Factures salées d'eau et d'électricité

La ruine

Au lieu de s’inscrire dans la continuité des mesures d’accompagnement prises par le gouvernement au profit des ménages en cette période de crise, les régies et sociétés de distribution d’eau et d’électricité éditent des factures hautement exagérées. Résultat : Des manifestations dans plusieurs villes. La gronde populaire monte d’un cran.

Ce qui était redouté par le ministère de l’Intérieur il y a quelques jours est finalement arrivé. A Casablanca, Rabat, Tanger… Des milliers de foyers protestent, devant les agences des distributeurs d’eau et d’électricité, contre des factures de ce mois de juin dont les montants sont astronomiques et contre le système de facturation illégal, basé sur l’estimation.

Trop, c’est trop!, scandent ces milliers de ménages qui après avoir réchappé au coronavirus, reçoivent des factures de 4.000, 3.000, 2.000, 1.400… dirhams. Tenez-vous bien, une surconsommation de 300% voire plus! Du jamais vu! Pour les sociétés déléguées comme Lydec à Casablanca, Redal à Rabat et Amendis à Tanger, l’on argue par le fait que les contrôleurs de ces sociétés viennent de faire le prélèvement de la consommation réelle pour la première fois depuis le début de la pandémie et que durant les trois derniers mois, où la surconsommation a été aussi constatée, ils recouraient à l’estimation… illégale et dénoncée par les associations de défense des droits des consommateurs.

“Au vu du code du commerce et de la loi 31.08 sur la protection des consommateurs, l’estimation est interdite. La facture doit être établie sur la base de la consommation vendue, consommée, et non sur une estimation. A partir du moment où une partie manque à ses obligations contractuelles, le contrat entre ces sociétés et leurs clients devient alors caduque”, nous confie Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur, précisant que dans d’autres pays comme la France ou la République démocratique du Congo, les gouvernements ont accordé deux mois de gratuité de consommation d’eau et d’électricité en guise de réaction aux répercussions économiques du Covid-19.

Obligations contractuelles
Il ajoute que cette situation, non seulement porte préjudice aux consommateurs, mais aussi réduit à néant toutes les mesures d’accompagnement prises par le gouvernement au profit des ménages en cette période de crise sanitaire. “Le gouvernement doit intervenir pour pallier à ce problème de surconsommation et des 23% de TVA sur la taxe de consommation, un système qui n’existe nulle part ailleurs au monde. Comment accepter que ces contrôleurs qui n’encourent pas de gros risques car ils n’ont pas de contact direct avec les clients, n’ont pas fait le relevé de consommation?”, explique Bouazza Kherrati.

Autre point important: En 2015, l’argument avancé pour l’augmentation des tarifs de l’eau et de l’électricité par le gouvernement Benkirane était que ces tarifs étaient indexés au prix des carburants (nécessaires au fonctionnement des stations thermales) qui connaissait à l’époque une hausse vertigineuse sur les marchés internationaux. Aujourd’hui que les prix du pétrole ont atteint leur plus bas niveau de l’histoire, l’indexation n’a pas été opérée. Il est donc temps de revoir ce système de facturation et cette estimation qui se fait sur la base de la discrétion des sociétés déléguées, notamment en cette période où une large frange de Marocains est dans une situation financière inextricable et est confrontée aux arriérés de loyers et à d’autres dettes.


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