État d'urgence: Un allègement au compte-gouttes

Le gouvernement a décidé de diminuer la durée du couvre-feu de trois heures. Un assouplissement illusoire qui ne changera pas la donne et qui ne solutionnera pas les véritables problèmes des commerces, cafés et restaurants, selon Mohamed Abou El Fadel, secrétaire général de la Fédération marocaine des cafés et de la restauration rapide.

Le gouvernement persiste et signe. Il s’amuse à faire souffrir les Marocains, psychologiquement surtout. Un gouvernement qui s’amuse à tenir en haleine 37 millions de Marocains qui vivent depuis plus d’un an dans un interminable feuilleton hitchcockien insoutenable. Un navet plutôt, avec comme toile de fond un réalisateur fade, qui manque farouchement de charisme et d’intelligence qui ne fait que gérer les affaires courantes face aux aspirations d’un peuple désabusé et de plus en plus frustré.

Un peuple crucifié, sacrifié sur l’autel d’une exception chimérique. Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour mériter ce gouvernement qui nous nargue, ce gouvernement incompétent et amateur qui insulte sans cesse notre intelligence?

Ce jeudi 20 mai 2021, tous les Marocains s’attendaient enfin à une bonne nouvelle. Depuis près de 10 jours, on ne parlait que de ça: l’allégement des mesures restrictives. Médias marocains, CNDH, experts, scientifiques, observateurs… tout le monde s’accordait sur cet allégement qui a tardé à voir le jour et qui allait mettre du baume au coeur de ces millions de Marocains qui n’en peuvent plus, à ces foules de Marocains qui n’attendaient qu’une mobilité libre et entière pour rendre visite à leurs familles, voyager, ou visiter leurs enfants bloqués à l’étranger.

Nous nous sommes tous emballés et la déception a été forte. Le jeudi 20 mai 2021, le Conseil de gouvernement a fait pschitt et nous sommes tous sortis bredouille. Enfin, pas vraiment. En fin de journée, Saâd Eddine El Othmani, notre cher Chef du gouvernement, a lâché un peu de lest. Il a accordé aux Marocains un allègement de trois heures du couvre-feu. Alléluia! Que veut le peuple? Estimez-vous heureux, nihilistes pleurnichards.

Un gouvernement irrespectueux
«C’est vrai que nous aurons trois heures supplémentaires pour travailler, mais le gouvernement n’a rien fait pour résoudre nos vrais problèmes. Nous nous attendons à une baisse du chiffre d’affaires de près de 60% cette année, sans oublier que nous avons subi une année blanche en 2020. Malgré cela, le gouvernement n’a rien fait pour nous soutenir sur le plan fiscal ou des indemnités qu’il a promises aux employés des cafés et restaurants.

Ce gouvernement nous ignore d’une manière irrespectueuse. Il ne nous considère pas. Nous sommes sa dernière priorité. Il ne fait qu’improviser, ne dispose ni de vision ni de stratégie claire. Il ne fait pas montre de volonté réelle pour venir en aide à des milliers de travailleurs qui traversent une véritable crise sociale», nous commente à chaud Mohamed Abou El Fadel, secrétaire général de la Fédération marocaine des cafés et de la restauration rapide, et coordinateur de la Confédération marocaine des métiers de bouche.

Nous ne dirons pas le contraire. Ce gouvernement n’a fait que s’attirer les foudres de tous les Marocains depuis le début de la crise. Aucune communication, mauvaise gestion et improvisation dans les l’opérationnalisation des consignes royales. L’allégement en trompe-l’oeil des mesures restrictives ne changera donc pas véritablement la donne.

Mis à part l’allègement du couvre-feu de trois heures, toutes les autres restrictions ont été maintenues, mettant en péril des pans entiers de certaines activités, comme la culture. Rares sont les cinémas, fermés depuis mars 2020, qui rouvriront leurs portes lorsque ce gouvernement en décidera ainsi. Ça sera en tout cas trop tard.

Maintenant, si on suit la logique de ce Chef du gouvernement, les mesures restrictives sont imposées aux Marocains, notamment et surtout, sur la base des observations, analyses et recommandations du Comité de veille scientifique et technique. Des mesures qui prennent en considération l’évolution de la situation épidémiologique du pays.

On a durci ces mesures pendant le mois de Ramadan car le risque de propagation du virus existait. Les Marocains l’ont compris et l’ont accepté, même à contrecoeur. Mais, aujourd’hui, la situation est très différente. Le Maroc a traversé la tempête et se trouve désormais en zone verte. Tous les indicateurs sont au beau fixe. Le nombre des contaminations, le taux de reproduction du virus, les cas sévères et critiques, le taux d’occupation des lits de réanimation, le taux de mortalité... tous les chiffres sont en nette baisse. Du jamais vu depuis le début de la crise sanitaire en mars 2020.

Raisons sécuritaires
Résultat: le Comité de veille scientifique et technique recommande donc au gouvernement, le 17 mai 2021, d’initier un allégement progressif des mesures restrictives. Le Comité espérait que l’Exécutif entérinerait cette recommandation lors du Conseil de gouvernement. On parle d’une fermeture des cafés et restaurants à 23h, d’un assouplissement des conditions de déplacements, de la réouverture des frontières aériennes avec certains pays et de la réouverture des musées, de lieux culturels et des salles de fête.

Contre toute attente, M. El Othmani a fait fi de ces propositions, lui qui, au moment d’imposer des mesures liberticides, les justifiait par les recommandations du Comité de veille. Cherchez l’erreur!

La décision du maintien des mesures liberticides n’est donc pas justifiée par des soucis d’ordre sanitaires. Si elles le sont pour des raisons sécuritaires, l’étau risque de se resserrer contre ce gouvernement, dont la cote de popularité est au plus bas. En décidant un assouplissement de trois heures du couvre-feu, le gouvernement essaie désespérément de redorer son blason. Beaucoup de Marocains ont, certes, besoin de respirer un peu, mais plus nombreux sont ceux qui veulent manger à leur faim, subvenir aux besoins de leurs familles et enfants.

Alléger illusoirement les mesures restrictives ne dédouanera pas ce gouvernement de sa responsabilité dans la prolifération de la vulnérabilité et la précarité de millions de Marocains. Allez demander aux 8.000 Marocains qui ont risqué leurs vies pour rejoindre l’enclave de Sebta ce qu’ils pensent de ce prolongement de trois heures du couvre-feu. Vous connaissez évidemment la réponse.

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