Engagement Royal pour la promotion du sport

Un sportif pas comme les autres

Dans le sillage de son prédécesseur et père, feu Hassan II, le roi Mohammed VI a fait du sport un important outil d’influence géopolitique du Maroc. Mais avec également derrière, à l’évidence, une passion certaine pour la chose sportive.

Samedi 23 juillet 2022, complexe sportif Prince-Moulay-Abdellah de Rabat. Il est 23h passées et l’arbitre rwandaise Salima Mukansanga vient de siffler après près de neuf minutes d’arrêt de jeu la fin du match entre le Maroc et l’Afrique du Sud comptant pour la finale de la quatorzième édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) féminine de football, organisée cette année 2022 par le Royaume.

Une partie qui a donc vu les Lionnes de l’Atlas échouer à un pas de ce qui aurait été leur premier sacre continental, et alors que les caméras sur place s’attardent sur les différents protagonistes, les uns, sud-africains, en liesse, et les autres, marocains, abattus voire encore complètement sonnés, commencent tout-à-coup à être retransmises des images auxquelles les ménages nationaux sont désormais habitués: celle où l’on voit le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaâ, l’oreille collée sur un Samsung effilé de couleur noire qu’il transmet quelques instants plus tard à l’entraîneur et au capitaine de l’équipe qui vient de se distinguer, en l’occurrence, dans le cas de la sélection nationale féminine de football, le technicien français Reynald Pedros et la joueuse de l’AS FAR, Ghizlane Chebbak. De l’autre bout du fil, c’est bien évidemment le roi Mohammed VI qui a la parole. Comme à l’habitude, le Cabinet royal viendra ultérieurement détailler la teneur des propos qu’il a tenus à l’adresse de ses interlocuteurs, avec le plus souvent des mots d’encouragement et l’expression de sa bienveillance et de sa sollicitude.

Bienveillance et sollicitude
Sans aller plus loin que l’année 2022 et pour en rester au seul football, ce sont également les leaders de la sélection nationale masculine qui s’est qualifiée le 30 mars à la Coupe du monde prévue du 21 novembre au 18 décembre au Qatar; ceux de la Renaissance de Berkane, qui a remporté le 20 mai la Coupe de la confédération; ceux du Wydad de Casablanca, qui, lui, avait mis la main dix jours plus tard sur la Ligue des champions; et ceux de la sélection nationale masculine de futsal après sa Coupe arabe du 28 juin 2022, qui ont eu droit à un appel du Souverain. Et on pourrait aussi y ajouter l’alpiniste Bouchra Baibanou, qui était devenue le 30 avril 2022 la première femme arabe à gravir le mont Annapurna, au Népal, et l’athlète Soufiane El Bakkali, récipiendaire le 20 juillet 2022 de la médaille d’or du 3.000 m steeple aux Championnats du monde d’athlétisme qui se tiennent dans la ville d’Eugene, aux États-Unis.

Le flambeau de la Coupe du monde
Autant d’exemples qui illustrent sans doute éloquemment l’intérêt de Mohammed VI pour le sportif marocain et qui, comme les insiders le savent, ne se limite pas aux messages de félicitations en aval, tant s’en faut. A contrario de son père et prédécesseur, feu Hassan II, Mohammed VI n’est, ainsi, par exemple peut-être pas coutumier des finales de la Coupe du trône de football, auxquelles le défunt monarque ne s’arrêtera d’assister qu’au milieu des années 1990 après avoir commencé à être éprouvé par la maladie. La dernière fois où Mohammed VI s’est rendu dans un stade pour assister à un match, c’était en décembre 2013 à l’occasion de la finale de la Coupe du monde des clubs de football entre le Raja de Casablanca et le club allemand du Bayern de Munich. Et là, déjà, c’était après treize ans de coupure, puisqu’il faut remonter à juin 2000 et la finale du Trophée Hassan-II de football perdue par cinq buts à un par le Maroc face à la France pour voir des images de lui dans des travées. Mais sans s’exposer autant, on sait des informations distillées de temps à autre aux médias qu’il suit de très près les différents chantiers sportifs menés à l’échelle nationale et que, dans certains cas, il s’y implique personnellement.

C’est principalement le cas pour le football, où, on se le rappelle, il avait été à l’initiative de l’académie qui porte aujourd’hui son nom, à savoir l’Académie Mohammed-VI, inaugurée par luimême en mars 2010 dans la ville de Salé et qui a donné au ballon rond national certaines de ses plus grandes stars des dernières années, à l’instar de Youssef En-Nesiry ou encore Nayef Aguerd. Et, choix parlant, c’est à son secrétaire particulier, Mohamed Mounir Majidi, qu’il en avait confié la présidence. En outre, Mohammed VI tient aussi le flambeau transmis par son père de l’objectif d’organiser un jour la Coupe du monde. Suite à l’échec de juin 2018 face au ticket Canada-États-Unis-Mexique pour l’édition 2026, le ministre de la Jeunesse, Rachid Talbi Alami, avait révélé les instructions royales pour se porter candidat pour 2030. Certes, les visées sont nécessairement politiques: au vu du pouvoir d’influence du football, dont le surnom de sport-roi est sans doute loin d’être galvaudé, le Maroc a sans doute beaucoup à gagner à chercher à se hisser aux plus hauts sommets du ballon rond.

Au plan de l’Afrique, par exemple, les accords passés en 2016 avec 34 fédérations par la FRMF avaient sans doute sensiblement contribué à faciliter le retour du Royaume dans les instances continentales et en l’espèce à l’Union africaine (UA) en janvier 2017.

Au pinacle africain
En mars 2021, c’est l’Algérie qui avait reçu le coup d’estocade après que la Confédération africaine de football (CAF) a définitivement exclu la possibilité, après un intense lobbying marocain mené par M. Lekjaâ qui se trouve être le vice-président de l’organisation, d’intégrer un jour la pseudo “République arabe sahraouie démocratique” (RASD) du fait qu’elle n’est pas membre de l’Organisation des Nations unies (ONU), ce qui avait été de nature à délégitimer davantage l’entité séparatiste et les efforts de la voisine de l’Est pour l’imposer au sein de la communauté internationale.

Mais pour autant, il est clair que la passion personnelle de Mohammed VI pour la chose sportive est en elle-même indéniable. Comme tous les princes, il a, on le sait, pratiqué, enfant, l’équitation, et on lui connaissait aussi un grand amour de la natation et du volley. Adulte, il s’est plutôt tourné vers le jet-ski -au début de son règne, les photos où on le voyait en faire avaient une large circulation- et les courses automobiles: à ce dernier égard, il a sans doute joué un rôle majeur dans l’accueil depuis 2009 du Grand Prix de la ville de Marrakech, et on lui a même prêté à un moment l’intention de faire renaître de ses cendres le Grand Prix du Maroc de Formule 1, dont la dernière édition date d’octobre 1958 déjà.

Plus récemment, Mohammed VI a surtout vu son nom associé au MMA, illustré notamment par la proximité du combattant Abu Azaitar et de ses frères avec lui. Voir le sport marocain au pinacle africain et, éventuellement un jour, planétaire ne saurait donc être le fruit d’un simple hasard: il en dit aussi long sur la volonté d’un Roi qui veut faire de son pays un premier de la classe, tous domaines confondus...