L'Espagne retarde l'envoi de médicaments urgents destinés au Maroc

L'autre sens de l'amitié et du bon voisinage

L’enseignement à tirer de la décision du gouvernement espagnol de saisir pour 48h des médicaments essentiels à destination du Maroc est que les termes de «l’amitié et du bon voisinage» changent de sens en ces temps de crise.

L’information, diffusée le 7 avril 2020 par le quotidien espagnol El Mundo, relative au blocage des médicaments déjà achetés et payés par le Maroc en Espagne, pays qui les produit et qui a récemment publié un arrêté ministériel freinant les exportations des médicaments dits «essentiels», a fait réagir l’Ambassade d’Espagne à Rabat mais pas notre ministère des Affaires étrangères. Une réaction qui ne dément pas catégoriquement El Mundo mais qui renseigne plutôt sur la «libération» de la marchandise, 48 heures après l’avoir réquisitionnée.

«L’Ambassade d’Espagne au Royaume du Maroc tient à préciser que l’information reprise par plusieurs médias marocains selon laquelle l’Espagne aurait réquisitionné des médicaments destinés à être exportés vers le Maroc n’est pas fondée», souligne la représentation diplomatique espagnole au Maroc. Cette information fait référence à trois lots spécifiques de médicaments destinés au Maroc, qui ont tous été autorisés par l’Agence espagnole des médicaments (AEMPS) pour être exportés vers le Royaume, précise l’Ambassade dans un communiqué. «En Espagne, comme dans d’autres pays, en cas de besoin accru de médicaments, l’Agence espagnole des médicaments (AEMPS) peut examiner et retenir provisoirement les lots destinés à l’exportation pour analyser s’ils sont conformes aux exigences», fait observer la même source.

«Dans le cas concret du Royaume du Maroc, et comme pour les autres pays, la même procédure a été appliquée aux trois lots mentionnés», ajoute l’ambassade, assurant que, suite à la vérification de la conformité des médicaments aux exigences en vigueur, «tous les lots ont été autorisés à l’exportation vers le Maroc».

Fabriquer localement
Pour résumer, l’information n’a pas été démentie. Le lot de médicaments a été autorisé mais après deux jours. Et là, l’on se demande comment en ces temps de crise sanitaire, où le temps compte pour la survie de milliers de Marocains, quel est le vrai visage de notre premier partenaire commercial? Les échanges commerciaux avec ce partenaire font ressortir un déficit chronique qui pénalise notre balance de paiement et, partant, fait baisser nos réserves de devises.

Et tout le monde sait que le principal argumentaire avancé par la banque centrale et le ministère des Finances pour le tirage des 3 milliards de dollars de la Ligne de Précaution et de Liquidité du Fonds monétaire international (FMI) est justement la baisse des réserves en devises. Il est donc grand temps de revoir de bout en bout nos accords de libre-échange et notre politique d’ouverture en renforçant les moyens et les compétences pour fabriquer localement beaucoup de produits qu’on a l’habitude d’importer.