession et, en filigrane, sur l’histoire politique du Maroc, d’après indépendance.

De format moyen, Figures de la presse marocaine présente au lecteur le parcours de journalistes morts, retraités ou encore en activité, vétérans et jeunes qui ont marqué le paysage médiatique et de la presse marocaine depuis l’indépendance. Journalistes de la presse écrite, mais également de la télévision et de la radio et de l’agence marocaine de presse, tout le gotha de la presse marocaine y trouve une place pour, à la fin, donner une réelle lecture dans l’histoire du Maroc à travers le vécu de tout ce beau monde.

Certains ont reproché à l’auteur d’avoir été trop critique vis-à-vis de certains journalistes. Reproche que l’auteur rejette en disant n’avoir «ni copain, ni coquin dans cette affaire…» La première édition, parue en août 2021, a suscité beaucoup de réactions. Des journalistes «portraitisés» auraient relevé de fausses informations les concernant, ou du moins certaines imprécisions. Ce qui a conduit à la sortie d’une deuxième édition, fin septembre, corrigée avec quelques portraits ajoutés.