Pourra-t-on faire face à la crise du gaz qui se profile?

ÉTUDE DU POLICY CENTER FOR THE NEW SOUTH

Alors que le monde entier fait face à une grande crise énergétique qui se dessine, notamment avec les cours de gaz qui s’envolent, le Policy Center For the New South assure que le Maroc ne sera pas en pénurie de cette matière névralgique, dans un nouveau rapport qui alerte toutefois au risque de la limitation de ses fournisseurs.

Avec 38% des réserves gazières mondiales, la Russie est un acteur majeur du marché mondial du gaz. Aussi, son invasion de l’Ukraine et les sanctions qui l’accompagnent vont désorganiser ce marché. Le prix du gaz a, en effet, bondi de plus de 170% depuis le début de l’année et a modifié les conditions de son approvisionnement pour les pays importateurs.

L’étude du Policy Center For the New South, qui décortique le marché du gaz en Afrique suite à la guerre entre Moscou et Kiev révèle que le conflit entre les deux pays voisins n’a fait que dévoiler les faiblesses d’un marché international où seuls 20 pays contrôlent plus de 85% de la production et que les Etats-Unis et le Russie à eux seuls contrôlent plus de 40% de la production mondiale, et 10 pays, à l’inverse, y contribuent individuellement à moins de 2%. Malgré la désorganisation du marché mondial du gaz, le continent africain ne devrait pas en être pour autant affecté pour trouver le gaz dont il a besoin, atteste la recherche menée par Henri-Louis Vedie. Le chercheur renvoie la stabilité du continent à trois raisons principales. D’abord, l’Afrique ne dépend nullement aujourd’hui du gaz russe. Les besoins en gaz du continent, à court et moyen termes, sont beaucoup moins importants que ceux d’autres continents. Il existe aujourd’hui en Afrique une offre potentielle capable de répondre à ces besoins.

Quid du Maroc?
Pour sa part, le Maroc dispose également d’un potentiel gazier significatif qui progresse, dans un pays leader des énergies renouvelables du continent. Mais pour alimenter ces centrales thermiques au gaz, préféré au charbon quand cela était possible, le Royaume doit l’importer, essentiellement de l’Algérie.

Le rapport rappelle toutefois la décision unilatérale des autorités algériennes de ne pas renouveler le contrat GME avec le Maroc. Un contrat signé entre les deux pays depuis 1996 permettant au Maroc d’importer la totalité du gaz dont il a besoin à des conditions avantageuses et de bénéficier de la redevance transit, estimée à 50 millions de dollars, payés en gaz, le gazoduc GME traversant le Royaume jusqu’à Cordoue, en Espagne.

Compte tenu de cette dépendance à 100% vis-à-vis de l’Algérie, il fallait une réponse immédiate, le rapport rappelle que, le 3 février 2022, avec l’accord signé avec l’Espagne, permettant l’utilisation en sens inverse du gazoduc GME, à partir de l’Espagne et utilisant du GNL acheté sur les marchés internationaux, re-gazéifié dans une unité de regazéification espagnole et alimentant le GME pour sa partie marocaine. Un problème qui a permis aux autorités marocaines de diversifier leurs fournisseurs en signant fin novembre 2021 un contrat avec Sound Energy, prévoyant la fourniture de 350 millions de m3 de GNL pendant 10 ans, conduisant à accompagner ce contrat de la construction d’un terminal GNL dans le port de Mohammedia, près de Casablanca.

De ce contexte difficile, l’étude souligne deux recommandations. La première concerne la nécessité de diversifier ses fournisseurs, en ne confiant pas à un seul pays la responsabilité de son indépendance énergétique. La seconde concerne la technique d’approvisionnement: pipeline et/ou GNL. Là, encore, les conséquences de ce conflit sont éclairantes, si on veut bien se rappeler que l’Allemagne est très peu pourvue en installations portuaires GNL. Aussi, partout où on a une façade maritime, il faut accompagner les ports concernés d’installations GNL.