La descente aux enfers de Maâti Monjib

ARRÊTÉ POUR BLANCHIMENT D’ARGENT

L’arrestation de Maâti Monjib a été décidée sur la base d’une enquête préliminaire réalisée par la Brigade nationale de la police judiciaire, qui a révélé l’existence de mouvements de fonds importants reçus de l’étranger.

Le moins que l’on puisse dire est que Maâti Monjib, journaliste, historien et universitaire, se trouve dans de sales draps. Après son arrestation, le 29 décembre 2020, sur ordre du procureur du Roi près de la cour d’appel de Rabat, pour blanchiment d’argent, il a été déféré devant le juge d’instruction près du même tribunal pour approfondissement d’enquête.

Son inculpation se base sur une saisine reçue, en octobre 2020, par le Parquet de la part de l’Unité de traitement du renseignement financier (UTRF). Cette saisine a donné lieu à l’ouverture d’une enquête préliminaire confiée à la Brigade nationale de la police judiciaire, qui a conclu à l’existence de faits avérés permettant de conclure à son implication dans des actes de blanchiment d’argent. Alors que son salaire mensuel, en tant qu’universitaire, ne dépasse pas 20.000 dirhams, l’UTRF détecte des transferts de l’ordre de 5 millions de dirhams reçus de l’étranger, notamment des Etats-Unis et des Pays Bas.

Rentrées d’argent injustifiées
Ces transferts, pour le moins conséquents, ont été reçus sur le compte bancaire d’une société lui appartenant, Centre Ibn Rochd des études et de la communication, présentée pour être une société-écran que son propriétaire destine à recevoir des fonds de l’étranger. En atteste sa comptabilité, qui n’est pas aux normes juridiques en vigueur. L’examen approfondi de cette comptabilité révèle, en effet, l’absence de toute facture ou autre pièce justificative qui prouve les rentrées d’argent ou les dépenses y afférentes.

Pour la BNPJ, la soeur de Maâti Monjib, Fatima, est également impliquée dans cette opération de blanchiment eu égard à son statut de gérante de la société. Les enquêteurs ont détecté sur les deux comptes bancaires de Fatima Monjib des mouvements de capitaux disproportionnés par rapport à sa situation d’enseignante dans une école privée. Ainsi, entre 2011 et 2020, elle aurait reçu des fonds totalisant 3 millions de dirhams. Une somme importante qui lui aurait permis d’acquérir cinq biens immobiliers, dont trois appartements et deux terrains fonciers.

Incarcéré dans la prison El Arjate, à Salé, après son arrestation dans un restaurant à Rabat par des policiers en civil, Maâti Monjib nie toujours les faits qui lui sont reprochés et évoque des transferts légaux pour des études et des travaux de recherche que son centre privé a réalisés pour le compte d’instances étrangères. Une explication qui n’a pas pu convaincre, outre mesure, les enquêteurs.

Maâti Monjib, 60 ans, est connu pour ses écrits critiques à l’égard du pouvoir. Ancien collaborateur du défunt Le Journal hebdomadaire, il est soutenu par de nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’Homme, dont notamment Reporters sans Frontières, qui appelle à sa libération.