REVENIR A L’ESSENTIEL ET REUSSIR LE DECONFINEMENT

Remonter la pente rapidement c’est avoir et garder un mental d’acier, c’est s’entraîner quotidiennement à maintenir son rythme.

Tout laisser pour une vie plus simple, le confinement a pu favoriser l’idée d’un changement de vie, plus ou moins global et profond. Pour certains, la rupture imposée par le confinement a agi comme un puissant révélateur des insatisfactions de la vie d’avant, et chez certains autres elle a provoqué l’envie d’impulser un ou des changements; les autres se sont contentés de vivre, simplement et c’est très positif, les derniers ont souffert de rester cloîtrés… mais, il faudra bien, un jour, sortir de chez soi et du confinement!

Faut-il sortir de chez soi tout de suite après le confinement et comment?
Alors qu’approche la date inéluctable de la levée du confinement, qui sera probablement progressive et variable selon les régions, on peut se sentir prêt et pas du tout prêt, étant, comment dire?, partagé… on se sent parfois si seul que la perspective d’un rendez-vous chez le coiffeur, alors qu’on est hirsute ou qu’on a les cheveux mal coupés, ou avec le médecin, semble aussi excitante qu’une balade en montagne ou sur une plage au soleil couchant. Même les collègues manquent, c’est dire! De parler aux murs et dans sa tête, on est fatigué. Parler des heures au téléphone ne suffit plus. Les voisins sont devenus sympathiques, tant mieux et on va pouvoir revoir les amis, les parents proches et éloignés; les enfants leurs copains d’école même si les cours sont encore bien loin: tout est bien dans le meilleur des mondes! … En pratique On ira enfin dehors, pouvant sortir d’abord autour de chez nous et nous déplacer sans attestation. Pour les parents, ce sera aussi l’occasion de revenir à un rythme presque normal, arrêtant la triple journée de télétravail, de corvées ménagères et de rôles improvisés d’instituteurs ou professeurs. On va enfin pouvoir souffler, les enfants en ont grand besoin, chacun allant où bon lui semble. Et on sera contents de se retrouver et rencontrer de nouveau des personnes différentes de celles qui nous ont accompagnés pendant le confinement.

Il faut se sentir rassurant et être raisonnable, pour soi et pour les autres…
L’épidémie est loin d’être endiguée et, selon les études, (parfois incohérentes, elles sont innombrables dans le monde entier puisque tous les pays sont touchés), moins de 6% de la population seulement auraient contracté le Covid-19. Il faudra pourtant porter des masques tout le temps à l’extérieur, se préserver, c’est préserver les autres, probablement se faire tester, sans parler du fait que, si on est fragile ou en contact avec des malades, on risque de retourner rapidement en quarantaine. Autant de raisons de rester encore calfeutré, le plus souvent et le plus longtemps possible, chez soi, pendant un certain temps.

Il faut gérer l’émotion et toutes les émotions, nées de cette période imprévue…
Paradoxalement, on peut se sentir bien dans son cocon, même confiné et même seul. Cette slow life (vie lente, ralentie, en équivalent de la nourriture du slow-food, parti en guerre contre le fast-food), découverte avec le confinement, peut parfaitement convenir. Certains sont devenus de vrais cuisiniers, d’autres se sont mis au yoga, on a le sentiment d’avoir fait connaissance avec les siens et on sait qu’il reste des quantités de choses et de tâches à faire, comme réparer cette porte qui grince, coudre des masques pour la famille, finir de ranger tous les rangements et surtout celui des sacro-saints placards. Il reste une source d’inquiétude et d’angoisse, les horaires stricts et la sonnerie du réveille-matin qu’on a absolument oubliée, ayant jeté l’instrument de torture matinal dans un tiroir à côté du lit, pour qu’il ne fasse plus le moindre bruit!

