Les "raccourcis" d'Emmanuel Macron pour lutter contre l'islamisme

LE PRÉSIDENT FRANÇAIS ACCUSE LE MAROC D’ALIMENTER L’INTÉGRISME EN FRANCE

Le discours du président français, Emmanuel Macron, sur les séparatismes a été sans langue de bois, pointant du doigt un véritable phénomène inquiétant. Cependant, en annonçant sa guerre contre l’islamisme, Macron a cité, maladroitement, le Maroc à plusieurs reprises.

L’extrémisme religieux est présent en France et en Europe. C’est un fait. La montée du radicalisme, de l’idéologie islamiste et d’actes terroristes est aussi un fait. L’islamophobie, quant à elle, non assumée, décomplexée, de plus en plus visible en France, est aussi un fait. Dans son discours sur le thème de la lutte contre les séparatismes, le 2 octobre 2020, le Président français, Emmanuel Macron, est tombé dans le piège des raccourcis et des amalgames en citant le Maroc, à plusieurs reprises lorsqu’il fait allusion à l’influence étrangère et au financement de l’extrémisme religieux.

«Sur le financement et les influences étrangères, nous savons d’où viennent les financements. Ils sont venus très régulièrement d’Arabie Saoudite, du Qatar, de Turquie et plus marginalement du Maroc et de l’Algérie. Mais quand je dis ça, je ne stigmatise aucun Etat. Certains Etats, à des moments, ont eu des politiques de prosélytisme. J’ai eu des dialogues avec les dirigeants de ces pays et je leur ai demandé de le cesser. Il y a eu ces dernières années un emballement et une perte de contrôle et certains de ces financements sont allés vers le terrorisme islamiste», déclare Macron. Mettre le Maroc et le financement du terrorisme dans la même phrase… est pour le moins «maladroit », nous déclare le politologue Mohammed Banhammou.

Le Maroc est également cité dans le cadre du système des enseignements de la langue et de la culture d’origine, «qui conduisait à avoir sur notre sol, dans un cadre contractuel avec les pays d’origine, des enseignants qui ne maîtrisaient parfois pas le français. Je rappelle qu’ils faisaient l’objet de contrats avec l’Algérie, le Maroc et la Turquie, des enseignements qui euxmêmes n’étaient pas conformes aux lois de la République ou aux principes fondamentaux de nos programmes», souligne-til. Pire, le président français met en cause la formation et l’envoi d’imams et psalmodieurs par le Maroc. «Nous allons nous détacher de ce lien qui est celui qu’on nomme de l’islam consulaire. Parce qu’il nourrit des rivalités, des dysfonctionnements mais surtout, il continue de faire porter ce surmoi post-colonial, avec énormément d’ambiguïtés et il ne permet pas à la structuration de cette religion dans notre pays d’avancer comme il faut», souligne-t-il.

Des discours haineux
Il annonce donc mettre fin à ce lien et à «cette influence étrangère», selon ses dires. Un discours contradictoire, surtout lorsqu’on sait que la France fait appel au Maroc pour la formation d’imams et le cite toujours en exemple sur ce point. L’expérience marocaine, en termes d’établissement d’un islam modéré, est aujourd’hui, plus que jamais, avérée, notamment au niveau du continent africain. Traiter le Maroc directement d’«influence étrangère» et indirectement de contributeur à la radicalisation et à l’extrémisme religieux, est un dangereux raccourci.

D’autre part, on ne peut pas s’attaquer à l’islamisme et au terrorisme, mener des croisades contre les extrémistes religieux, sans évoquer tous les enjeux, aspects et surtout les origines de ce phénomène de radicalisation. Un phénomène nourri également par des discours haineux et violents de l’extrême droite française. A l’approche des élections, semble-t-il, quasiment tous les partis politiques mettent la casquette de cette droite pour faire peur aux électeurs français. Intégrisme, radicalisation, extrémisme, islamisme, jihadisme, terrorisme, immigration…

On bombarde les Français de termes, souvent utilisés à tort et à travers, pour faire peur, semer la terreur. Le dernier en mode est celui de l’«ensauvagement » de la société française. On invite des Eric Zemmour & Co aux plateaux télé pour débattre de Hijab, du Burkini, du port du voile à l’école, à l’hémicycle, on leur permet parfois de déballer leur haine raciale, sans le strict respect déontologique de maitrise de l’antenne, pourtant imposé par le Conseil supérieur de l’audiovisuel français (CSA). On met en place des lois et règles restrictives contre les musulmans, on les stigmatise à longueur de journée dans la rue, la télé, les journaux… On les pointe du doigt et on crée des débats inutiles, déviant la société des vrais problèmes.

«Liberté, Égalité, Fraternité», devise de la République française, s’applique-t-elle vraiment à tous les Français? Dans son discours, Macron définit la laïcité, comme la «liberté de croire ou de ne pas croire, la possibilité d’exercer son culte à partir du moment où l’ordre public est assuré. La laïcité, c’est la neutralité de l’État et en aucun cas l’effacement des religions dans l’espace public». Qu’en est-il des lois restrictives contre le port du voile dans l’espace public? Le Hijab serait-il le seul objet religieux ostentatoire? Deux poids, deux mesures.

Le président français a, par ailleurs, annoncé la présentation d’un projet de loi en Conseil des ministres le 9 décembre, pour «renforcer la laïcité et consolider les principes républicains». Comment renforcer la laïcité, concept pourtant très clair? Est-ce qu’il est d’abord respecté et appliqué, sans stigmatisation d’une religion ou communauté donnée? Et comment consolider les principes républicains et allier entre ces principes et la laïcité et qui primera? Macron veut lutter contre les amalgames, a-t-il répété. Dans le texte de son discours, on peut lire «l’islamisme politique», un terme qui n’existe nulle part. L’islamisme est défini comme étant l’islam politique….

S’adressant aux musulmans de France, le président leur demande de s’organiser pour bâtir un islam des Lumières. Sontils la cause d’un «islam des ténèbres»? Pourquoi s’adresser seulement aux musulmans? Les culpabilise-t-on, leur faisant endosser la responsabilité de l’Etat dans la lutte contre la radicalisation? On peut combattre le fanatisme sans pour autant obliger des Français «musulmans» à adhérer publiquement à telle ou telle cause, et si des terroristes exploitent l’islam à leurs fins, ce n’est nullement le problème des musulmans qui se voient obligés, à chaque fois, de se défendre et se disculper de ces actes.


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