LES RELATIONS ENTRE RABAT ET BRUXELLES À LA LUMIÈRE DES ÉLECTIONS AU PARLEMENT EUROPÉEN

Faut-il se réjouir de la percée de l’extrême droite en Europe ?

Le résultat des dernières élections européennes n’aura pas un impact négatif sur les relations maroco-européennes. La majorité des eurodéputés de l’extrême droite ont toujours soutenu le royaume sur le dossier du Sahara.


Marine le Pen et Jordan Bardella , à Paris le 2 juin. 2024.


C’est le sujet par excellence de ces derniers jours pour les médias européens. Ces derniers font de la nouvelle configuration politique du parlement européen pour les cinq prochaines années leurs choux gras. Au Maroc, la question qui s’impose pour nombre d’observateurs est de savoir, à la suite de l’annonce des résultats des élections au Parlement européen qui ont eu lieu, du 6 au 9 juin 2024, dans les 27 pays de l’Union, quel sera le sort des relations extérieures du Vieux continent avec le Royaume ?

Ces élections ont été marquées par la montée de l’extrême droite. Sur 720 sièges que compte l’hémicycle européen, le groupe Identité et Démocratie, qui rassemble des partis dits «nationalistes», «souverainistes» ou encore «eurosceptiques», a raflé 58. En greffant à ce chiffre les élus du groupe des Conservateurs et Réformistes (73 députés), l’extrême droite totalise désormais 131 eurodéputés. Le Parti populaire européen (PPE), soit la droite classique, conserve la majorité (184 sièges), devant les sociodémocrates (139).

Echec cuisant
En France, le Rassemblement national a eu du succès sur la liste conduite par Jordan Bardella qui a récolté 31,47% des suffrages. La coalition du président français, Emmanuel Macron, fédérés sous la bannière de Besoin d’Europe, réunissant notamment Renaissance, MODEM (Mouvement démocrate) et Horizons, a essuyé un échec cuisant. Elle n’a obtenu que 14 sièges. Au Maroc, les urnes n’ont pas révélé une grande surprise. Sur un total de 8.765 votants, le parti de La France Insoumise (LFI) arrive largement en tête avec 3.350 voix (38%), suivi du Parti Socialiste (PS) (15%), de Renaissance (RE) (13%), puis du Rassemblement national (RN) (10%).

A l’Elysée, la nouvelle architecture politique du Parlement européen a poussé le président Emmanuel Macron à dissoudre l’Assemblée nationale et à appeler à des élections législatives anticipées les 30 juin et 7 juillet 2024, au risque de cohabiter avec Mme Le Pen (le RN). A ses risques et périls, M. Macron compte sur le réveil des démocrates français, comme lors des présidentielles de 2017 et 2022.


Des personnalités politiques franco-marocaines n’ont pas caché leur appréhension quant à cette nouvelle configuration. «On nous demande de nous préparer à cohabiter avec le racisme et à accepter la légitimité de ceux qui décident qui est un bon ou un mauvais Français. Ou alors, il faudrait une fois de plus voter utile et soutenir celui qui n’écoute plus que lui-même. L’impasse est complète et le hold-up continue. L’extrême droite nous vole notre pays, et c’est insupportable », écrit le 9 juin 2024 Rachid Benzine, une des figures importantes de l’islam libéral francophone, sur son compte Facebook.

En Espagne, le Parti populaire (34,2%) a légèrement devancé les socialistes du PSOE (30,2%), suivis de la formation d’extrême droite Vox (9,6%), puis de la coalition Ahora Repúblicas (4,9%), qui rassemble la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), celle basque (Bildu) et galicienne (BNG). Des résultats plutôt proches de ceux ressortis du sondage en date du début mai 2023 qui a incité le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez à décider la tenue, le 23 juillet de la même année, d’élections législatives anticipées dont son parti, le PSOE, est sorti encore plus fort. Quoi qu’il en soit, le résultat des dernières élections n’aura pas un impact négatif sur les relations maroco-européennes. Pour la simple raison que la majorité des eurodéputés de l’extrême droite soutiennent constamment le royaume sur le dossier du Sahara. Le 19 janvier 2023, ils l’avaient exprimé ouvertement lors de l’adoption de la résolution appelant à la libération des journalistes détenus au Maroc. Ils sont aussi derrière les questions écrites adressées à la Commission européenne sur la situation déplorable des Sahraouis séquestrés dans les camps de Tindouf et des droits de l’Homme piétinés en Algérie.


Le leader du Parti populaire espagnol, Alberto Nunez Feijoo, célèbre sa victoire,
dimanche 9 juin, à Madrid.


L’attendu verdict de la Cour de justice UE
Dans le sillage du dossier du Sahara, l’extrême droite soutient aussi la reconduction des accords agricole et de pêche entre le Maroc et l’Union européenne (UE). Le verdict, attendu en novembre ou en décembre 2024, de la cour européenne, devra rétablir une situation déséquilibrée depuis plusieurs années. Il a trait au recours présenté par le Conseil de l’UE et la Commission européenne contre la décision du Tribunal européen de première instance, le 29 septembre 2021, invalidant les deux accords de pêche et agricole Maroc- UE, un jugement émis en réponse aux recours du front Polisario visant l’annulation de la décision relative aux échanges entre l’Union européenne et le Royaume du Maroc, sous prétexte d’inclure le Sahara. Entre le Maroc et l’Union européenne, les relations doivent s’établir dans le respect mutuel des intérêts stratégiques. Preuve que la position de l’extrême droite en particulier n’a pas changé, c’est qu’un mois après ce premier verdict et jusqu’à ce jour, la Commission européenne et le Service Européen de l’Action Extérieure publient régulièrement des rapports dans lesquels ils réaffirment et confirment que la population de nos provinces du sud bénéficie pleinement des retombées des accords commerciaux conclus entre le Maroc et l’UE. Pour ne citer que cet exemple, l’accord agricole a un impact positif sur l’emploi dans la région (en 2022, plus de 49.000 emplois directs ont été créés, soit un peu plus de 18 % de la population active du territoire).

Tout compte fait, les eurodéputés, de droite, d’extrême droite ou de gauche, savent que le Royaume a adopté un nouveau paradigme dans ses relations à ses partenaires, principalement l’Union européenne. En particulier ceux de l’extrême droite dont la position est restée sans équivoque vis-à-vis du Maroc.

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