Interview croisée de Ellery Gordon et Marjorie Reed Gordon

"Grâce au Covid-19, notre affection pour le Maroc est devenue une histoire d'amour"

Marjorie et Ellery Gordon, investisseurs New Yorkais et grands connaisseurs en art contemporain, se sont donné pour mission de faire rayonner les artistes marrakchis. Qui sont-ils et pourquoi cette passion et envie de faire connaître la Ville ocre et ses artistes? Maroc Hebdo les a rencontrés, chez eux, à Marrakech.

Ellery Gordon et Marjorie Reed Gordon, deux philanthropes passionnés d’art contemporain. Installés à Marrakech, vous vous êtes lancés dans un défi inédit: faire rayonner les artistes marrakchis. Veuillez tout d’abord nous parler de vous.
Ellery: Nous avons plusieurs casquettes et des passions communes. Nous sommes des entrepreneurs dont la curiosité les a conduits à des carrières différentes. Vous pourriez nous définir comme deux philanthropes qui soutiennent divers organismes de bienfaisance et des collectionneurs passionnés d’art contemporain, avec un accent porté sur les artistes émergents. Nous possédons plusieurs pièces d’artistes marocains, dont Mahi Binebine, Mohamed Mourabiti, M’Barek Bouchichi et Soukaina Aziz El Idrissi.

Actuellement, Marjorie conçoit une collection de vêtements, notamment en cuir, pour femmes sous la marque Marjorelle. Un site a été créé pour présenter ses collections, marjorellebespokeleathers. com. Elle est également la fondatrice de Snap Decor, une entreprise internationale de design d’intérieur. Quant à moi, je suis le président de Tree of Gold, une entreprise que j’ai créée pour exporter de l’huile d’argan culinaire aux États-Unis.

Pourquoi vous-êtes vous installés à Marrakech? Que vous inspire la Ville ocre?
Marjorie: Notre amour pour la Ville ocre a commencé il y a 8 ans. Nous nous y rendions chaque année, de mi-février à fin mars. Nous fuyions les hivers froids de New York et ça représentait un véritable répit pour nous. Au fur et à mesure de nos visites, nous sommes devenus de plus en plus amoureux du Maroc et de Marrakech, en particulier, de la chaleur de ses gens et de leur style de vie spontané. Chose qui nous manquait à New York.

Cette année, notre séjour a coïncidé avec la pandémie du Covid-19 et les restrictions de déplacements qui en ont suivi. Durant ces mois, Marrakech nous a bien accueillis en son sein. Notre affection pour le Maroc est devenue une histoire d’amour. Nous avons, sans hésitation, décidé de nous installer définitivement et nous sommes très satisfaits de cette décision.

Ellery: L’attrait que la Ville ocre représente pour nous, c’est qu’elle réconcilie l’exotisme avec l’accessible, le luxe cosmopolite caché derrière des murs antiques qui invitent à la découverte, les artisans aux mains dorées, qui peuvent faire des merveilles d’une beauté inimaginable et inspirante. Nous aimons la médina avec ses rues et ruelles tortueuses où on peut se perdre sans jamais se perdre.

Vous ne regrettez donc pas votre choix?
Marjorie: Ce qui nous a confortés d’ailleurs dans notre décision d’installation à Marrakech, c’est qu’à partir du Maroc, nous suivions les actualités à New York et nous regrettions comment les choses allaient très mal là-bas. La mauvaise gouvernance des élus de New York a conduit à une aggravation de la propagation du virus et du nombre de décès qui sont beaucoup plus importants qu’au Maroc, ceci alors que le Royaume représente deux fois la population de New York. De plus, le vandalisme et les crimes violents se sont intensifiés de façon dramatique. Nos amis qui pensaient que nous étions fous de déménager ont maintenant applaudi notre choix.

D’où vient votre intérêt pour l’art contemporain?
Marjorie: Ma passion pour l’art contemporain a commencé grâce à mon premier mari, qui était marchand d’art. J’ai travaillé avec lui et j’ai appris beaucoup de choses. Quand je me suis mariée avec Ellery, nous avions conclu un pacte. Il m’initiait au monde de la gastronomie et du vin et moi je l’introduisais à l’art contemporain. Aujourd’hui, nous sommes de vrais partenaires et nous sélectionnons ensemble les pièces pour notre collection.

Vous vous êtes lancés dans un pari, faire rayonner et connaître les artistes marocains. Comment avez-vous eu cette idée?
Marjorie: Nos premiers liens avec la communauté artistique à Marrakech ont été tissés grâce à Mahi Binebine. Il nous a présenté plusieurs grands artistes comme Mohamed Mourabiti, Hassan Bourkia, Yasmina Alaoui, Marco Guerra, M’Barek Bouchichi et Soukaina Aziz El Idrissi. Nous avons également eu l’occasion de rencontrer plusieurs personnes qui jouent un rôle majeur dans la scène artistique, comme Abel Damoussi, Amine Kabbaj, Vanessa Branson, Touria El Glaoui et Rocco Orlacchio.

Grâce à ces connexions, nous avons lancé une série de Vernissages où à chaque fois un artiste est mis à l’honneur. Nous organisons ces vernissages chez nous et nous discutons avec les invités autour de l’artiste. Nous avons bâti une communauté qui, nous espérons, grandira davantage. Notre ambition est de jouer un rôle actif de plaidoyer en faveur des artistes marocains.

Sur quoi travaillez-vous actuellement, en parallèle à vos actions en faveur des artistes marocains?
Ellery: Actuellement, j’écris et je teste des recettes avec pour objectif de réaliser un livre de cuisine interactif. Ce projet verra le jour en début d’année 2021. Je travaille également sur une initiative visant à soutenir un orphelinat local.

En effet, nous avons lancé un projet pilote avec des résidents pour cultiver des légumes bio produits au niveau de la ferme de l’établissement et que nous allons distribuer auprès de particuliers. Je m’occupe de la formation et la supervision de ce projet. En parallèle, Marjorie travaille sur la décoration d’intérieur de deux maisons. Elle poursuivra le développement de nouvelles collections de vêtements en cuir, tout en dénichant de nouveaux produits et matériaux qui l’inspireraient pour d’autres travaux.