Entretien avec Hassan El Kamoun, président de l’association des libraires indépendants du maroc (ALIM)

"Il faut une régulation pour mettre fin à l’anarchie dans le secteur du livre"

La rentrée scolaire 2022 est marquée par une hausse des prix et une pénurie de certains livres. Quelles sont les causes de cette inflation? Quels impacts sur les libraires et parents d’élèves? Réponses avec Hassan El Kamoun.

De nombreux parents ont été surpris par l’augmentation des prix des cahiers scolaires. Comment expliquer cette hausse?
Effectivement, nous avons constaté une augmentation de 80 à 85% des cahiers scolaires. Les cahiers de 50 pages, 192 pages et 48 pages qui sont très demandés par les écoles connaissent une pénurie sur le marché et leurs prix ont augmenté. Celui de 50 pages est passé de 1,90 dirhams l’année dernière à 2,90 cette année. Après le lancement des appels d’offres de l’initiative royale «1 million de cartables» qui avait enregistré de fortes commandes, son prix a atteint 3,60 DH durant le mois d’août 2022, tandis que celui de 192 pages est passé de 5,30 à 6,80 actuellement. La première augmentation en 2021 était légitime étant donné que le coût du papier a augmenté de 120% sur le marché mondial, en passant de 8000 à 18.000 dirhams la tonne. En revanche, la deuxième est incompréhensible. Cette situation est imputable aux industriels qui confectionnent ces cahiers au Maroc après la décision du ministère de l’Industrie d’augmenter les frais de douanes pour encourager la production locale.

Outre les livres, on constate aussi une hausse des prix et une pénurie des manuels scolaires…
Ces manuels importés de la France, d’Angleterre et du Liban ont connu une hausse de 8 à 12%. Et ceux produits localement et destinés aux écoles privées ont augmenté de 12 à 15%. Des hausses causées par la flambée du prix du papier à l’échelle mondiale. Au-delà même de cette augmentation, on constate également une pénurie de 50-55% de livres destinés aux élèves du public sur le marché. Nous l’avons constaté après la décision du ministère de l’Education nationale de subventionner de 25% les prix les manuels scolaires destinés aux écoles publiques. Nous avons adressé un communiqué au ministère de l’Education nationale et de l’Industrie et du Commerce pour leur expliquer que cette annonce tardive effectuée le 15 août 2022 a impacté le déroulement de la rentrée scolaire pour les libraires et les éditeurs qui préparent la rentrée entre juin et juillet.

Cette conjoncture a-t-elle impacté négativement votre activité?
Bien sûr! C’est évident! Cette hausse a eu un impact sur le budget des ménages. Nous avons constaté une baisse des ventes, parce que de nombreux parents préfèrent acheter des livres d’occasion et ne viennent à la librairie que pour compléter quelques achats. Il y a aussi d’autres qui n’achètent que le strict minimum. J’avais d’ailleurs reçu un architecte et sa femme qui travaille à la banque qui ont décidé d’acheter un livre à l’une de leurs jumelles pour qu’elle partage son manuel avec sa soeur.

Quelle solution préconisez-vous pour éviter ces inflations répétitives?
Depuis sa création en 2018 l’ALIM essaie de contribuer à la création d’un projet de loi qui va encadrer le fonctionnement de la chaîne du livre au Maroc. Ce gap juridique est d’autant plus incompréhensible si l’on sait que le Maroc est le premier importateur de livres français au Maghreb et dans le monde arabe et le septième à l’échelle mondiale. L’importateur fixe les prix à sa guise. On remarque chaque année des hausses de 5 à 10 dirhams sur ces manuels importés. Nous avons aussi constaté ces dernières années que des écoles privées vendent directement des livres aux parents. L’Association a d’ailleurs saisi le Conseil de la concurrence pour dénoncer cette concurrence déloyale. Nous réclamons la mise en place d’une régulation pour mettre fin à l’anarchie que connait ce secteur, comme c’est le cas dans de nombreux pays comme la Côte d’Ivoire, la Guinée, l’Algérie et le Mali l