FADMA

Des personnes comme Fadma sont là pour agir en silence et promouvoir les richesses millénaires de notre diversité culturelle.

Appelons la Fadma. Elle est douée et d’origine modeste. Sa mère est berbère et son père ne l’est pas. Sa mère a grandi dans un village berbère quasi-inaccessible perdu aux fins fonds des montagnes du Haut Atlas. Comme par miracle, Fadma a pu faire d’excellentes études au point d’être admise dans une des meilleures écoles du pays. A sa sortie de l’université, elle a eu de grandes responsabilités professionnelles qui se sont traduites par un haut niveau de salaire.

Fadma, est retournée à ce village maternelle qu’elle n’avait jamais vu et qui revenait dans ses discussions épisodiques avec sa mère. C’était juste un bourg poussiéreux dénué de tout. Un de ces lieux oubliés du Maroc. C’est décidé, Fadma va réparer cet oubli. L’école, les équipements, l’infrastructure du village sont désormais son combat citoyen. L’identité amazighe se dessinait et s’imposait à elle comme fond d’action. A cet engagement, elle va consacrer la quasi-totalité de ses ressources. Le discours du roi Mohammed VI en 2001 dans lequel il reconnaissait l’amazigh à coté de l’arabe comme langues officielles du Maroc et la constitution de 2011 allaient faciliter les choses. La reconnaissance du nouvel an amazigh comme jour chaumé est une autre étape dans cette lente reconnaissance.


L’enseignement de l’amazigh à l’école est une autre avancée contrariée par le contexte. Le gap entre la déclaration politique et son implémentation sur le terrain est grand. La proclamation de l’enseignement de l’amazigh dans les écoles marocaines en est l’exemple. Le bât blesse dans le ratio des élèves bénéficiant de cet enseignement. Sur près de 4 millions d’élèves que compte le primaire, seules 330.000 en bénéficient. Une plus grande avancée est nécessaire pour préserver l’héritage d’une population amazighe nord africaine à l’histoire millénaire. Structurellement, la promesse politique a ceci de constant : Le décalage énorme entre ce qui est promis et ce qui est réalisé. Max Weber, dans sa théorie de l’autorité et de la légitimité politique (Économie et Société, 1922) examine les mécanismes par lesquels les gouvernants échappent à leurs responsabilités et échouent dans la mise en oeuvre de leurs déclarations et de leurs promesses. Il désigne la rationalité bureaucratique comme entrave à l’action politique.

Il y ajoute les intérêts particuliers, la domination légale et les contraintes économico-politiques. Il dit que la capacité à surmonter les obstacles d’une implémentation réussie d’une déclaration politique, dépend de plusieurs facteurs dont la capacité de mobilisation des structures institutionnelles à assumer une culture et supporter le poids historique d’une civilisation. Dans sa réflexion, Weber, bien qu’ayant abordé les religions dans leur relation avec le capitalisme et la sociologie, n’a pas vu le concept discriminatoire de « l’unité de la nation » des discours algériens et tunisiens pour écarter et délégitimer toutes velléités de visibilité berbère.

Il n’a pas eu non plus l’occasion de vivre l’ascension en force de l’intégrisme salafiste et la montée en créneau sur les réseaux sociaux de figures controversées comme Hassan Al-Kattani. Un salafiste qui rejette animo deliberato toute reconnaissance de l’amazighité des 70% de la population du Maroc. Pour lui, reconnaître une autre culture nuit fondamentalement à la religion de l’islam et sa prédominance en Afrique du nord. Les réseaux sociaux peuvent pérorer autant qu’ils peuvent, les personnes comme Fadma sont là pour agir en silence et promouvoir les richesses millénaires de notre diversité culturelle.

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