… En pratique
Prendre les transports en commun sera un grand défi mais les écoles sont fermées jusqu’en septembre (la moitié d’entre vous se demande ce que les enfants auront appris cette année, l’autre moitié se demande comment il faudra les faire garder pour aller travailler, comment les occuper, comment les gérer…) et vous ne pourrez probablement pas (de votre fait ou par décisions préfectorales) festoyer avec vos amis dans les cafés et les restaurants. Pas question non plus de les embrasser, de leur serrer la main, de se rapprocher d’eux qu’on n’a pas vus depuis si longtemps, même pour une simple accolade! Sans oublier que vous n’avez pas envie d’exhiber vos kilos lentement accumulés à cause du confinement, ni la coupe de cheveux effectuée par votre mari ou votre fille, qui, malgré la totale bonne volonté, ne sont pas coiffeurs, ne parlons pas des racines qui ont repoussé, qui, noires, qui, blanches!! On dit de certaines personnes que tout leur réussit, même dans des périodes très difficiles comme celleci. Aussi, on aimerait provoquer une telle appréciation de nous par tous les autres, il faut s’y prédisposer par quelques déterminations et règles, somme toute, assez simples. Il faut cultiver la confiance en soi, l’optimisme, la détermination, l’énergie, qui sont les vraies clés de la réussite, tant d’un point de vue personnel que professionnel. Mais si certains sont dotés d’une forte capacité à voir le verre à moitié plein et avoir envie de le remplir encore et encore, aisément, sans effort apparent, d’autres personnes auront besoin de s’entraîner pour y arriver. Les quelques outils pour aller de l’avant et multiplier les succès sont, eux aussi, relativement simples et faciles à suivre. D’abord, en établissant le bilan de tout ce que nous avons en nous-mêmes et en dehors de nous-mêmes. Chacun de nous, d’abord, est unique. Sur terre, il n’y en a pas deux individus identiques, -même les jumeaux vrais ont des différences qu’euxmêmes et leurs parents savent détecter-, et les qualités de chacun sont très précieuses. Souvent, on le sait bien, mais on n’en reste pas tellement convaincu.

Les plus hésitants et les plus méticuleux, pour se persuader, prenant stylo et papier vont réfléchir par écrit, pour se concentrer, sur leurs nombreuses qualités et dispositions qui font leur caractère, leur personnalité et leur individualité. Les idées ne viendront pas forcément tout de suite, mais plus on y réfléchit, plus elles vont s’imposer et apparaître, là où on ne les avait pas décelées. Bien sûr, il faut s’imposer la discipline de voir quels sont les manques, les faiblesses, les causes des ratages. Tout cela ne doit absolument pas être ignoré ni caché, l’étape suivante est de surmonter carences, échecs et fragilités, ce n’est qu’en se confrontant à eux qu’on peut rationnellement en tirer les richesses intérieures qui donnent confiance en soi, cette confiance qui favorise la chance et les chances de réussir mais surtout d’aller bien. Nous devons éprouver cette confiance pour la phase du déconfinement à condition que, tous, nous ayons en tête de nous préserver en préservant les autres. …Visualiser ce qui est bon, prochainement, dans le futur proche ou immédiat, est stimulant pour le cerveau, car réussir ou s’imaginer réussir, revient exactement au même; ce sont les mêmes hormones qui sont libérées et les connexions neuronales sont identiques dans les deux cas. Visualiser la réussite, c’est déjà réussir, pourrait-on dire. Et pour que cette victoire soit plus vraisemblable et transposable dans la réalité, il faut imaginer également et parallèlement le chemin qu’il faut accomplir pour y parvenir. S’imaginer en train de surmonter les difficultés pour, finalement, obtenir le résultat souhaité et escompté. Grâce à cette méthode, on prend lentement mais sûrement confiance en soi, avec un esprit totalement dirigé vers l’objectif (ou les objectifs) à atteindre. Il faut se répéter tout cela en cette période qui peut en fragiliser plus d’un. …

Faire le bilan de ses succès est très stimulant, même les petits, même les insignifiants, ils ont tous leur importance. Ainsi, les grands succès sont faits de petites victoires de tous les jours, au quotidien, sur l’envie de ne rien faire, sur le découragement, sur l’aptitude à aller bien en soi et avec les autres. Il est un exercice qui peut être quotidien, un peu comme celui d’écrire son journal tous les jours, qui permet de mieux se rendre compte de ces victoires, agissant comme un tremplin chaque jour pour le jour suivant, en se stimulant des bons résultats acquis, en se dopant en quelque sorte de ses succès.

