Entretien avec Adil Meslouhi, artiste et professeur universitaire de communication

"Mes oeuvres ont pour ambition de traduire la richesse de notre culture"

Dans ses peintures digitales, Adil Meslouhi, alias Illustradil, fusionne culture marocaine et étrangère pour créer des tableaux alliant authenticité et modernité. Adil nous parle de ses inspirations et de l’émergence de l’art digital au Maroc.

Vos tableaux, uniques et créatifs, charment aujourd’hui une large communauté sur les réseaux sociaux et se traduisent même en projets. Comment était votre première rencontre avec l’art?
Mon amour du dessin est né grâce aux bandes dessinées, je suis tombé dedans quand j’étais petit. Mes premiers dessins remontent à l’âge de 5 ans et je conserve certaines BD que j’ai réalisées quand j’avais 11 ans. J’ai voulu faire de cet amour une vraie carrière professionnelle également, au début, j’ai voulu faire des études académiques en art, plus précisément une filière de BD à Bruxelles, mais malheureusement suite à plusieurs facteurs, j’ai fini par faire des études en économie au Maroc mais je n’ai jamais laissé ma passion pour l’art cependant.

Aujourd’hui, vous êtes professeur universitaire de communication, vous êtes suivi par plus de 430.000 personnes rien que sur Instagram. Quelle est l’importance des réseaux sociaux pour vous en tant qu’artiste aujourd’hui?
C’est grâce aux réseaux sociaux que j’ai gagné en notoriété et que je suis devenu plus célèbre à l’échelle nationale, et même internationale. En effet les deux ans de Covid, quoi qu’elles étaient difficiles, ont permis à beaucoup d’artistes de consacrer plus de temps à leur création et à la promotion de leurs oeuvres. Personnellement, c’est durant le confinement que j’ai commencé à partager régulièrement mes créations sur Instagram. Surpris par l’écho et la réactivité positive des gens, ça m’a encouragé à partager encore plus. Les réseaux sociaux sont une forme de galerie publique et permanente qui me permet d’exprimer mon regard sur la société à travers des illustrations pop’art qui mixent la pop culture marocaine et internationale.

Chikha Rimitti, Cheb Khaled, The Beatles, Frida… Le choix de vos caractères est unique. Quelles sont les sources de votre inspiration?
Musique, littérature, art, dessins-animés… Je choisis les personnages en fonction de l’influence qu’ils ont eue sur moi. Par exemple, le fait que je sois fan de l’univers de la talentueuse interprète Oum m’a inspiré pour réaliser une illustration qui la représente, c’est le cas pour tous les autres personnages. C’est surtout la richesse de la culture marocaine qui stimule ma créativité et reste ma principale référence.

Comment s’est développé votre processus de production?
Au tout début, j’ai commencé par la façon traditionnelle, avec des feuilles, des crayons et des couleurs avant de passer à la tablette graphique qui nous offre également plus de choix et d’options. Au fur et à mesure, c’est vers le pop’art que je me suis orienté avec un penchant pour les techniques numériques.

Certains avancent que l’art numérique ne peut être considéré comme de l’art véritable. Qu’en pensez-vous?
On ne peut pas comparer entre les deux. Les artistes mêlent depuis toujours différents médiums et moyens à leur disposition pour réinventer leur art. Moi personnellement, j’utilise et fusionne, parfois, les deux techniques, traditionnelles et digitales. Ce qui crée un peu la différence, c’est la nature infinie de l’art numérique qui empêche de garantir sa propre authenticité. Il est vrai que l’art numérique, par essence, peut être copié à l’infini, laissant une trace presque impossible sur l’oeuvre originale, mais chaque art a ses particularités et son charme.

Quels sont les messages que vous essayez de transmettre à travers vos oeuvres?
Mes oeuvres ont pour ambition de traduire la richesse, sans équivalent, de notre culture marocaine. Toutefois, je m’implique également en faveur de plusieurs causes comme celle des femmes et du combat contre toutes les formes de discriminations et de violences qu’elles peuvent subir.