Feux de forêts : le Maroc en état d’alerte maximale


C’est l’été et la canicule bat tous les records. Dans ce contexte, les risques de feux de forêts atteignent des niveaux d’alerte maximale dans plusieurs régions. Le pays retient son souffle face à l’ampleur prévisible des incendies.

C’est le branle-bas de combat à l’agence nationale des Eaux et Forêts. Depuis quelques semaines, l’alerte aux feux de forêts a atteint son niveau maximal. La crainte d’éclatement des feux forêts s’intensifie, en effet, d’une façon alarmante, chez les responsables de l’ancien Haut-Commissariat aux Eaux et Forêts, surtout en cette période de canicule marquée cette année par une hausse importante des températures. Pour parer aux risques de survenance de ces feux, l’agence a, fait nouveau, mis en place un modèle d’anticipation scientifique qui permet de produire, tous les jours, des cartes identifiant avec précision les zones à risque sur l’ensemble du territoire national.

Ainsi, pour les journées du mercredi 12 et jeudi 13 juillet 2023 et après analyse des données relatives notamment aux types de forêts et leurs niveaux de combustibilité et inflammabilité et aux paramètres topo climatiques, il est, en effet, repéré le risque extrême (niveau rouge) dans une seule région à savoir la province de Chefchaouen. Une province très exposée à ce genre de situation principalement pour son riche patrimoine forestier. Et ce bien que son climat, réputé méditerranéen, n’est pas trop chaud en été. Il y a aussi le risque élevé (niveau orange) dans les provinces de Tanger-Assilah,, Mdiq Fnideq, Tétouan, Larache, Taza, Al Hoceima, Oujda, Khenifra et Agadir. Le risque moyen (niveau jaune) a été, quant à lui, détecté dans les provinces de Kénitra, Sidi Slimane, Taounate, Berkane, Ifrane, Midelt, Beni Mellal, Azilal, Essaouira et Taroudant.

Grande pression
Dans le cadre de sa campagne de sensibilisation, l’agence nationale des Eaux et forêts ne cesse d’appeler les habitants dans les régions risquées à la vigilance, afin de prendre les précautions nécessaires pour éviter les départs de feux de forêts. Alors que l’été vient de commencer en attendant un mois d’août difficile où les pics de chaleur sont affolants, plus de 180 départs de feu ont été d’ores et déjà enregistrés durant l’année 2023. Des feux qui ont affecté une superficie de 1.251 hectares de formations arborées à l’échelle nationale. Dressant le bilan des incendies de forêts au 10 juillet, l’agence précise qu’environ 54% de ces espaces incendiés sont principalement composés d’essences secondaires et de formations herbacées.


La région ayant enregistré la plus grande superficie incendiée est Tanger-Tétouan-Al Hoceima avec 68 départs de feu et une superficie parcourue de 881 hectares, soit 70% de la superficie totale brûlée au niveau national, suivie par la région du Souss-Massa avec une superficie de 190 hectares (15% de la superficie totale incendiée). En 2022, il a été enregistré près de 500 incendies, touchant 22 762 hectares de superficie forestière parcourue par le feu, dont 37 % est constituée d’arbustes, de formations herbacées et d’Alfa. Cette superficie incendiée constitue la plus importante enregistrée depuis 1960. Presque toutes les régions du Royaume ont été affectées. Mais, la plus grande pression est toujours enregistrée au niveau de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima avec 188 départs de feu et une superficie incendiée de 18 704 hectares, suivie par la région de Fès-Meknès avec 99 départs de feu et une superficie touchée de 1 775 hectares.

Superficies endommagées
A l’échelle du bassin méditerranéen, l’aggravation des conditions météorologiques a favorisé le déclenchement et la propagation d’incendies de forêt d’une grande ampleur. Ainsi, selon les données disponibles du Système Européen d’Informations sur les feux de forêts, les superficies forestières endommagées par les incendies ont été en Espagne de 288 086 hectares, au Portugal de 90 158 hectares, en France de 62 154 hectares, en Italie de 47 228 et en Algérie de 47 170 hectares. Au Maroc, malgré les résultats alarmants de 2022, les politiques de prévention et de lutte contre les feux, adoptées par l’ensemble des intervenants, principalement le Ministère de l’Intérieure, l’Agence Nationale des Eaux et Forêts, les Autorités Locales, la Protection Civile, la Gendarmerie Royale, les Forces Royales Air, les Forces Armées Royales et les Forces Auxiliaires ont permis de réduire significativement les dommages socio-écologiques potentiels lors de cette période.

Cependant, la présence d’une végétation sèche et abondante lors de la saison estivale de 2023, combinée à la sécheresse, augmentent le risque de feux de forêt et leurs conséquences sur l’environnement, la biodiversité et les populations locales. Pour tenter d’y faire face, l’agence nationale des Eaux et Forêts a alloué un budget total de 200 millions de dirhams au titre de l’année 2023 pour la prévention et la lutte contre ce phénomène. Ce budget se décline en plusieurs actions préventives et opérationnelles, incluant l’entretien des tranchées pare-feu, l’aménagement de points d’eau, l’ouverture et la réhabilitation des pistes forestières, la construction et l’entretien des postes vigies, la mobilisation des guetteurs d’incendies et aussi l’achat de véhicules de première intervention.

L’agence souligne que le dispositif estival de surveillance et d’intervention pour cette année demeure à son niveau de mobilisation maximum, car les prochains jours et semaines représentent une période à haut risque de propagation des incendies, invitant tous les utilisateurs des espaces forestiers tels que les campeurs, les apiculteurs et les éleveurs à faire preuve de vigilance et à limiter au maximum l’utilisation du feu afin d’éviter toute action susceptible de déclencher des incendies. Car, il convient de signaler que les statistiques montrent que la quasi-totalité des feux de forêts sont déclenchés par l’homme et ses activités. L’agence invite aussi les Marocains à signaler immédiatement aux autorités compétentes toute observation de feu ou tout comportement suspect dans les zones forestières, notant qu’il s’agit d’une démarche essentielle pour préserver notre précieux patrimoine forestier et renforcer son rôle primordial sur les plans socio-économique et environnemental.

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