De plus en plus de familles marocaines ont du mal à rembourser leurs dettes

Un malaise social qui ne dit pas son nom

Légion sont les ménages marocains dans l’incapacité d’honorer leurs engagements vis-à-vis des banques et d’autres créanciers. Privés d’aides et de mesures de soutien, leur situation financière va de pire en pis. Une bombe sociale à retardement.

Ce qui était craint il y a quelques mois est finalement arrivé. De plus en plus de ménages marocains sont dans une situation financière difficile qui les empêche d’honorer leurs engagements vis-à-vis des banques et d’autres créanciers. Un malaise social qui ne dit pas son nom. En attestent, en grande partie, les dernières statistiques monétaires de Bank Al Maghrib publiés le 30 décembre 2020. Il en ressort qu’à fin novembre 2020, les impayés concernant les ménages sont en augmentation significative, bien plus que prévu d’ailleurs. A fin octobre, elles n’affichaient qu’une hausse de 0,7% par rapport à fin septembre.

C’est dire que la situation va de pire en pis. Désormais, ces créances en souffrance se chiffrent à 34,56 milliards de dirhams à fin novembre 2020, en hausse de 3% ou 993 millions de dirhams par rapport à un mois auparavant. Mais l’indicateur qui témoigne fidèlement de cette crise inextricable est celui annuel des impayés. En effet, depuis le début de l’année, elles ont augmenté de 18,6%, en hausse de 5,4 milliards de dirhams, pour atteindre un total de 34,55 milliards de dirhams. Une situation due, principalement, aux restrictions destinées à contenir la propagation de la pandémie et à la contraction des revenus.

Pour soutenir les ménages, le Comité de veille économique (CVE) avait décidé le report des échéances des crédits bancaires immobiliers et à la consommation de mars à juin 2020. Une soupape qui a permis aux ménages d’échapper à la catastrophe, mais pas pour longtemps. Majorées du fait de ce report, les échéances à partir de juillet sont tombées comme l’épée de Damoclès à un moment où nombre de ménages avaient des difficultés énormes à honorer leurs engagements vis-àvis d’autres créanciers notamment leurs bailleurs (loyers).

Même les aides accordées par le CVE aux ménages vivant de l’informel, se situant entre 800 et 1.200 dirhams, ont été suspendues fin juin. Du coup, les difficultés financières se sont aggravées. Conséquence directe et logique, et preuve que leur majorité écrasante a dépensé toutes ses économies, le pouvoir d’achat s’est réduit comme une peau de chagrin. Au deuxième trimestre de 2020, les données des comptes nationaux font ressortir une contraction de 21,2% de la consommation des ménages au lieu d’une progression de 2,6% au même trimestre de l’année précédente.

Inégalités sociales
Cette demande ou cette consommation a poursuivi sa dégringolade quoique le rythme de baisse s’est atténué au 2ème semestre de l’année écoulée par rapport à son premier semestre, se situant autour de 9,4% en moyenne. A fin novembre, le portefeuille des créances en souffrance détenu par les banques atteint 80,2 milliards de dirhams. Un record! C’est 489 millions de dirhams de plus en un mois. Depuis le début de l’année, la hausse est de 14,6%, soit 10,2 milliards de dirhams supplémentaires. Quel impact sur les banques? En général, incluant même celles des entreprises, les créances en souffrance se chiffrent à 80,17 milliards de dirhams à fin novembre 2020, en hausse de 0,6% par rapport à fin octobre de la même année. Un record !

Si cela va impacter sérieusement le résultat des banques, ce qu’il faut tirer de cette incapacité des ménages à rembourser leurs créanciers, c’est qu’un grand malaise social va finir, bientôt, par émerger à la surface. l’espoir de voir ce malaise profond, exacerbé par les inégalités, s’apaiser demeure infime.


1 commentaire

  • Marocain

    17 Janvier 2021

    tout ça est à cause ces crédits bancaires

X

Télécharger le magazine Maroc Hebdo

Télécharger