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Zdechovsky : "La reproduction d’attaques comme celle de Mélilia n’est pas à exclure"

Entretien avec Tomas Zdechovsky, député européen

Député européen depuis 2014, écrivain et homme politique tchèque, Tomas Zdechovsky revient sur le drame de Mélilia et plaide pour l’appui des efforts du Royaume. Interview.

La tentative d’entrée massive de migrants d’origine subsaharienne, vendredi 24 juin 2022, dans l’enclave de Mélilia a entraîné des affrontements sans précédent entre migrants et police marocaine. Comment expliquez- vous cela?
Il s’agissait d’une intrusion manifeste de la part de citoyens d’États étrangers sur un territoire étranger. La police marocaine a tenté d’empêcher cette intrusion agressive. Il s’agissait d’une migration clandestine contrôlée vers le sol européen. D’ailleurs, ce saut massif de 2.000 migrants subsahariens à la frontière espagnole est une autre preuve que le Maroc est un partenaire crédible de l’Union européenne, qui souffre également de la pression migratoire.

Ce drame va-t-il changer la donne en matière de gestion migratoire entre le Maroc et l’Espagne/Europe?
J’exprime ma peur et mon inquiétude quant à la reproduction d’attaques comme celle-ci. C’est un risque à ne pas exclure. En effet, la guerre en Ukraine pourrait entraîner une augmentation des vagues d’immigrants irréguliers, venus de pays africains qui pourraient souffrir de la famine, vers l’Union européenne (UE) et pour qui le Maroc représente une route migratoire. Cependant, les relations entre le Maroc et l’Union européenne sont à un très bon niveau comme je l’ai constaté le mois dernier lorsque je me suis rendu à Rabat et que j’ai parlé aux dirigeants politiques là-bas.

Une fois l’enquête sur ce drame terminée, quelles solutions sont envisageables, selon vous?
Il faut renforcer davantage les frontières extérieures de l’UE et approfondir davantage la coopération avec le Maroc en matière de migration. Il est important de rechercher des solutions diplomatiques qui profitent aux deux parties. Si nous devions cesser de défendre rigoureusement les frontières extérieures de l’UE, cela enverrait le signal que la voie est libre et que des millions de migrants africains arriveraient dans les villes européennes. On le voit, par exemple, dans certaines villes italiennes, où la situation est très grave.

Pensez-vous que les migrants étaient dirigés par des réseaux spécifiques, étant donné qu’ils se sont infiltrés à partir de la frontière avec l’Algérie?
La grande majorité des migrants venaient du Soudan, d’autres du Tchad et du Mali. Ils ont dû parcourir un long chemin pour se rendre à Mélilia. Je suis sûr que cette action a été organisée par des réseaux de trafics professionnels.

«Les 23 morts et les centaines de blessés du côté des migrants ainsi que ceux du côté des forces de sécurité marocaines sont le symbole tragique des politiques européennes d’externalisation des frontières de l’Union européenne (UE)» annoncent les associations de la société civile dans un communiqué de presse. A quel point est-ce-vrai?
Je ne peux pas être d’accord avec cela, si Sebta et Mélilia n’appartenaient pas à l’Espagne, les migrants auraient trouvé un autre moyen d’entrer sur le sol européen. Il s’agit simplement d’une tentative de susciter un débat sur le changement de territoire.

Le nouveau Pacte européen sur les migrations, toujours en discussion, est souvent décrit comme plus sûr et répressif car il affine les politiques d’externalisation des frontières de l’UE. Pensez-vous que ce pacte est la solution?
Au contraire, le nouveau Pacte européen sur les migrations est certainement un pas en avant sur cette question. L’Union européenne a travaillé intensivement sur le pacte et la Commission s’attend à ce qu’il constitue une amélioration significative par rapport au modèle existant. Nous verrons comment cela fonctionnera en pratique.

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