Entretien avec Ahmed Zefzafi, père de Nasser, leader du Hirak du Rif.

"La solution n’est pas entre les mains du ministre de la Justice"

Ahmed Zefzafi n’est pas du tout optimiste quant à la récente sortie médiatique du ministre de la Justice. Le père de Nasser Zefzafi, leader du Hirak du Rif en prison depuis 2017, estime que parler d’une demande d’amnistie en cours de préparation en faveur de son fils et de ses compagnons relève de la politique politicienne.

Le ministre de la justice, Abdellatif Ouahbi, à déclaré à la chaîne officielle 2M qu’une demande d’amnistie en faveur des détenus du Hirak est en cours de préparation. Que pensez- vous de cette nouveauté?
C’est tout sauf une nouveauté, encore moins une bonne nouvelle. Abdellatif Ouahbi est le leader d’un parti politique, et il fait de la politique. Ses déclarations n’ont aucune valeur réelle, si ce n’est de vouloir marquer des points. Ce dossier est entre les mains du Roi et lui seul peut décider. Le reste n’est qu’une perte de temps, des paroles en l’air. Je suis convaincu que la solution n’est pas entre les mains du ministre de la Justice.

C’est quand même une initiative qui pourrait faire bouger les choses après une longue phase de stagnation …
Tout le monde sait que mon fils avait une position claire envers les partis politiques, qu’il qualifiait sans cesse d’“officines politiciennes”. Et le PAM, avec M. Ouahbi à sa tête, n’est pas une exception.

La politique se pratique sans éthique ni morale, et ceux qui la pratiquent font les choix qui les arrangent. Si Abdellatif Ouahbi veut redorer son image, qu’il le fasse autrement qu’en exploitant la cause de mon fils. Ce dernier souffre actuellement du Covid-19, et il faudra déjà commencer par voir comment il s’est fait contaminer dans sa cellule à Tanger, avant de venir nous parler de choses plus grandes.

Vous n’êtes donc pas en contact avec des partis ou des instances officielles pour trouver un dénouement à ce dossier?
Aucun contact n’est établi actuellement. Nous n’avons plus de partis politiques réels au Maroc. Regardez-les, ils n’ont même pas la capacité de mobiliser les gens. Qui de ces politiques peut prétendre pouvoir appeler à une manifestation et mobiliser autant de gens que le faisaient Nasser et ses compagnons? Les détenus ont été lâchés par ceux qui soutenaient leur cause au début. Leurs familles sont l’unique soutien dont ils disposent.

En tout cas, je supplie tous ceux qui écrivent sur le sujet, y compris sur les réseaux sociaux, de cesser de jouer avec les émotions des parents des détenus. Les familles souffrent à cause de ça. Mais nous gardons espoir tout de même. Celui qui vit d’espoir se tiendra toujours debout, et nous resterons debout jusqu’à la fin.