ENQUÊTE JUDICIAIRE À LALLA MIMOUNA

QUE JUSTICE SOIT FAITE !

Au Maroc, la répression des manquements aux mesures sanitaires se fait-elle à deux vitesses? L’affaire Lalla Mimouna, qui a révélé un esprit de corporatisme malsain au détriment de l’intérêt général, devrait, pour une fois, servir d’exemple pour limiter l’apparition de nouveaux foyers industriels.

L’apparition le 19 juin 2020 de trois foyers du Covid au niveau des usines de conditionnement de fraises dans la commune de Lalla Mimouna, dans la région du Gharb, qui ont donné lieu à des centaines de contaminations, a suscité une grande vague d’indignation en raison, notamment, des conditions de travail des ouvriers agricoles et du manquement aux mesures sanitaires préconisées pour la non propagation du virus.

L’ampleur du cluster a poussé, un peu tardivement certes, le Procureur du Roi près la Cour d’appel de Kénitra à ordonner l’ouverture d’une enquête judiciaire sur les causes et circonstances de la propagation de la Covid- 19 au sein de trois unités de conditionnement de fruits rouges dans la région de Lalla Mimouna, province de Kénitra.

Confiée à la brigade nationale de la Gendarmerie royale, cette investigation a été ordonnée après consultation de l’enquête administrative effectuée sur cette affaire par la commission mixte des ministères de l’Intérieur, de la Santé, de l’Agriculture et du Travail, précise un communiqué du procureur. L’enquête judiciaire s’assigne pour objectif de déterminer les infractions pénales ayant causé la contamination au Covid-19 de plusieurs employés agricoles, notamment la négligence, l’absence des mesures nécessaires à leur protection ou le non-respect des lois et réglementations, en particulier les dispositions juridiques et organiques relatives aux mesures préventives et gestes barrières décidés par les autorités publiques durant l’état d’urgence sanitaire.

Déjà, à ce stade, cinq jours se sont écoulés avant de donner un signal fort que pour une fois, les choses ne seront pas prises à la légère, contrairement aux suites données aux autres clusters découverts ailleurs et notamment à Casablanca (Aïn Sebaâ et Bernoussi). Le retard du traitement de ce dossier laisserait croire qu’à chaque fois qu’il s’agit d’un opérateur économique, la répression tourne au ralenti et la délimitation des responsabilités traîne. La justice dans ce cas de figure se fait-elle à deux vitesses comparativement à un citoyen lambda qui enfreint la loi sur l’état d’urgence? Deux poids, deux mesures? La question n’est pas anodine. Et la réaction des professionnels du secteur en est la preuve. Dans un communiqué diffusé mardi 23 juin, la Fédération marocaine des fruits rouges a condamné ce qu’elle qualifie “d’intimidation des médias, de désinformation de l’opinion publique et de ciblage du secteur des fruits rouges”.

Or, la loi ne distingue pas entre un particulier et un industriel dès qu’il s’agit d’une infraction pénale. L’esprit de corporatisme de la Fédération aurait dû céder à un esprit d’apaisement pour rasséréner l’opinion publique qui craignait une décision de retour au confinement. L’exemple d’hommes d’affaires, inquiétés mais évitant des poursuites judiciaires, sont légion. Aucune suite n’a été donnée à l’affaire des usines industrielles de Aïn Sebaâ et Bernoussi, et ailleurs. L’affaire du fils de l’avocat Ziane, poursuivi pour trafic de masques sanitaires non-conformes, est tombée dans l’oubli.

Que des effets d’annonce auxquels on ne donne pas de suite. Et même en amont, l’apparition de foyers dans le milieu industriel remet en question le rôle de contrôle rigoureux des agents d’autorité locales (caïds et mokadems) et de la police.


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