Emmanuel Macron qualifie le régime algérien de "fatigué et fragilisé par le Hirak"

Alger osera-t-elle rompre ses liens diplomatiques avec Paris?

Alger a rappelé son ambassadeur en France pour “consultation” et fermé son espace aérien aux avions militaires français devant se rendre au Sahel. Deux décisions qui font suite aux propos du président français, très critiques à l’égard du système algérien et de la situation politique chaotique interne.

Les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie n’ont jamais connu un tel niveau de tension. Samedi 2 octobre 2021, Alger a rappelé son ambassadeur en France pour «consultation » et fermé son espace aérien aux avions militaires français devant se rendre au Sahel. Deux décisions qui font suite à la publication d’un article du journal français Le Monde rapportant des propos du président français, Emmanuel Macron, très critiques à l’égard du gouvernement algérien et de la situation politique chaotique interne.

Quelques jours auparavant, le 29 septembre 2021 plus précisément, l’Algérie avait convoqué l’ambassadeur français à Alger, François Gouyette, après que la France ait décidé la veille de réduire de moitié le nombre de visas octroyés aux ressortissants algériens (marocains et tunisiens aussi).

Cette tension promet de se poursuivre dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Une déduction logique inspirée des propos du président français Emmanuel Macron, prêt à tout pour réussir sa politique de réconciliation entre les peuples français et algérien. Le 5 octobre 2021, sur France Inter, et à l’occasion de la journée spéciale organisée pour les femmes afghanes, il est interviewé par Léa Salamé sur les tensions entre Paris et Alger, entre autres. «Mon souhait, c’est qu’il y ait un apaisement. Mais il y aura immanquablement d’autres tensions. Ce ne sont que des histoires de blessures. Le problème c’est que beaucoup sont inconciliables les unes avec les autres.

Or, on est tous ensemble dans le même pays, et donc on doit avoir un projet national qui nous embarque», a-t-il répondu, quatre jours après ses propos au journal Le Monde, très mal accueillis par les locataires du palais d’El Mouradia. Des propos qui sont à l’origine du «mal» ressenti par la junte militaire algérienne. Le 30 septembre 2021, devant 18 jeunes, étudiants pour la plupart, dont les grands-parents furent combattants du Front de libération nationale (FLN), militaires français, appelés, harkis ou rapatriés (pieds-noirs et juifs), le président français tire à boulets rouges sur le «système politico-militaire» algérien, «construit sur la rente mémorielle ».

Un dérapage calculé ou une prise de position assumée? La mémoire de la colonisation Mais pourquoi cette rencontre avec ces jeunes? Ces derniers, réunis par Cécile Renault, chargée de mettre en oeuvre les préconisations du rapport de Benjamin Stora (remis en janvier 2021) sur «la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie», ont été invités à réfléchir à la manière de rapprocher toutes ces mémoires dont ils sont les héritiers. Ils se sont donné pour mission de présenter, d’ici à la fin octobre, dix messages au président de la République, censés nourrir sa réflexion autour de «la réconciliation entre les peuples français et algérien», rapporte le journal Le Monde.

Contestation populaire
Devant ces jeunes, le président français a poussé, consciemment, la franchise à son paroxysme: «L’Histoire officielle en Algérie est totalement réécrite», et «ne s’appuie pas sur des vérités» mais sur «un discours qui repose sur une haine de la France». «Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française?», «Le système algérien est fatigué, le Hirak l’a fragilisé ».

Emmanuel Macron a mis en scène un franc-parler qui a fait sortir de ses gonds Alger. Rappel de son ambassadeur, interdiction de survol du territoire algérien aux avions militaires tricolores opérant au Sahel: la crise diplomatique larvée entre l’Elysée, à l’initiative d’un travail mémoriel sur la guerre d’Algérie amorcé par le rapport Stora, et le palais d’El Mouradia, est sans précédent. Un franc-parler qui ravive un pan de l’Histoire que beaucoup de générations d’Algériens ont dû oublier. C’est que la nation algérienne n’existait pas et qu’elle est la pure création de la colonisation française.

Le rappel de son ambassadeur ne signifie pas une rupture des relations diplomatiques, mais une façon de signifier un désaccord et une réaction «normale» du régime, qui s’est vu publiquement humilier et dénuder par le président français. Signe de la colère des vieux et séniles généraux algériens, la décision de la fermeture de l’espace aérien algérien aux militaires français est lourde de conséquences pour la France. Car elle remet en cause la stratégie française au Sahel et constitue un élément handicapant pour la politique étrangère de la France. Le régime algérien n’a fait que subir des propos de vérité ces derniers temps.

A commencer par ceux de l’ambassadeur marocain auprès des Nations unies, Omar Hilale, le 13 juillet 2021. M. Hilale avait souligné lors du séminaire du C24 pour les Caraïbes à la Dominique, en réponse à des propos fallacieux du représentant de l’Algérie, Soufiane Mimouni, au sujet de la prétendue autodétermination du «peuple du Sahara occidental» et «occupation du Sahara par le Maroc», que «l’Algérie, qui se gausse, en toute occasion, de le réclamer avec monomanie pour le Sahara marocain, oublie qu’il y a des populations dans son propre pays qui réclament de pouvoir bénéficier de ce même droit à l’autodétermination».

Et le diplomate marocain d’ajouter que «le peuple kabyle, qui existait bien avant la création de l’Etat algérien, a le droit lui aussi de s’autodéterminer. Pourquoi l’Algérie lui dénie ce qu’elle exige pour les Marocains du Sahara, en allant jusqu’à imposer au Royaume un conflit depuis 45 ans, par un groupe armé séparatiste? Et pourquoi les représentants du peuple kabyle n’ont-ils pas le droit d’être présents dans cette réunion du C24? Ils ont, eux aussi, le droit de s’exprimer librement sur leur avenir», a-t-il conclu.

Inhabitué à ce discours de vérité, le régime algérien a fini par prendre la décision de rompre les relations diplomatiques avec le Maroc. Mais il n’osera pas le faire avec la France malgré toutes les critiques et les vérités publiquement proférées au sujet de sa gouvernance du pays par la répression dans l’intention de faire disparaître toute sorte de contestation populaire. Pour la simple raison que la junte militaire algérienne ne s’aventurerait pas à perdre un allié comme la France, qui l’aide à se maintenir en dépit de ses violations des droits des Algériens et de sa mainmise sur les ressources naturelles du pays au moment où les Algériens vivent dans la précarité totale.