On mentalisera, tous les soirs, les bonnes performances du jour, pas nécessairement importantes, ce peut être une bonne rencontre, un entretien fructueux, liste de choses à faire, retardées et imposantes par leur difficulté, mais réalisée dans les temps, ou encore d’un rendez-vous difficile, (ou douloureux, comme chez le dentiste) qui s’est finalement bien terminé. Il faut s’en souvenir pour s’imprégner de leur positif, juste avant de dormir, la journée qui suivra sera probablement une bonne journée. …

Remonter la pente rapidement c’est avoir et garder un mental d’acier, c’est s’entraîner quotidiennement à maintenir son rythme, ce qui n’empêche pas, bien entendu, les échecs. Mais, c’est très exactement dans ces cas-là, qu’un mental entraîné, d’acier, est d’une très grande utilité pour repartir vers le succès. Et sortir de chez soi pour aborder le monde et ses problèmes. Comme on dit qu’une personne qui tombe de cheval doit immédiatement remonter en selle, une personne qui a confiance en elle et qui est déterminée à réussir ne s’arrêtera pas devant son échec, le contournant ou le dépassant, mais finissant par rebondir et devenir plus forte en dépassant ce revers.

Il faut bien souvent aussi combattre la peur d’être abandonné(e), peur fréquente, peur de l’abandon surtout et plus encore en cette période de confinement, surtout pour les plus âgés et les personnes seules. On dépasse cette peur, même dans les couples, même chez des personnes seules, par l’amélioration de leurs relations. Les Américains utilisent notamment ce qu’ils appellent la méthode du relationship enhancement, plus ou moins signifiant l’embellissement de la relation. La peur de l’abandon disparaît quand les relations humaines, quel que soit leur type, sont améliorées, embellies, humanisées vraiment, ce qui manque beaucoup dans notre environnement, hélas! Or, la peur de l’abandon reste quelque chose de très humain et de bien normal. Nous avons tous en nous cette peur de l’abandon, tout simplement parce que nous avons tous fait l’expérience de l’abandon dans la petite enfance, par exemple quand nous allions à l’école, ayant peur que la personne qui nous a amené(e) ne revienne pas, qu’on ne retrouve pas nos parents. On a tous connu cela, chose normale dans le développement de l’enfant, mais qui va être vécue différemment selon qu’on a connu un attachement sécure ou insécure. Mais, il y le genre d’attachement qui donne de la sécurité et celui qui angoisse.

L’attachement sécure suppose une relation dans la petite enfance où les proches n’ont pas fait défaut, répondant bien aux besoins et aux soins de l’enfant qui se sent en sécurité. Les bébés à l’âge où ils reconnaissent les visages, pleurent lorsque leur maman et la personne centrale de la figure d’attachement disparaît hors de leur vue, mais c’est un élément très constitutif du développement de l’enfant qui reconnaît l’autre, apprenant à se réassurer, se mettant par exemple à sucer son pouce, ou à prendre son doudou.

On continue à faire la même chose une fois adulte, cherchant encore des choses qui permettent la réassurance quand on s’inquiète de ne plus voir l’autre. Si cette peur de perdre l’autre est normale, elle peut devenir maladive quand on a subi des séparations ou des absences de soins, éprouvant l’abandon, le danger. Aujourd’hui, confiné, on peut se croire abandonné des autres, de tous les autres, c’est une peur, un fantasme, un retour de l’enfant en nous dans ces temps difficiles qui peuvent fragiliser même les plus solides.

