Comment l’Europe peut reconquérir le Maghreb

UNE NOTE DE L’INSTITUT MONTAIGNE

Le think tank français Institut Montaigne recommande aux pays européens de se repositionner au Maghreb en profitant de la crise sanitaire. L’Afrique du Nord a besoin de liquidités et l’Europe doit les soutenir, selon l’institut.

Comment la crise sanitaire peutelle constituer le meilleur moyen de relance du partenariat euro- méditerranéen? C’est à cette question que l’Institut Montaigne répond dans une note intitulée «La stabilité du Maghreb, un impératif pour l’Europe». Selon le Think tank français, l’Europe, et particulièrement la France, n’a pas nécessairement su prendre la mesure des transformations sociales qui ont provoqué les révoltes du printemps arabe il y a une décennie. Ce rendez- vous manqué ne doit pas se reproduire à l’occasion de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques, avertit Hakim El Karoui, Senior Fellow à l’Institut Montaigne et auteur du rapport.

Crise sanitaire
En effet, la sphère d’influence des pays européens s’est rétrécie en Afrique du Nord. D’autres pays, notamment des économies émergentes, ont su trouver leur place auprès des nouvelles élites économiques et formuler des propositions de partenariat concurrentes à celles des Européens. «Le Maghreb n’est plus un pré-carré européen. Les trois pays du Maghreb font l’objet d’un intérêt de la part des grands acteurs régionaux et mondiaux.

L’influence de l’Europe, et particulièrement celle de la France, recule progressivement. Les dés ne sont pourtant pas jetés. Il n’y a aucune fatalité à ce que les liens entre les deux rives de la Méditerranée s’estompent au profit d’une présence turque, qatarie, chinoise ou russe renforcée. Nous avons de nombreux atouts et au-delà nous partageons une histoire et un destin communs avec ces pays», poursuit M. El Karoui.

Selon ce dernier, dans un contexte de crise sanitaire, les pays du Maghreb ont besoin d’être soutenus financièrement. Les économies de la région et la stabilité de ces pays sont sous tension et l’Europe doit pouvoir inclure le Maghreb dans son plan européen de 750 milliards d’euros, recommande l’Institut Montaigne. Faire bénéficier les trois pays du Maghreb de la capacité d’emprunt européenne leur permettrait d’acquérir les liquidités nécessaires à la transformation de leurs modèles de développement.

A cette condition, la crise pourra constituer une opportunité à saisir pour se relancer durablement. Concernant le Maroc, «passerelle entre l’Europe et l’Afrique, plateforme commerciale et financière importante, économie ouverte aux échanges et insérée dans les principaux flux économiques et financiers, il est au coeur des intérêts régionaux et internationaux », fait savoir le Think tank.

Le Maroc intéresse de plus en plus la Chine, dont la diaspora est assez importante sur le littoral marocain. La Chine regarde de près les implantations logistiques, notamment à Tanger, et exporte beaucoup de biens manufacturés et de matériel au Maroc.

Elle a aussi construit un partenariat avec le Maroc pendant la crise du Covid-19 à travers, notamment, l’envoi de masques, les tests avancés de vaccins et la distribution massive de vaccins chinois. La Chine est en bonne position sur le plan des importations marocaines. Elle représente 10% du total en 2019, même si elle demeure derrière l’Espagne (15%) et la France (12%).