Un enjeu du modèle de développement

POST-CRISE ET DIGITALISATION

L’ambition doit être celle-ci dans un avenir prévisible: faire entrer le Maroc dans le cercle des «nations digitales»

Que faire demain avec le déconfinement? Quelles politiques publiques? Et quel modèle de développement? Les débats se poursuivent dans les cercles économiques, la commission Benmoussa poursuit son travail et, compte livrer -comme prévu au départ- un rendu de son travail à la fin du mois de juin prochain. Comment retrouver le chemin de la croissance alors que la récession s’installe et qu’elle va vraisemblablement se prolonger en 2021? Il n’y pas encore de «recette» clés en main, ni au Maroc ni ailleurs. C’est le brouillard, l’inconnu. Pour autant, la crise du virus Covid-19 a conduit à une grande révélation: celle de l’adhésion à la transformation digitale enregistrée depuis pratiquement deux mois au Maroc.

Économie numérique
L’Alliance des économistes istiqlaliens n’a pas manqué de le relever et elle vient de présenter douze propositions dans ce sens. Quels en sont les axes? Le premier a trait à la garantie de prérequis institutionnels couvrant les ressources humaines et les télécoms. Cela implique la préparation des utilisateurs pour que le numérique trouve la place nécessaire dans l’économie. Ce qui est en jeu ici, c’est l’industrie 4.0 pour réduire les coûts, créer de nouveaux relais de croissance et d’amélioration de la compétitivité.

Cela englobe une batterie de mesures: une adaptation du cadre législatif et institutionnel favorable aux start-ups et aux TPME, une réglementation du travail à domicile et du télétravail, une réforme de la loi 09-08 sur la protection des données personnelles... Dans cette même ligne, il faut noter le nécessaire renforcement des infrastructures digitales et télécom: accélération du plan national du haut débit, généralisation de la 5G, création de centres de données nationales (Big Data), développement du maillage monde urbain/ monde rural.

Le deuxième axe intéresse la généralisation et la pérennisation du e-gov pour améliorer les prestations et les services bénéficiant aux administrés et aux citoyens. C’est la dématérialisation qui est au coeur de cette transformation. Le citoyen doit avoir une identité digitale fondée notamment sur une composante d’identité biométrique (e-mail, numéro de GSM, empreintes digitales, face, iris,...) validée et contrôlée par la Commission nationale de protection des données personnelles (CNDP). Dans ce processus, la digitalisation conduira enfin à la concrétisation du Registre social unifié (RSU) à l’ordre du jour depuis des années.

Développement inclusif
Dans le même temps, devra s’opérer à terme la digitalisation des services de l’Etat dans les administrations centrales et les collectivités locales. De même, la mise en place de guichets uniques e-gov; ils seront l’interface entre le citoyen et les e-services de l’Etat; ils assureront ainsi une mission de service public incluant l’assistance. Un autre axe regarde l’inclusion à une véritable révolution numérique. Cela passe par l’accélération de la réforme pédagogique des systèmes scolaire et universitaire sur la base du numérique.

Comment? Par la généralisation de l’enseignement numérique et la maîtrise de ce nouvel outil (apprenants, enseignants, cours en ligne, équipement en PC/Tablettes, développement du e-Learning, des plateformes universitaires numériques, certification aux e-formations, formation dans la robotique). Il faut viser l’amélioration des compétences (upskilling) des citoyens sur la base du e-Learning, oeuvrer à la fabrication massive de PC «Made in Morocco» pour le marché national et l’export. Enfin, le dernier axe est relatif à la promotion d’un développement inclusif du Maroc en priorisant notamment les opportunités offertes par le commerce et la télémédecine.

Le e-commerce s’est beaucoup développé avec la crise du Covid-I9 et il s’est ainsi affirmé comme nouveau vecteur de croissance de transactions tant au Maroc qu’à l’export. De quoi conduire à un accompagnement plus soutenu de l’Etat et accélérer la digitalisation des TPME. L’usage du digital doit être favorisé auprès de celles-ci par des formations courtes et professionnalisantes.

Implication des jeunes
Le e-commerce devra être sécurisé pour instaurer la confiance dans les achats et les ventes. Il faut y ajouter la promotion de l’usage du mobile money -encore embryonnaire- pour réduire les paiements en cash, stimuler la bancarisation et activer l’inclusion financière des citoyens. Une mention particulière est faite à la télémédecine. Celle-ci doit faciliter et améliorer l’accessibilité aux soins de base et dynamiser la digitalisation de ce secteur. Le souci est d’assurer un meilleur suivi des citoyens avec un carnet de santé numérique, d’instaurer la téléconsultation, de mettre sur pied des centres de télémédecine dans les zones reculées ou enclavées et de réduire ainsi les inégalités de la carte sanitaire actuelle.

La digitalisation a sa place dans l’élaboration d’un nouveau modèle de développement. Elle doit être articulée et déployée en mettant le citoyen au coeur des politiques publiques. L’ambition doit être celle-ci dans un avenir prévisible: faire entrer le Maroc dans le cercle des «nations digitales» et réunir les conditions d’une préparation et d’une implication de sa jeunesse aux nouveaux métiers de demain.