Affaire de l’entrée illégale de Brahim Ghali en Espagne : Arancha González Laya limogée à la demande du Maroc


Un rapport du Centre national de renseignement (CNI) espagnol, divulgué par des médias ibériques, révèle que le Maroc aurait exigé, en 2021, le limogeage de la cheffe de la diplomatie espagnole, Arancha Gonzalez Laya, impliquée dans l’affaire du chef des séparatistes. Une condition préalable à la normalisation des relations avec l’Espagne.

La nouvelle, qui a circulé comme une traînée de poudre, provoque déjà un raz-de-marée au sein de la coalition gouvernementale chez le voisin ibérique. Lors de son intervention dans une séance plénière du Congrès mercredi 19 avril 2023, le président du parti espagnol Vox, Santiago Abascal, s’est attaqué au président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, et lui a demandé s’il est vrai qu’il a limogé l’ancienne ministre des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya, une semaine après que Rabat lui ait demandé de le faire lors d’une réunion secrète. L’information, non encore vérifiée, a été bruitée par le journal El Confidencial et reprise par d’autres médias espagnols.

Il en ressort qu’un rapport du Centre national de renseignement (CNI) en Espagne a révélé que le Maroc a exigé, en 2021, le limogeage de la cheffe de la diplomatie espagnole, Arancha Gonzalez Laya, comme condition préalable à la normalisation des relations avec l’Espagne. «Une semaine après que Rabat l’ait exigé lors d’une réunion secrète entre les représentants des deux Etats, le chef du gouvernement a décidé de ne plus compter sur elle au Conseil des ministres et l’a limogée, sans explication, pour nommer l’ambassadeur d’Espagne à Paris de l’époque, José Manuel Albares», lit-on.

La même source ajoute qu’«en pleine crise entre l’Espagne et le Maroc», provoquée par l’exode de milliers de Marocains vers Sebta, une réunion «tenue secrète» aurait eu lieu entre l’ambassadeur d’Espagne, Ricardo Díez-Hochleitner, et son homologue marocaine à Madrid, Karima Benyaich durant laquelle Mme Benyaich aurait formulée la demande ou la condition du Maroc.

Tête pensante
Pourtant, l’ambassade du Maroc à Madrid a démenti la tenue de cette réunion, le gouvernement, le ministère des affaires étrangères et plusieurs des personnes impliquées en Espagne ont refusé de répondre aux questions des journalistes. El Confidencial ajoute que cette réunion a été consignée dans une note intitulée «Marruecos : situación crisis bilateral» (Maroc : situation de crise bilatérale) à laquelle il a eu accès et qui indique que seuls certains membres de l’exécutif espagnol étaient au courant de la tenue de cette rencontre, qui aurait eu lieu le 2 juillet 2021. Une semaine plus tard, le 10 juillet, Pedro Sánchez a remplacé Arancha González Laya au poste de ministre des Affaires étrangères le 10 juillet 2021 par José Manuel Albares. Albares a évoqué le Maroc lors de son investiture et a souligné la nécessité de «renforcer les relations avec le Maroc, grand ami et voisin du sud».

Sa prédécesseure était soupçonnée d’être la tête pensante de l’entrée secrète et illégale, sous une fausse identité, de Brahim Ghali en Espagne le 18 avril 2021, et son admission dans un hôpital à Logroño. Une affaire qui a été le point d’orgue de la crise diplomatique maroco-espagnole. Comme l’avait déjà expliqué le département des Affaires étrangères, dans sa déclaration du 31 mai 2021, le fonds du problème est lié à une trahison. « Au-delà du cas du dénommé Ghali, cette affaire a dévoilé les attitudes hostiles et les stratégies nuisibles de l’Espagne à l’égard de la question du Sahara Marocain.


Elle a révélé les connivences de notre voisin du Nord avec les adversaires du Royaume pour porter atteinte à l’intégrité territoriale du Maroc », lisait-on dans le communiqué du département de Nasser Bourita.

Plateforme militaire
L’enquête judiciaire a révélé que le département d’Arancha Gonzalez a empêché à l’époque les militaires de faire leur travail et de vérifier l’identité de Brahim Ghali et son compagnon, comme cela a été confirmé par le général de la base de Saragosse, Ortiz Cañabate, contraint par le juge d’instruction de lever le voile sur la partie qui a autorisé l’entrée de Brahim Ghali en Espagne. Le ministère d’Arancha Gonzalez lui avait mentionné que parmi les passagers de l’avion il y a une personne malade qui sera évacuée vers un hôpital.

Le général Cañabate a ajouté que l’avion de la présidence algérienne a atterri «conformément à l’ordre communiqué par téléphone aux responsables de la Base par la Commission des relations internationales de l’état-major général de l’armée de l’air». A son arrivée, l’avion a été conduit «pour des raisons de sécurité» vers la plateforme militaire, «une pratique courante pour les avions d’Etat». Une fois les ordres du ministère des Affaires étrangères reçus par l’état-major de l’armée de l’air, le personnel de l’avion «n’ont pas subi le traditionnel contrôle des passagers à la frontière», a-t-il conclu.

Le procureur général de Saragosse, Juan Pablo Fraj, avait dénoncé en octobre 2021 les ingérences du gouvernement Sanchez dans l’enquête judiciaire portant sur la détermination des responsables de l’entrée de manière secrète et illégale (avec une fausse identité) du chef des séparatistes, Brahim Ghali. Il a tenu tête au bureau du procureur de l’État et a contesté ses demandes d’arrêt de l’enquête judiciaire impliquant l’ancienne ministre des Affaires étrangères Arancha González Laya et son chef de cabinet, Camilo Villarino.

Arancha González Laya fait face à une procédure judiciaire, déposée en mars 2022, pour déterminer son rôle dans l’infiltration secrète du chef du Polisario en Espagne. L’ancienne ministre espagnole a rendu les relations marocaines encore plus complexes qu’elles ne l’ont été. Il a fallu attendre la traditionnelle réception organisée le 17 janvier 2022 en l’honneur du corps diplomatique accrédité, pour que le Roi Felipe VI d’Espagne lance un message implicite à l’attention du Roi Mohammed VI selon lequel il est temps d’ouvrir une nouvelle page. Puis, il y a eu le message qu’a adressé à SM le Roi Mohammed VI le Président du Gouvernement espagnol, Pedro Sánchez.

Celui-ci a souligné qu’il «reconnaît l’importance de la question du Sahara pour le Maroc» et que «l’Espagne considère l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution du différend». Une reconnaissance du plan marocain d’autonomie, première de son genre attribuée à un haut responsable espagnol. L’espoir d’une normalisation a été confirmé à la suite de la visite le 7 avril 2022 de Pedro Sanchez au Maroc, à l’invitation de S.M. le Roi et qui a donné naissance, après une audience royale, à la signature d’une nouvelle feuille de route d’une entente aux multiples dimensions.

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