LA FAILLITE MASQUÉE DES PARTIS POLITIQUES

L’HYPOTHÈSE DU VOTE OBLIGATOIRE REMISE SUR LE TAPIS

Devant l’impuissance des partis à mobiliser des électeurs et à renouveler un contrat de confiance longtemps rompu, l’abstention est devenue une caractéristique indélébile de nos élections. Au lieu de fournir des efforts pour restaurer ce capital confiance, les partis politiques veulent instaurer le vote obligatoire.

La piètre prestation du gouvernement El Othmani, ses failles de communication et les faibles résultats obtenus jusqu’ici, autant sur le plan économique que social, greffés aux innombrables exemples de non cohésion des composantes de la majorité, font monter d’un cran une appréhension ancienne mais encore d’actualité: l’électorat sera-t-il au rendez-vous des échéances électorales de 2021? Dans la sphère politique comme dans les arcanes de l’Etat, c’est un sujet de grande préoccupation. Et les différents signaux qui se dégagent ne prêtent en rien à l’optimisme.

A un an du rendez-vous électoral de 2021, la question du taux de participation préoccupe les autorités et certains partis politiques. L’hypothèse du vote obligatoire est reposée comme sujet de débat, une fois de plus, après une toute dernière vaine tentative en septembre 2019. Début juin 2020, invité à participer à un séminaire organisé à distance par l’université Mohammed V à Rabat, l’ex-ministre de la Justice et membre du bureau politique du RNI (Rassemblement national des indépendants), Mohamed Aujjar, a demandé à réfléchir sur l’hypothèse du vote obligatoire.

Il s’est étayé sur l’expérience de nombreux pays qui ont eu recours à cette méthode pour lutter contre l’abstention massive en citant l’exemple de la Belgique et de pays nordiques. Même son de cloche chez le président du groupe parlementaire istiqlalien, Noureddine Mediane, qui a ajouté qu’«il faut investir dans ce regain de confiance et de solidarité engendré par la pandémie pour lutter contre le phénomène de désaffection politique en encourageant les jeunes à s’impliquer dans la vie politique».

Ce n’est pas la première fois que des partis politiques tentent d’en faire un sujet de débat national. Cette hypothèse avait été défendue par l’Istiqlal et l’USFP à l’approche des communales de 2015, puis évoquée par des partis de la majorité à l’approche des législatives de 2016. Et il n’y a pas que les partis qui prennent la chose au sérieux. Courant de l’année 2019, le ministère de l’Intérieur et différents partis ont tenu quelques réunions pour examiner cette question en vue de l’instauration d’une forme de vote obligatoire.

Dans la Constitution de 2011, le vote est défini comme «un droit personnel et un devoir national». Une formulation qui consacre une obligation morale. Mais que les partis politiques, faillibles par rapport à leur mission première d’encadrement et de mobilisation des citoyens, veulent rendre légale.

La désaffection politique, notamment chez les jeunes, s’est renforcée avec le constat récurrent de formation de gouvernements de taille large et surtout non cohérents. Les dernières échéances (élection des membres de la Chambre des représentants en 2016) avaient été marquées par un taux de participation très faible: sur plus de 15 millions d’inscrits aux listes électorales, seulement 43% se sont rendus aux urnes. Un chiffre en baisse par rapport aux législatives de 2011 (56%). Tenues en 2015, les élections communales et régionales ont, quant à elles, enregistré un taux de 53%, contre 51% en 2009.

Devant l’impuissance des partis à mobiliser des électeurs et à renouveler un contrat de confiance longtemps rompu, l’abstention est devenue une caractéristique indélébile de nos élections. Au lieu de fournir des efforts considérables pour restaurer ce capital confiance, les partis politiques veulent instaurer le vote obligatoire. Et au cas où cette hypothèse devient réalité, une bonne partie des Marocains, analphabètes et croyant encore au pouvoir absolu des agents d’autorité et leur légendaires «représailles», vont finir par obtempérer.

Mais même dans ce cas de figure, rien ne peut faire changer le désintéressement des électeurs, sauf un miracle: des partis politiques qui défendent les intérêts de leurs électeurs et non les intérêts personnels de leurs ténors qui nourrissent le système véreux de la rente.


1 commentaire

  • ben mhammed

    23 Juin 2020

    On fait des pieds et des mains pour faire perdurer ce simulacre de vie politique et d'élections électorales. On ne parle d'obligation morale et bientôt légale (si nos génies trouvent la parade pour faire passer la loi)que lorsque l'on veut amener le pauvre citoyen aux urnes pour donner une légitimé à une opération de prise en otage de l'espoir et de la volonté populaire .Une fois passée cette mascarade, cette caste évite la morale comme la lèpre .Parler d'une faillite masquée dans ces circonstances est on ne peut plus une contre vérité .La décadence des kiosques politique a toujours été visible pour qui voulait l'entrevoir. En somme , il y avait jamais eu de partis ou de politiciens, tout ce que nous avions n'est plus ni moins qu'un ensemble hétérogène d'affairistes de bas étages qui s entre déchiraient pour sécuriser la plus grande part possible du gâteau. Elle était ou la morale quand cette dame a ete privee de ses droits pendant 24 ans, ou quand ce super-marocain abusait de l'argent du contribuable pour s acheter des chocolats raffinés et le facturait sur le budget de son ministère. La morale a été la victime directe de l'accident de la route qui a couté une luxueuse voiture au contribuable sur l'autoroute casa/ Safi alors que Monsieur et Madame ont tout fait pour étouffer l'affaire, À. Rabat, la fille d'un président de région a démoli une autre voiture payee par nos soins sans que la morale s'en mêle ,DeS histoires blessantes à l'amour-propre comme celle-ci, il y en a des centaines de milliers sans que cela ne derange nos politicards .ET pour cause la mémoire du Marocain est très courte et le facteur temps et l'allie de nos chers irresponsables .La déliquescence de cette catégorie est telle qu'une refonte totale paraît inévitable. << Le talent de prêcher la morale aux autres est une chose que tout le monde peut aisément acquérir, mais pratiquer soi-même la vertu, voilà ce que peut seule une âme d'élite. >> Proverbe sanskrit

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