Espagne: Rajoy sans alliés pour former un gouvernement

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Le conservateur espagnol Mariano Rajoy s'est retrouvé lundi devant l'impossibilité de former un nouveau gouvernement, trois des quatre principaux partis lui barrant la route, au lendemain des législatives. Scandalisés par la corruption qui a touché l'establishment et épuisés par la crise, les Espagnols ont infligé dimanche une défaite sans précédent aux deux grands partis historiques, qui alternaient au pouvoir depuis 1982: le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste (PSOE).


Le PP de Mariano Rajoy est resté le premier parti du pays (28,72 %, 123 sièges) mais a perdu la majorité absolue de 176 sièges sur 350 dont il disposait et enregistré son pire score depuis 1989. Le PSOE, à la deuxième place, n'avait jamais fait pire, avec 22% des suffrages et 90 sièges. Quant aux deux nouveaux partis prônant le changement - Podemos (gauche radicale) et Ciudadanos (libéral) - ils s'apprêtent à faire leur grande entrée au parlement.


Chacun de leur côté et sans attendre, Podemos et le PSOE ont annoncé dès lundi être contre un deuxième gouvernement dirigé par Mariano Rajoy, au pouvoir depuis 2011.  De son côté, le libéral Ciudadanos - qui aurait pu être le seul grand allié du PP - a précisé qu'il s'abstiendrait lors de la séance d'investiture, prévue courant janvier.


"Le PSOE va voter +non+ au Parti populaire et à Rajoy", a déclaré Cesar Luena, numéro deux du PSOE. "Podemos ne permettra d'aucune manière un gouvernement du PP", a de son côté annoncé Pablo Iglesias, dirigeant de la formation anti-austérité, troisième avec 20,6% des voix pour elle et ses alliés, et 69 sièges obtenus d'un coup. "La balle est dans le camp du PSOE. Il doit décider s'il s'abstient et permet la constitution d'un gouvernement", avait auparavant déclaré le dirigeant de Ciudadanos, l'avocat Albert Rivera. "J'espère qu'ils prendront (cette) décision", a-il dit, en faisant valoir que l'abstention de son parti et celle des socialistes pouvait permettre un gouvernement minoritaire de M. Rajoy.


La Constitution prévoit que le roi désigne, après consultations, un candidat chargé de former un cabinet, qui doit ensuite être investi par la chambre. Pour ce faire, le gouvernement doit obtenir la majorité absolue des sièges. En cas d'échec, l'investiture est possible à la majorité simple, que M. Rajoy n'obtiendrait donc pas: avec ses 123 sièges et faute du soutien de Ciudadanos, qui en a obtenu 40, le PP serait forcément bloqué par le PSOE et Podemos, disposant ensemble de 159 sièges. Un scénario redouté par les marchés -- la Bourse de Madrid était vers 16h50 (15h50 GMT) en chute de 2,53% -- mais aussi par la Commission européenne. "Il appartient aux autorités espagnoles de voir comment l'Espagne arrivera à se doter d'un gouvernement stable qui puisse jouer tout son rôle en Europe", a déclaré le président de l'exécutif européen, Jean-Claude Juncker. "Notre message à l'Europe est clair. La souveraineté est la priorité pour nous en termes d'organisation du système politique", a semblé lui répondre Pablo Iglesias, lors d'une conférence de presse à Madrid.


(Avec MAP)


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