Pourquoi l'Espagne refuse de reconnaitre la marocanité du Sahara

CRISE RABAT-MADRID

L’Espagne considère la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son Sahara comme une ligne à ne pas franchir, de peur que le Royaume ne revendique Sebta et Mellilia.

Pour l’Espagne, la crise diplomatique avec le Maroc a une ligne rouge: le Sahara marocain. Si elle la franchit, elle risque de voir le Maroc revendiquer les deux enclaves occupées, Sebta et Mellilia. C’est ce que révèle dimanche 13 juin 2021, le quotidien espagnol El Mundo sur son site internet elmundo.es. Le quotidien souligne que l’Espagne ne changera pas son refus de reconnaître la souveraineté du Maroc sur ce territoire et que le gouvernement Sanchez n’envisage pas de céder à la pression de Rabat, malgré le fait qu’il y ait des voix en Espagne qui appellent à revoir cette position.

Deux sources de l’Exécutif espagnol ont confié à El Mundo que si la Maroc parvient à annexer ce territoire (Sahara) «la prochaine étape sera Ceuta et Melilla». La publication poursuit en rappelant que le Chef du gouvernement marocain, Saâd Eddine El Othmani, l’a lui-même déclaré il y a quelques mois: «Le jour viendra où nous allons rouvrir la question de Sebta et Melilla, qui sont des territoires marocains comme le Sahara». Pour l’Espagne, c’est une certitude. Lorsque Pedro Sanchez s’est rendu à Sebta et Melillia, souligne El Mundo, il était conscient que cette visite irriterait les autorités marocaines.

Des sources gouvernementales confirment à El Mundo que des contacts sur le Sahara marocain ont eu lieu avec l’administration Biden et que l’Exécutif espagnol a transmis le message que ce conflit doit être réglé par l’intermédiaire des Nations-Unies, dont le secrétaire général n’est pas encore parvenu à nommer un nouveau chef de la MINURSO. L’Espagne voit dans ces contacts avec l’administration Biden, notamment à l’occasion des préparatifs du sommet de l’OTAN, non seulement un changement de la position américaine, mais une tentative de faire pression sur le Maroc.

Véritables intentions
Pour rappel, lors d’une une commission mixte de l’Union européenne à la Chambre des représentants espagnole, mercredi 20 janvier 2021, la ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya, s’est refusée d’emblée à tout commentaire sur si l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche contribuerait à renverser la décision américaine de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara.

Puis, elle a révélé, sans ambages, les véritables intentions de son gouvernement par rapport à ce dossier: «L’Espagne insiste, quelle que soit la décision des Etats-Unis prise par le président Trump et toute mesure prise par le président Biden, sur la nécessité de reprendre le processus politique sous les auspices des Nations Unies». Une position mitigée qui a été tirée au clair par la même Arancha Gonzalez Laya, au lendemain de la prise de cette décision par Donald Trump, quand elle a déclaré que la solution de ce problème «ne dépend pas de la volonté ou de l’action unilatérale d’un pays de toute taille».

Ce dossier alimente un climat de désaccord entre l’Espagne et le Maroc depuis décembre 2019. D’ailleurs, c’est ce qui explique le report de la réunion de haut-niveau entre les deux pays, à deux reprises depuis cette date. Ce fut le début même de la crise maroco-espagnole. Et l’affaire Brahim Ghali, chef des séparatistes du Polisario, n’a fait que cristalliser cette crise et montrer le vrai visage de l’Espagne.