El Othmani rattrapé par ses démons

Propos du chef du gouvernement sur l’Algérie

Le Chef du gouvernement s’est encore illustré par une bourde qui, selon le bruit qui court, a embarrassé en haut lieu.

S’il est bien un qui serait inspiré de retourner au ministère des Affaires étrangères, c’est Saâd Eddine El Othmani. Visiblement, notre Chef du gouvernement n’a pas appris grand-chose de son passage avenue Roosevelt dans le premier gouvernement de Abdelilah Benkirane. Encore une fois, il s’est illustré par une bourde qui, selon le bruit qui court, a embarrassé en haut lieu. La bourde en question? Sa déclaration sur l’Algérie. Les faits, d’abord, pour commencer: le 15 mai 2019, au cours d’une rencontre avec la presse à son domicile à Salé, le leader islamiste a réagi au sujet du Hirak animant, depuis le 10 février, la voisine de l’Est. Jusque-là, les autorités marocaines s’étaient gardées de le faire. Le 16 mars, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, avait indiqué que le Maroc se tenait à une attitude de «non ingérence». C’est donc un pavé dans la mare qu’a jeté M. El Othmani. Qu’a-t-il dit au juste? Le moins que l’on puisse dire est qu’il s’est laissé aller à des conjectures assez hasardeuses et susceptibles d’envenimer davantage qu’elle ne l’est la situation.

Se livrant à une analyse du régime algérien, M. El Othmani a ainsi déclaré qu’un changement était en train de s’opérer et que ce changement devait permettre un rapprochement avec le Maroc et, pourquoi pas?, la réouverture des frontières communes, fermées depuis septembre 1994 sur décision algérienne. Un peu trop hâtif comme pronostic: on sait que c’est les galonnés qui continuent de mener la danse de l’autre rive de l’oued Kiss, comme le prouve leur injonction envers Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril 2019, pour se retirer de la présidence. Mais ce n’est pas tant le point de vue de M. El Othmani en lui-même qui en cause, puisqu’on peut la considérer, jusqu’à un certain point, recevable, que le fait de s’exprimer sur une question qui relève de la souveraineté d’un pays voisin avec lequel le Maroc n’est pas, et c’est le moins que l’on puisse dire, en bon termes. On le sait, l’Algérie voit dans le Royaume un concurrent susceptible d’entraver son projet hégémonique dans la région maghrébine, et c’est pour cette raison que depuis son indépendance en juillet 1962 elle a toujours tenté de l’affaiblir, notamment sur son flanc saharien par l’entremise du mouvement séparatiste du Front Polisario.

En même temps, elle se sert du Maroc comme d’un épouvantail dès lors qu’elle traverse une crise institutionnelle ou que le régime est mis en cause: c’était le cas, notamment, pendant la guerre civile des années 1990, où la junte militaire accusait Rabat d’abriter les leaders de l’Armée islamique du salut (AIS); c’est encore plus le cas aujourd’hui, où dans une certaine presse algérienne proche de l’ANP la capitale marocaine est présentée comme l’instigatrice du Hirak.

En faisant sa sortie, M. El Othmani a donc donné du grain à moudre à cette presse. Le lendemain de la diffusion de ses propos par l’agence de presse Anadolu -dont un journaliste avait assisté au conciliabule du Chef du gouvernement-, le ministre délégué aux Relations avec le Parlement et la Société civile, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, ne pouvait que sauver les meubles: s’adressant à la presse lors du point presse organisé dans la foulée du conseil de gouvernement du 16 mai, l’ancien ministre de la Communication a affirmé que son supérieur hiérarchique «n’a fait aucune déclaration officielle sur l’Algérie voisine et n’a exprimé aucune position du gouvernement marocain». Cela suffira-t-il pour rattraper la situation?

En tout cas, cet incident montre bien que le remerciement de M. El Othmani de son poste de ministre des Affaires étrangères et de la Coopération en octobre 2013 avait été bien senti, puisqu’il ne s’agit pas du premier couac diplomatique dû à l’intéressé: pour s’en tenir à son seul mandat de chef de gouvernement, on peut rappeler la crise qu’il a failli susciter en septembre dernier avec la Serbie.


1 commentaire

  • Nasser

    24 Mai 2019

    Qu'a dit Elle Othmani? Rien que la vérité. Un changement en Algérie avec à la clé une ouverture des frontières. Espoir caressé par beaucoup de marocains, non par amour des algériens, mais pour leurs intérêts bien compris. Maintenant il faut utiliser les concepts réels: le Maroc n'est pas un concurrent. C'est un ennemi. Des sanguinaires du GIA ont trouvé refuge au Maroc et ont opéré a partir de ce pays. Le massacre de 29 personnes a Béni Ounif et l'extradition de Layada (avec chantage) en sont les preuves. Enfin rassurez vous. Personne en Algérie ne pense que le Maroc a quelque chose à voir avec le hirak. Il faut dépoussiérer sa propre maison avant celle du voisin.

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