LE PRÉSIDENT DU GOUVERNEMENT ESPAGNOL MOBILISE SON ÉLECTORAT

En Espagne, le maintien au pouvoir de Pedro Sanchez rassurant pour Rabat

Alors que la relation entre le Maroc et l’Espagne est au beau fixe, l’annonce, mercredi 24 avril 2024, du chef de gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, de mettre sa démission dans la balance, a pris tous les observateurs de court.


Depuis le perron du palais de la Moncloa, siège officiel de la présidence du gouvernement espagnol, l’annonce, très attendue à Rabat, est finalement arrivée, accueillie avec un certain soulagement. Lundi 29 avril 2024, Pedro Sanchez, le Président du gouvernement espagnol a annoncé, sur un ton grave et déterminé, qu’il continuera à gouverner à la tête de l’exécutif ibérique. «J’ai décidé de continuer. Ou nous disons assez ou la dégradation de la vie publique conditionnera notre avenir et nous condamnera comme pays», a-t-il déclaré, fustigeant la «campagne de discrédit» dont il accuse l’opposition de droite.

Le leader socialiste avait tenu en haleine l’Espagne et ses alliés pendant cinq jours, depuis le mercredi 24 avril 2024, après avoir menacé, dans une lettre publiée sur le réseau social X, «réfléchir» à une éventuelle démission à la suite de l’annonce par un tribunal madrilène de l’ouverture d’une enquête contre son épouse, Begoña Gomez, pour trafic d’influence et corruption. «J’ai besoin de m’arrêter et de réfléchir» afin de décider « si je dois continuer à être à la tête du gouvernement ou si je dois renoncer à cet honneur », avait écrit M. Sanchez.

Psychodrames politiques
La plainte à l’origine de cette enquête, fondée sur des articles de presse, a été déposée par l’association «Manos limpias» (Mains propres), un collectif proche de l’extrême droite. Elle portait sur les liens tissés par Begoña Gómez avec le groupe Globalia, parrain de la fondation dans laquelle elle travaillait, au moment où Air Europa, compagnie aérienne appartenant à Globalia, négociait avec le gouvernement Sanchez l’obtention d’aides publiques. Cette compagnie aurait touché, en novembre 2020, 475 millions d’euros, issus d’un fonds de 10 milliards d’euros, destiné à soutenir les entreprises espagnoles importantes traversant des difficultés, en raison de la pandémie de Covid.


Au Maroc, où la question revêt un caractère éminemment stratégique, de par la centralité de Pedro Sanchez dans l’excellence de la relation que connaît les deux pays, cette séquence a été particulièrement suivie. La démission du Président du gouvernement espagnol aurait pu remettre en cause de nombreux acquis diplomatiques, notamment l’alignement de Madrid sur le plan d’autonomie marocain pour résoudre le différend autour du Sahara.

Pour Abdelhamid Beyuki, chercheur spécialisé dans les relations maroco-espagnoles, en dépit des remous liés à cette parenthèse politique et l’importance pour le royaume de voir M. Sanchez rester au pouvoir, «la relation entre Rabat et Madrid reste stratégique» et dépasse les psychodrames politiques. Et l’expert de citer cette phrase de Pedro Sanchez, qui insistait sur le fait que « la prospérité et la stabilité de l’Espagne était tributaire de celle de son voisin marocain ».

Une analyse partagée par Maria Elisa Alonso, spécialiste des questions liées à l’organisation des partis politiques en Espagne et en Amérique latine à l’Université de Lorraine, pour qui le statu quo devrait prévaloir dans les rapports entre les deux pays, malgré l’offensive de l’opposition espagnole, qui reproche au Président du gouvernement de ne pas être capable d’expliquer ses positions favorables au Maroc et de se coucher devant les pressions marocaines. «Pedro Sanchez est un homme politique expérimenté et cet épisode s’apparente à un coup politique», observe la spécialiste, balayant toute inquiétude quant à l’avenir des rapports entre les deux Etats. La lune de miel entre Rabat et Madrid a toujours de beaux jours devant elle.

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