L'idée est d'avoir un équilibre entre la santé publique et l'économie

Interview de Hajar Mousannif, professeur d'informatique à l'Université Cadi-Ayyad

Dans un papier publié le 6 mai, deux chercheurs proposent une solution pour sortir du confinement avec le moins de dégâts possibles. Pr Hajar Mousannif, une de ces deux chercheurs, s’en explique.

Vous venez de publier un papier usant des techniques de modélisation et de simulation pour déterminer la stratégie la meilleure pour déconfiner une ville comme Casablanca. En conclusion, que devrait faire à votre avis le gouvernement au-delà du 20 mai?
Tout d’abord, ce n’est pas au-delà du 20 mai qu’on doit commencer à agir, mais dès maintenant. Ce que nous proposons, c’est d’abord d’identifier les zones -quartiers, préfectures, etc.- qui sont vitales pour l’économie et la santé publique de la ville étudiée -zone industrielle, quartier des hôpitaux, etc.- et les classer par ordre de priorité. Ensuite, les tests, l’isolation et le traçage doivent être maximisés dans ces zones pour garantir une économie locale qui soit à la fois bonne et stable.

Une fois s’être assurés que ces zones vitales sont “virus-free”, c’est-à-dire exempts de virus, à ce moment -la date de déconfinement- nous pouvons commencer à libérer progressivement les personnes. Par exemple, commencer par les jeunes travailleurs qui vivent loin des personnes vulnérables, tout en préservant les bonnes pratiques et les gestes barrières. Après, l’approche peut être généralisée à toutes les villes, surtout les grandes villes. L’évolution de la propagation du virus doit être, au final, suivie, et il ne faudra autoriser les déplacements entre les villes qu’après maîtrise de la situation.

Vous soulignez vous-même, dans votre article, le coût exorbitant que pourrait représenter l’adoption de votre modèle par les autorités marocaines, notamment pour financer le testing de masse. Cela n’est-il pas de nature à le rendre non-réalisable?
Dans l’article, nous avons souligné que c’est le testing de masse de toute la population qui est exorbitant et non celui de l’approche que nous proposons et qui préconise de faire des tests de masse uniquement dans les zones vitales pour l’économie et la santé et par ordre de priorité. L’idée derrière notre approche est d’avoir un équilibre continu entre la santé publique et l’économie. Ceci signifie que même si les infections augmentent, l’économie, elle, tiendra le coup. Notre approche consiste à tester en masse seulement là où c’est bien -rentable. Le Maroc est toujours en train de rapporter de nouveaux cas à ce jour, et il est probable que cela continue -et même s’aggrave- si la stratégie de déconfinement n’est pas efficace. Les résultats des simulations montrent qu’on ne peut libérer complètement une région que si des tests de masse sont effectués dans cette région.

Qu’est-ce qui pourrait prévenir, une fois le déconfinement opéré, la fameuse «deuxième vague» tant redoutée aujourd’hui par les gouvernements du monde?
Pour prévenir une nouvelle vague d’infections, il y a trois façons de procéder. La plus courte et la meilleure est de vacciner tout le monde. Mais comme le vaccin n’est toujours pas disponible et que les chercheurs affirment que dans les meilleurs délais il faudra à peu près 18 mois pour qu’un vaccin soit disponible, le seul choix pour le moment est d’empêcher les personnes infectées d’entrer en contact avec des personnes saines ou du moins réduire les interactions à un niveau qui permette au système de santé de ne pas s’écrouler. Ceci est possible soit à travers le confinement, soit à travers le test, l’isolement et le traçage.

Grâce au traçage, les tests en masse effectués dans une région donnée seront réduits au fil des jours car ils seront plus ciblés. Ceci permettrait de tester plus de personnes n’appartenant pas forcément aux zones vitales et déconfiner ces zones aussi par la suite.


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