Que faire des déchets de la décharge de Médiouna?

© ph:DR

Polémique autour de la gestion des déchets de Casablanca


La Commune Urbaine de Casablanca peine à trouver une solution au problème de la décharge de Médiouna. Cette énorme montagne de déchets, qualifiée de «bombe à retardement» par les acteurs associatifs dans le champ de la protection de l’environnement, est un vrai casse-tête chinois pour les élus de la ville.

Pour une ville comme Casablanca, qui produit de plus en plus de déchets, soit 3.500 tonnes par jour, gérer de manière durable cette énorme quantité de détritus est un défi de taille. Un défi aux allures de mission impossible pour les responsables de la Commune Urbaine de Casablanca chargés de gérer la décharge de Médiouna, située dans la commune Mejjatia Ouled Taled, à 10 km de Casablanca.

Echec du “tout en décharge”
En effet, depuis 1982, date du début de l’exploitation de la décharge de Médiouna, qui s’étend sur 78 hectares, elle reçoit toutes sortes de déchets urbains. Ces derniers se composent de déchets ménagers, de déchets assimilables aux ordures ménagères (issus de l’activité économique de la ville ou des établissements collectifs …), déchets de nettoiement, déchets toxiques en quantité dispersée (issus des laboratoires, des ateliers). Cette collecte basée sur le «tout en décharge» a vite montré ses limites.

En effet, en 2017, la décharge a reçu près de 3.808 tonnes de déchets/jour, soit environ 1,4 million de tonne/an. Majoritairement organiques (plus de 65%), ces déchets, qui produisent plus de 220.000 m3 de liquide empoisonné, sont enfouis à la décharge de Médiouna, par la méthode classique de l’enfouissement.

Une catastrophe écologique
Les forts débits journaliers de ces liquides toxiques, estimés à 1.400 m3/j, continuent à irriguer son sol, le soussol et les nappes phréatiques, avec un avancement du front de la pollution en direction de la ville et dans une zone à vocation agricole.

Aujourd’hui, ce dépotoir géant, qui culmine à 45 mètres, est au bout de sa capacité. Cette montagne de déchets menace de s’écrouler à tout moment. En plus, «la hauteur des déchets rend le système de traitement du lixiviat inefficace, plus difficile et plus coûteux. Sans oublier les risques d’explosions liées au méthane», mettent en garde les militants de l’Alliance marocaine pour le climat et le développement durable (AMCDD). La décharge de Médiouna est, de ce fait, une véritable bombe à retardement écologique.

Conscients de cette situation et probablement mis au pied du mur par les doléances des citoyens et des acteurs associatifs, les conseils communaux qui se sont succédé promettent, depuis 10 ans, l’acquisition d’un foncier suffisant pour remplacer la décharge de Médiouna, appelée à être réhabilitée.

La galère des riverains
Mais, à chaque fois, les échéances sont repoussées en prolongeant la durée de vie de la décharge. En attendant, les personnes qui habitent à proximité sont obligées de supporter les relents de la décharge avec tout ce qui s’en suit comme désagréments et risques pour la santé. Les odeurs nauséabondes qui proviennent de la décharge sont si fortes et si tenaces qu’elles parviennent aux habitants qui se trouvent des kilomètres plus loin. Bouskoura, Nouaceur, ou encore Lahraouiyine, Tit Mellil…ne sont pas épargnés. En 2014, la décharge contrôlée n’a toujours pas démarré ses activités. En effet, la commune a abandonné les démarches entamées depuis 2004, en vue d’acquérir un terrain domanial de 82 hectares situé à côté de l’actuelle décharge de Médiouna. Au lieu de cela, c’est un autre terrain d’une superficie de 35 hectares qui a été acquis au prix de 34,27 MDH. «Quoique plus petit et plus cher que le terrain actuel, sa gestion présente un avantage; la durée de l’exploitation de la décharge contrôlée ne peut dépasser six ans», se félicite Abderrahim Ksiri, coordinateur national de l’AMCDD.

Période transitoire
Aujourd’hui, après le départ précipité d’Ecomed, suite à bataille judiciaire qui l’a opposé à la Commune Urbaine de Casablanca, la gestion directe de la décharge de Médiouna est confiée à la société SOS-Ndd, qui a pris ses fonctions le 24 juillet 2018 pour une période transitoire de 4 mois renouvelable, en attendant la désignation du nouveau délégataire. En attendant donc, la CUC a tout le loisir de méditer à la meilleure manière de gérer les déchets de la Casablanca. «Quel choix pour la valorisation durable des déchets à Casablanca?», se demande l’AMCDD, qui a tenté de répondre à cette question épineuse à travers l’organisation d’une conférence de presse le 18 septembre 2018 à Casablanca. Pour endiguer la forte orientation globale du déléguant vers l’option de construction d’une usine d’incinération dans la nouvelle décharge de Mediouna pour l’élimination des déchets collectés, l’AMCDD n’a pas tardé à réagir.

«L’ensemble des membres de l’AMCDD considèrent que cette option n’est pas la meilleure technologie pour la valorisation énergétique durable des déchets de Casablanca», affirment les membres de cette Alliance. Cette option est également partagée par le directeur général de SOSNdd, Said Abdelouafi, qui propose que les décideurs aillent dans le sens d’une régionalisation du traitement des déchets. «Personnellement, je pense qu’il serait judicieux de partager le traitement d’une partie des déchets de la décharge de Casablanca avec Berrechid et Médiouna. De cette manière, une portion des déchets partira à Casablanca et une autre à Mohamedia ou Berrechid pour décongestionner le flux sur Casablanca», souligne M. Abdelouafi, qui part du principe que, face à un grand problème, la meilleure solution est de le décomposer. Solution à méditer.

Laisser un commentaire