Entretien avec Abderrazzak El Hannouchi, auteur du livre "parlement et droits humains"

"Mon livre est un plaidoyer pour la réhabilitation de l’institution parlementaire"

Acteur associatif, chargé des études au Parlement et journaliste, Abderrazzak El Hannouchi a fait de la question des droits humains son domaine de prédilection. Il nous livre les secrets de son nouvel ouvrage.

“Parlement et droits humains: références et pratiques”, pourquoi un livre maintenant sur un sujet pareil?
Ce qui m’a motivé pour cette «aventure», c’est le constat tiré de plusieurs années de travail, dans les domaines de l’action parlementaire, d’une part, et les droits humains, d’autre part. Globalement, l’ouvrage vise à mettre en exergue le référentiel international et à jeter la lumière sur le bilan de la pratique parlementaire en matière de droits humains (la dixième législature 2016-2021).

Il comprend, notamment, quatre axes relatifs à la documentation, à la description et à l’analyse de l’ensemble des références et de la littérature relatives au système international des droits de l’Homme, avec mention des documents de référence traitant du sujet du «Parlement et des droits de l’Homme». Il décrit également, entre autres, les meilleures pratiques au niveau de l’Union interparlementaire, du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe et de l’Assemblée Parlementaire de la Méditerranée. Cet ouvrage peut être considéré comme un document de plaidoyer pour la réhabilitation de l’institution parlementaire et son utilité, et pour contrer les thèses réductrices, nihilistes et populistes.

Une polémique surgit sur la situation des droits de l’Homme au Maroc. Quel commentaire en faites-vous?
La situation des droits de l’Homme au Maroc dépend de l’angle sous lequel on voit les choses: la coupe à moitié pleine du point de vue des optimistes, ou la coupe est à moitié vide du point de vue des critiques. L’objectif des défenseurs des droits humains est d’oeuvrer à combler le fossé entre le «normatif» et la pratique, c’est ce qu’on appelle l’effectivité des droits. Dans le contexte marocain, il y a des acquis positifs et cumulatifs, mais il y a aussi des erreurs, des dépassements et des abus qui engendrent des réactions à même de remettre en question la véritable volonté de l’engagement de l’État au respect des droits de l’Homme conformément aux normes internationales reconnues.

Il y a sans doute des défis à relever. Ils sont de quelle nature, selon vous?
Au Maroc, ces défis résident essentiellement dans les tentatives de discréditer tout ce qui se rapporte aux droits humains, à travers divers messages et discours, notamment venant de tendances extrémistes et violentes. Je crois qu’il y a un processus politique déterminant de notre pays, représenté principalement par l’Instance Équité et Réconciliation. Il y a aussi les espoirs et promesses qui ont accompagné l’élaboration et l’approbation de la Constitution de 2011, en particulier en ce qui concerne les droits et libertés.

Plus d’une décennie après, on pose la question sur la lenteur des réformes. Il y a aussi un attentisme frustrant. La gestion institutionnelle des droits humains présente quelques lacunes que nous sommes supposés rattraper durant les étapes prochaines.