Etudiants palestiniens au Maroc: entre la quête du savoir et le poids de la guerre

Plus de 450 Palestiniens poursuivent actuellement leurs études supérieures au Maroc. En médecine, droit, ingénierie… Maroc Hebdo partage le vécu de ces jeunes déchirés entre le désir ardent de réussir leurs études et une guerre qui ravage leur pays d’origine.


La guerre d’Israël sur Gaza, qui dure depuis le 8 octobre 2023, et qui a déjà fait près de 26000 morts, affecte lourdement les étudiants palestiniens au Maroc. Alors qu’ils sont plus de 450 à poursuivre leurs études dans les différentes spécialités, dans les différentes villes marocaines, ces étudiants se trouvent actuellement dans le désarroi malgré les efforts du Maroc pour les soutenir, notamment au plan financier, à travers l’octroi, par SM le Roi Mohammed VI, Président du Comité Al-Qods, des bourses supplémentaires en leur faveur, dans le cadre des bourses de l’Agence marocaine de coopération internationale.

Joie sincère
Ces étudiants semblent bien apprécier leur expérience au Maroc. «Meknes wllafa,» nous annonce Abdellah Nabih, un doctorant palestinien en droit des entreprises à l’Université Mohammed V de Rabat, alors qu’il nous parlait de ses débuts au Maroc. Sa darija, impeccable, aurait pu tromper n’importe qui sur ses véritables origines. En effet, M. Nabih est passé par un cursus de licence à Meknès, un master à Rabat avant de se lancer dans un doctorat. «Au début, l’accent me posait problème, mais maintenant, je me sens tellement intégré que je pourrais être pris pour un vrai Marocain, qui adore la pastilla au poisson et la rfissa par ailleurs « a-t-il confié, sa voix empreinte d’une joie sincère mêlée à un brin de fierté.

Toutefois, un fond d’histoire beaucoup plus sombre et poignant se cache derrière le sourire d’Abdellah. Ce dernier, après son bac, a quitté Gaza ravagée par la guerre pour poursuivre ses rêves d’éducation. «Ma famille est toujours là-bas, dans l’incertitude constante de la guerre. Chaque appel que je reçois peut être porteur de nouvelles tragiques,» confie-t-il, la voix ébranlée par l’inquiétude. La guerre n’a pas seulement menacé sa famille, elle a également jeté une ombre sur son propre avenir. «Je suis ici pour étudier, pour construire un avenir meilleur, mais comment peut-on se concentrer quand chaque jour apporte son lot de craintes pour ceux qu’on aime ?» demandet- il, la douleur perceptible dans chaque mot.

Abdellah parle de ses rares communications avec sa famille, des appels hebdomadaires remplis d’anxiété, où le soulagement de les savoir en vie se mêle à la peur de ce que demain peut apporter. «C’est un équilibre précaire entre poursuivre mes études et vivre dans la crainte constante pour ma famille. Toutefois, Abdellah nous souligne qu’il ressent “une immense responsabilité sur mes épaules. En étant ici, je suis un ambassadeur de la Palestine. Exceller dans mes études, c’est aussi montrer au monde la force et le potentiel de notre peuple.»

Crainte constante
Abdellah n’est pas le seul à être hanté par les horreurs de la guerre et l’angoisse pour ses proches. Fatima Abu Amsha, étudiante en master en droit à l’université Mohammed V également, nous dévoile qu’»après avoir obtenu mon baccalauréat dans un contexte de tensions et d’incertitudes, la perspective de poursuivre des études supérieures à Gaza semblait irréalisable». La gratuité de l’éducation étant un luxe inaccessible, Fatima se retrouva face à un avenir incertain, jusqu’à ce qu’une opportunité se présente sous forme d’une bourse d’étude au Maroc. Avant de quitter Gaza, Fatima a été témoin de quatre guerres et de multiples agressions qui ont laissé des cicatrices indélébiles sur sa vie et celle de sa communauté. «Le déménagement au Maroc a été difficile. La barrière de la langue, les différences culturelles, tout semblait me rappeler que j’étais loin de chez moi,» se souvient-elle. Cependant, l’accueil chaleureux et l’empathie des Marocains envers la cause palestinienne ont allégé son fardeau. «Je ne me suis jamais sentie étrangère parmi eux“, dit-elle.

Elle souligne en plus l’aide financière reçue de la part du Roi du Maroc et des institutions éducatives, qui a été essentielle dans ces moments de crise économique mondiale. Fatima regarde vers l’avenir avec une volonté inébranlable. «Mon ambition est de terminer mes études et de retourner aider ma patrie. La Palestine a besoin de ses enfants formés et dévoués pour reconstruire et prospérer,» déclare-t-elle.

Pour sa part, Qodaih Mohamed, Conseiller culturel à l’ambassade de Palestine à Rabat, nous a déclaré que SM le roi offre 120 bourses d’études annuellement dans des domaines variés, ce qui bénéficie non seulement aux étudiants mais contribue également au développement de la Palestine et renforce les relations avec le Maroc. M. Qodaih a expliqué que les étudiants palestiniens se sentaient réconfortés spécifiquement par la dernière bourse exceptionnelle, qui les aide à payer leurs besoins essentiels, adaptée aux circonstances actuelles. “L’éducation est la pierre angulaire de notre lutte et de notre espoir pour l’avenir.” nous affirme M. Qodaih qui explique que l’investissement dans l’éducation des jeunes Palestiniens est essentiel pour préparer une nouvelle génération capable de diriger et de contribuer de manière significative dans le développement d’une Palestine indépendante en devenir, avec l’ambition de construire une société fondée sur la connaissance, la créativité et l’innovation.

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