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Ennahda, ou la tentation anti-marocaine

Interview de Rached Ghannouchi sur Diwan TV

Le parti frériste tunisien ne veut apparemment pas du Maroc et de la Mauritanie dans “son” Maghreb.

En proie depuis quelques années à un essoufflement notable illustré notamment par la perte de seize sièges aux dernières législatives du 6 octobre 2019, le parti frériste tunisien d’Ennahda cherche, à l’évidence, à rebondir sur la scène politique de son pays. Et pour ce faire, il semble de plus en plus miser sur la junte algérienne, avec laquelle le président de la formation et aussi président du parlement tunisien, Rached Ghannouchi, entretient, on le sait, des relations, de son propre aveu, “excellentes”.

Ce dernier vient ainsi d’accorder une interview de près d’une heure à la chaîne de télévision tunisienne Diwan où, au moment d’aborder l’actualité régionale, il a avancé que la construction maghrébine passe par Alger, Tunis et Tripoli, faisant fi du Maroc et de la Mauritanie qui pourtant, eux aussi, sont membres de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Il a, dans ce sens, qualifié les trois capitales de “noyau”, et même fait part de son ambition qu’elles adoptent ensemble, à l’avenir, une monnaie commune.

Le Maroc ne devrait bien évidemment pas réagir, M. Ghannouchi ayant de toute façon vu son poids régional se réduire, au fur et à mesure, comme une peau de chagrin et sa parole ne valant de fait plus grandchose, mais c’est pour le moins un triste signe d’ingratitude de la part du concerné et de son parti, sachant qu’au moment où la Tunisie était vilipendée et taxée à tort de céder à la folie jihadiste après notamment les assassinats en 2013 des figures de gauche qu’étaient Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, c’était le Royaume qui avait été du plus grand soutien: le roi Mohammed VI avait ainsi profité de la visite qu’il avait effectuée à la fin du printemps 2014 dans le pays pour arpenter, devant les caméras, la fameuse rue Habib-Bourguiba de Tunis et prouver au monde qu’il y avait loin de tous les bruits ambiants.

L’Algérie, elle, par contre, voyait ses dirigeants faire tout pour faire capoter la révolution du jasmin, comme le dénonçait récemment l’ancien président Moncef Marzouki lui-même dans un entretien à la chaîne arabe d’Al-Khaleej TV -ce qui lui a d’ailleurs valu une réaction au vitriol du ministère des Affaires étrangères, poussé selon les médias tunisiens par Ennahda même, qui tire avec le parti de Qalb Tounes notamment les ficelles du gouvernement Hichem Mechichi.

M. Ghannouchi ne saurait, heureusement, pas représenter la Tunisie et les Tunisiens -sa sortie sur Diwan a, à ce propos, été dislikée par plus de deux spectateurs sur cinq, couplée à bon nombre de commentaires négatifs-, mais elle est ceci dit à davantage renforcer la conviction de Rabat que l’avenir du Maroc se joue moins au sein de l’UMA que par exemple de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à qui il avait demandé fin février 2017 d’adhérer.