Les élucubrations de Abdelmajid Tebboune

L’establishment politico-militaire algérien alimente l’escalade contre Madrid


Le président algérien défie ouvertement l’Espagne et l’Union européenne qui la soutient. Il adresse un message à la classe politique espagnole selon lequel la crise prendra fin dès le retour sur la position de Pedro Sanchez sur le dossier du Sahara.

La semaine dernière, l’Union européenne a exprimé son «opposition à tout type de mesures coercitives appliquées à l’encontre d’un Etat membre de l’UE». Le message ciblait l’Algérie qui continue de faire subir à l’Espagne de grosses pertes économiques en conséquence de la décision prise le 8 juin 2022 par les autorités algériennes de suspendre de façon unilatérale le traité d’amitié avec l’Espagne et d’empêcher les banques algériennes de traiter avec des entreprises espagnoles. Une sorte de représailles au changement de position historique du gouvernement de Pedro Sanchez par rapport au différend sur le Sahara. Malgré ces menaces, Alger persiste et signe. Elle préfère aller plus loin dans son escalade. C’est ce qui est ressorti des déclarations président algérien, Abdelmajid Tebboune lors de son entrevue périodique avec certains médias, vendredi 24 février 2023. Il a justifié les sanctions prises par son pays contre l’Espagne qui, selon lui, a commis un «acte inamical » à l’égard de l’Algérie et non à l’endroit du Polisario.

Suspension du traité d’amitié
«Personnellement, je suis profondément désolé de l’état des relations » avec l’Espagne, a-t-il déclaré. «L’Algérie n’est pas à l’origine» de la crise avec l’Espagne, s’est justifié le président algérien. Pour lui, le gouvernement espagnol a fait un «faux pas» en décidant le 14 mars 2022 de soutenir le plan d’autonomie marocain pour le Sahara «occidental occupé». Une décision contre laquelle l’Algérie avait riposté par le rappel pour consultations de son ambassadeur à Madrid et la suspension du traité d’amitié et de bon voisinage avec l’Espagne signé en novembre 2022.

Abdelmadjid Tebboune a fait savoir, sans le moindre doute, que le retour à la normale entre les deux pays ne se fera pas avant le départ de l’actuel gouvernement dirigé par Pedro Sanchez. La fin de la crise avec Madrid est donc tributaire d’un changement de gouvernement en Espagne. Pour cela, il a usé d’une rhétorique propre à la junte militaire algérienne, en signifiant que la décision du gouvernement Sanchez ne s’appuie pas nécessairement sur le ressenti du peuple espagnol. Ce ne sont pas les Espagnols, c’est l’actuel gouvernement dirigé par le socialiste Pedro Sanchez qui est à l’origine de la crise entre les deux pays. « Le peuple espagnol n’a rien à voir. Nous avons de très bonnes relations avec lui. Nous avons un grand respect pour le roi d’Espagne et il le sait. Pour d’autres organismes, nous continuons à travailler avec eux », a enchaîné le président Tebboune.

Une question hypothétique au vu des positions amadouées du parti de droite PSOE qui s’alignent sur le parti socialiste de Pedro Sanchez sur le Sahara. Une crise née à la suite de la décision du gouvernement espagnol de changer sa position vis-à-vis du conflit au Sahara occidental.


C’était le 18 mars 2022 lorsque le palais royal marocain avait indiqué dans un communiqué rendu public que l’Espagne, par la voix de son chef de gouvernement Pedro Sanchez, a annoncé son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Alger veut faire payer au gouvernement espagnol son revirement sur le dossier du Sahara. Il y a là un message inavoué que la junte militaire et ses relais en Espagne ne lésineront pas sur les moyens pour empêcher le parti socialiste de Pedro Sanchez d’être reconduit pour un deuxième mandat, à l’approche des élections législatives espagnoles. Et qu’elle n’hésitera pas à soutenir tout parti à même de changer la position de Madrid sur la question du Sahara.

Au cours de son entrevue, Tebboune a fait passer un autre message. C’est que la crise entre Madrid et Alger n’est pas un nuage d’été passager et que rien ne changera à la situation actuelle. Même pas avec l’intervention un peu musclée de l’Union européenne et ses 27 membres en appui à l’Espagne. Le porte-parole de l’establishment politico-militaire algérien défie ouvertement l’Espagne et l’Union européenne qui la soutient et fait agiter l’épouvantail en de sanctions économiques contre le régime algérien. Pour Alger, la toute puissance européenne qu’est l’Espagne peut être supplanté par l’Italie. Ce qu’Alger perd avec l’Espagne, elle peut bien le récupérer avec son voisin européen. D’ailleurs, la nature et les montants des contrats récents signés avec le gouvernement italien, quelque temps seulement après la décision de geler le traité d’amitié hispano-algérien, en témoignent.

Actes hostiles
Cela veut dire que la véritable pomme de discorde est le Sahara. Alger ne s’en cache pas d’ailleurs. «Les autorités espagnoles se sont engagées dans une campagne tendant à justifier la position qu’elles ont adoptée sur le Sahara occidental en violation de leurs obligations juridique, morale et politique de puissance administrante du Sahara occidental soit déclarée accomplie par les Nations unies», avait dénoncé, en juin 2022, la présidence algérienne dans un communiqué. Depuis la Proclamation de l’ex-président américain, Donald Trump, relative à la reconnaissance de la marocanité du Sahara, le 19 décembre 2020, la junte militaire algérienne est sorti de ses gonds et a multiplié ses actes hostiles contre le Maroc et contre tout pays voulant s’aligner sur la position des Etats-Unis. Une attitude agressive qui est montée d’un cran après la signature de l’accord tripartite Etats-Unis-Maroc-Israël le 22 du même mois.

Menace réelle
La réaction à chaud d’Alger était de se tourner vers son allié traditionnel, la Russie, en augmentant le budget de ses achats d’armement de cet ancien pays de l’ex-URSS. Chose qui n’a pas plu à l’administration américaine. Avec l’arrivée de Joe Biden à la maison blanche, et après l’enclenchement de la guerre russo-ukrainienne le 24 février 2022, la maison blanche a passé au crible les contrats d’armement algéro-russes. Le président américain menace alors l’Algérie de sanctions. Le régime algérien a fini par avoir peur. D’ailleurs, dans son entrevue du 24 février 2023, les propos du président Tebboune ont trahi son assurance masquée : « Les États-Unis savent que l’Algérie est un pays influent en Afrique, dans le monde arabe et en Méditerranée. Il n’y a que les Algériens qui ne croient pas à la puissance de leur pays. Nous avons donné des garanties à nos amis américains que nous ne sommes pas leurs adversaires. Les États-Unis doivent être sûrs que l’Algérie est un pays ami ».

La peur d’Alger a trait, en vérité, aux récents développements dans les relations du Royaume du Maroc avec les Etats-Unis et Israël. Notamment sur la question de la défense. L’organisation d’exercices militaires entre autres à Mehbès, à 80 km de Tindouf, a sonné comme une menace réelle et imminente en territoire algérien. De ce rapprochement, le voisin de l’est comprend que la question du Sahara occidental est en voie d’être définitivement dénouée en faveur du Maroc. Et que le Royaume se focalisera après sur la question plutôt du Sahara oriental que le tracé des frontières par la France coloniale a amputé au Royaume.

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