Les personnes qui souffrent de la peur d’être abandonnées sont particulièrement sensibles à tous les signes qui leur donnent à penser que les bonnes choses vont les quitter. On a remarqué partout dans le monde, pendant ce confinement, ressurgir la problématique des violences conjugales, quand le conjoint menace de partir, l’autre devient violent. Dire à quelqu’un d’insécure qu’on va le quitter peut excite sa violence. Il ne s’agit absolument pas d’excuser la violence, il vaut mieux partir, sans l’exprimer, car la peur de perdre stimule un point où la personne n’est plus en état de contrôle. Démarche impossible pendant cette période de confinement qui met les couples face à face avec leurs problèmes enfouis dans le quotidien, ravivant la peur de l’abandon, même dans le confinement.

La peur de l’abandon est très liée au fait de ne pas s’aimer soi-même, à la perte de repères et à la désorientation. Dans le contexte actuel, hors de notre routine coutumière, on est en situation de rupture avec les habitudes quotidiennes, ce qui peut réveiller cette peur d’être abandonné par cette désorientation actuelle. Le confinement peut exacerber la peur ou le sentiment d’abandon, parce qu’on se sent désorienté, la vie étant bouleversée, le temps fuyant sans être organisé, inquiet du futur et ne l’imaginant même pas, alors qu’on est dans son propre univers, avec rupture totale du rythme antérieur que l’on a toujours connu. La crise sanitaire crée de l’insécurité, d’où le besoin de faire savoir qu’on est là et de savoir que l’autre est là. On multiplie, pour se rassurer, le nombre d’échanges téléphoniques, de mails, visioconférences, d’émoticônes, de vidéos, d’images, de petits mots,… on s’enquiert des autres pour que l’autre sache qu’on est là, que l’autre entende et se manifeste, qu’on a besoin de liens, de relations: privés d’eux, on va les solliciter et les vérifier. Les échanges sont inégaux, il y a les personnes oblatives et celles qui se recroquevillent dans l’égoïsme et oublient que le lien est essentiel entre humains. C’est par le lien que la vie est possible en groupe et qu’elle trouve toute sa signification, c’est la structure qui rassure le plus, le lien.

Il faut rechercher de se sentir en sécurité. Il faut régler son temps, ses rites de vie quotidienne, ses plannings et agendas, réorganiser l’espace et ce qu’il nous apporte de réconfortant, c’est notre lieu refuge, il est essentiel à notre équilibre. Pour tout le monde, (mais plus encore pour les personnes qui sont insécures), le lieu de la sécurité est privé et inviolable, c’est là où l’on se ressource, se repose et vit, comme sa chambre, son lit, son fauteuil préféré, son coin refuge... on se sent alors détendu et fort de sa quiétude. En général, lorsque l’on se sent en sécurité et que tout va bien, le lieu refuge prend moins d’importance, mais lorsque l’on est en situation d’insécurité, comme pendant le confinement et tout ce qu’il suppose, le refuge, c’est la maison qui prend beaucoup plus d’importance.

L’insécurité est aussi liée à la dépréciation de soi, on compense par des mécanismes de recours à l’autre et aux autres. Se dépasser pour l’intérêt collectif, pas seulement pour le sien propre, c’est se tourner réellement vers les autres, on se répare soi-même en réparant l’autre. Des liens forts, stables et durables, sont les meilleurs alliés contre l’insécurité. C’est une très bonne chose de prendre (reprendre) contact les uns avec les autres, d’instaurer des habitudes, de parler aux amis et à la famille, ce qui fait du bien et remplit la journée. La confiance est nécessaire à la réussite, tant d’un point de vue personnel que professionnel.

Ces mêmes confiance en soi, optimisme, détermination, énergie sont aujourd’hui plus que jamais nécessaires pour bien finir le confinement, (finalement qui passe très vite si on est occupé, même seulement à faire son pain, même à soigner ses plantes, même à coudre, même à broder, peindre, chanter, lire, écouter de la musique, voir des filmes, tricoter, faire du yoga, se laver les cheveux, rire, plaisanter, discuter, etc. etc.) et aborder sereinement et positivement le déconfinement, sans retour de l’épidémie, elle s’arrêtera en s’aidant les uns les autres, surtout.

Par RITA EL KHAYAT


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