S’ENDETTER POUR PAYER SES DETTES?

Le Maroc paye par anticipation une partie de la LPL du FMI

Pourquoi emprunter à gauche et à droite pour payer par anticipation une partie de la dette du FMI contractée huit mois auparavant? De quelle solvabilité parle-t-on? Est-ce à dire que le Maroc devra encore et encore s’endetter à l’étranger pour honorer le deuxième puis le troisième tiers de la LPL du FMI alors que le pays est en difficultés?

Qui paye ses dettes s’enrichit. Le vieil adage ne s’applique malheureusement pas dans le cas du Maroc. Annoncé en fanfare, le remboursement par anticipation au Fonds monétaire international (FMI), le 8 janvier 2021, de près de 8,4 milliards de dirhams sur 3 milliards de dollars américains tirés sur la Ligne de Précaution et de Liquidité, remboursable sur 5 ans, avec une période de grâce de 3 ans, interpelle.

A un moment où le pays vit une crise économique sans précédent et où la relance de la machine économique peine à pointer, le Maroc s’endette… pour payer ses dettes. Les deux emprunts du Trésor sur les marchés internationaux en 2020 lui ont permis de lever 1 milliard de dollars et 3 milliards de dollars, pour justement pouvoir réduire la dette du FMI. Pourquoi alors s’endetter, avec tout ce que cela entraîne comme intérêts et commissions, si ce n’est pas pour relancer l’économie?

Cette annonce cache bien des non-dits et des incompréhensions. Pour Mohamed Benchaâboun, ministre de l’Economie et des Finances, le Maroc envoie un signal très fort aux marchés internationaux sur la santé financière du Maroc. «On s’est mis d’accord avec le gouverneur de la banque centrale pour rembourser le tiers à peu près de la LPL. C’était un message extraordinaire de la part du Maroc aux marchés», a-t-il déclaré. Est-ce le motif réel?

Relancer l’économie
Pour autant, cela veut dire que le Maroc n’est pas en difficulté financière et qu’il demeure solvable? Que dalle! Tout le monde se rappelle encore la colère du gouverneur de Bank Al Maghrib, Abdellatif Jouahri, et du ministre des Finances, Mohamed Benchaâboun, suite à la mauvaise notation par l’agence américaine Fitch à la veille de la dernière sortie à l’international du Trésor pour emprunter 3 milliards de dollars.

Estce une riposte à cette agence pour dire que le Maroc est à même d’honorer ses dettes et que la notation Fitch était mal calculée? Qu’à cela ne tienne! Pourquoi alors emprunter à gauche et à droite pour payer une dette contractée huit mois auparavant? De quelle solvabilité parle-t-on alors? ET puis, si l’on suit ce raisonnement, le Maroc devra encore et encore s’endetter à l’étranger pour honorer le deuxième puis le troisième tiers de la LPL du FMI.

Et si le Maroc est vraiment solvable, et qu’il parvient à payer une partie de ses dettes par anticipation, pourquoi annonce-t-on que les caisses de l’Etat sont vides et pourquoi n’a-t-on pas songé à investir ces 8,4 milliards de dirhams pour relancer l’économie tant qu’on pouvait encore profiter d’une période de grâce de trois ans?

Ce n’est pas tout. Quelle utilité à s’endetter si le gouvernement et le Parlement ne veulent pas diminuer leurs dépenses au moment où ils appellent à un plan d’austérité. L’on se rappelle encore les déclarations du Wali de Bank Al Maghrib, Abdellatif Jouahri, mardi 15 décembre 2020, à l’issue du dernier Conseil au titre de l’année 2020: «Il ne faut pas augmenter l’endettement public pour la consommation quotidienne.

Au mieux, il faut que le plus possible aille à l’investissement et que cet investissement soit bien ciblé (…) . Malheureusement, aujourd’hui, on soulage la charge de la dette en s’endettant. Et le niveau d’endettement est devenu alarmant surtout quand il ne sert pas à produire des richesses, créer des emplois et renforcer la compétitivité du pays.


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