L'emploi, le provisoire qui dure


Face aux difficultés d’accès au marché du travail, la solution ne peut être que structurelle.

Ce n’est pas la journée de célébration annuelle du 8 mars qui changera quoi que ce soit au sort des femmes, plus que jamais mobilisées à défendre leurs droits politiques, économiques et sociaux. Tant que les mentalités restent ce qu’elles sont, leur accès à l’éducation, la culture, la science et surtout au marché du travail restera des plus limités. Les statistiques publiées par le HCP ne le rappellent chaque fois.

En effet, avec un effectif de 11,2 millions de personnes, les femmes en dehors du marché représentent pas moins de 80,2% de la population féminine en âge de travailler. Cela concerne 81,7% des femmes urbaines et 77,2% des femmes rurales. Parmi les jeunes âgés de 15 à 24 ans qui ne travaillent pas, qui ne vont pas à l’école et qui ne suivent aucune formation-ce qu’on appelle les NEET- 72,8% sont des jeunes femmes. Précisons que dans cette part, 40,6% sont mariées, femmes au foyer, alors que 68,2% d’entre elles disposent d’un diplôme.

Et même celles qui ont la chance d’accéder à l’emploi, elles n’en continuent pas moins de souffrir de discrimination en matière salariale. D’ailleurs, les données du HCP font état d’un écart salarial de 30%. Cette situation est d’autant plus critique que l’économie marocaine trouve de plus en plus de mal à créer des emplois. D’année en année, c’est de perte d’emplois dont on nous parle : 24.000 pour la seule année 2022. Situation rendue critique par le fait que si 150.000 postes d’emploi sont créés en milieu urbain, 174.000 postes d’emploi sont perdus en milieu rural. Une bonne partie de ces emplois perdus en milieu rural sont non rémunérés.

Si au moins cette situation qui empire du salariat féminin se trouve atténuée par l’amélioration de la situation de celles qui se lancent dans l’aventure entrepreneuriale. Or, cette dernière bute contre toute une série d’obstacles relevant, plus particulièrement, de cette mentalité patriarcale qui persiste à limiter le rôle de la femme au travail domestique.

Or, même si les responsables gouvernementaux considèrent que « les disparités qui pénalisent les femmes et limitent leur accès aux opportunités économiques ont de graves conséquences sur la situation macro-économique et budgétaire » -soit un manque à gagner de pas moins de 9,3% du PIB-, les programmes lancés pour faire face à cette situation brillent par leur indigence. À commencer par la solution du travail partiel-un des enjeux de la prochaine réforme du code du travail- préconisée pour de nombreuses femmes.

Mais surtout la solution de créer des chantiers provisoires dans le cadre de la 2 ème phase du programme Awrach. Programme qui vise la création de 250.000 opportunités d’emplois directs durant 2 ans. Or, au lieu de proposer des réponses adéquates et structurelles au fléau de l’emploi qui sévit chez nous depuis longtemps, le gouvernement n’a trouvé mieux, notamment à travers le 2 ème volet de son programme Awrach , que la solution de ces dits « chantiers généraux provisoires » pour faire face à la situation de personnes confrontées à des difficultés d’accès au marché du travail. Chantiers qui seront, d’ailleurs, étalés sur une durée moyenne de 6 mois. En somme la solution du provisoire qui dure.

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